Chapitre 20 - La forêt brûle derrière toi et tu continues à débattre avec la chaise longue

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Il existe un moment dans la vie que personne n'enseigne.

Parce que personne ne sait vraiment comment le traverser.

Un moment dégueulasse.

Un moment où ton ancien monde est déjà mort...

...mais où ton nouveau monde n'existe pas encore.

Et c'est là que l'être humain révèle toute sa splendeur de mammifère paniqué.

Parce que logiquement, quand une situation ne fonctionne plus, tu pars.

Fin de l'histoire.

Le problème ?

Nous ne sommes pas logiques.

Nous sommes émotionnels.

Ce qui revient à confier le pilotage d'un Airbus à une bande de singes traumatisés qui discutent de leur enfance.

Alors on reste.

Pas parce qu'on est heureux.

Pas parce qu'on est amoureux.

Pas parce qu'on est aligné.

On reste parce qu'on connaît les murs.

C'est tout.

Le cerveau adore les prisons familières.

Tu peux être :

malheureux,

frustré,

épuisé,

sous-estimé,

en train de mourir intérieurement...

...mais tant que tu connais la sortie de secours et l'emplacement des toilettes, une partie de toi trouve ça rassurant.

L'être humain préfère souvent un enfer connu à un paradis incertain.

C'est fascinant.

Imagine un poisson rouge.

Tu agrandis son aquarium.

Tu lui offres :

un océan,

des récifs,

de l'espace,

de la liberté.

Le poisson regarde.

Puis retourne dans son bocal.

Parce qu'au moins il connaît le bocal.

Voilà toute la tragédie humaine résumée.

Et alors commence le grand cirque intérieur.

Le doute.

Cette invention du diable.

Le doute est extraordinaire.

Il ne te dit jamais :

"Reste."

Il ne te dit jamais :

"Pars."

Non.

Le doute est un fonctionnaire administratif de l'enfer.

Il te fait remplir les formulaires pendant quinze ans.

"Et si tu te trompais ?"

"Et si ça empirait ?"

"Et si tu perdais tout ?"

"Et si tu regrettais ?"

"Et si..."

"Et si..."

"Et si..."

Le cerveau humain peut fabriquer dix mille scénarios catastrophes avant le petit déjeuner.

Même Hollywood trouve ça excessif.

Et pendant ce temps-là...

la vie continue.

Silencieusement.

Elle ne t'attend pas.

Elle ne suspend pas le match parce que Gérard hésite émotionnellement depuis 2018.

Elle avance.

Toujours.

Et toi tu restes coincé dans une salle d'attente psychologique.

Entre :

la peur,

la culpabilité,

le désir,

l'habitude,

le fantasme,

la nostalgie.

Une sorte de purgatoire mental climatisé.

Le pire ?

La culpabilité.

Ah cette salope.

La culpabilité est probablement l'une des plus grandes usines à esclaves de l'histoire humaine.

Parce qu'elle te fait croire que te choisir revient à trahir quelqu'un.

Alors que très souvent...

ce que tu trahis réellement en restant...

c'est toi-même.

Et ça le cerveau déteste l'admettre.

Alors il invente des histoires.

Des tonnes d'histoires.

"Je reste pour protéger."

"Je reste pour aider."

"Je reste pour être responsable."

Parfois oui.

Souvent non.

Souvent tu restes parce que tu as peur.

Et la peur adore se déguiser en noblesse.

Elle met un costume.

Elle prend une voix grave.

Elle parle de loyauté.

Alors qu'au fond elle tremble.

Parce que l'inconnu est terrifiant.

L'inconnu ne garantit rien.

Absolument rien.

Pas le succès.

Pas l'amour.

Pas l'argent.

Pas le bonheur.

Pas même la survie parfois.

Et pourtant...

c'est toujours là que la vie commence.

Jamais dans la zone confortable.

Jamais.

Les plus grandes transformations humaines arrivent toujours après une destruction.

Toujours.

Le problème, c'est qu'au moment où ça arrive...

ça ressemble davantage à un accident qu'à une révélation.

Quand la chenille devient papillon, vu de l'extérieur ça ressemble surtout à un insecte qui fond dans son propre jus.

Très peu glamour.

Les livres de développement personnel oublient souvent ce détail.

Ils montrent :

le héros,

la victoire,

le sommet.

Ils oublient la partie où tu es assis seul à 2h du matin avec ton cerveau qui ressemble à une réunion syndicale sous cocaïne.

La partie où tu ne sais plus :

qui tu es,

ce que tu veux,

ce que tu dois faire.

La partie où tout s'effondre.

C'est pourtant là que tout se joue.

Parce qu'il existe un instant très précis.

Un instant minuscule.

Un instant où tu comprends enfin quelque chose.

Tu comprends que personne ne viendra.

Pas un signe.

Pas un miracle.

Pas un prophète.

Pas une validation universelle.

Pas un comité d'experts.

Personne.

La vie te regarde.

Et attend.

Alors tu fais quoi ?

Tu restes dans l'aquarium ?

Ou tu acceptes que l'océan existe ?

Et c'est là que "se baiser d'abord" cesse d'être une formule.

Ça devient un acte de survie.

Pas un acte d'égoïsme.

Un acte de survie.

Parce qu'à force de vivre contre toi-même...

tu finis toujours par devenir étranger à ton propre reflet.

Et honnêtement ?

Il n'existe probablement aucune solitude plus terrifiante que celle-là.

Le jour où tu te regardes dans une glace...

...et que tu réalises que la personne qui te manque le plus depuis toutes ces années,

c'était toi.

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