Chapitre 48 Vintage
- "M'man ? Je retrouve pas mes jeans !
- Je suis pas responsable de tes fringues !"
Assise dans le vieux fauteuil brun qui sent la moisissure, dans le sous-sol de chez papi et mamie, j’ai lancé le lecteur de cassettes et je regarde ma mère sur l’écran grésillant.
Filmée avec une petite caméra, les cheveux longs et bouclés retombant sur un taille basse pattes d’eph, elle dévale les escaliers.
Mamie, toute jeune, porte une robe-tablier à grosses fleurs violettes et rouges. La grosse ampoule de la cuisine clignote, puis s’éteint.
C’est sûrement son frère qui filme, parce qu’on reconnaît le gloussement particulier d’oncle Jean, le cher boomer aux phrases de “vieux” qui dit “rétro” et “avant, c’était mieux.”
Avec un sourire mélancolique, je m’empare du souvenir de la jeune femme qu’était ma mère — ce visage lisse et joyeux, cette insolence tendre face à grand-mère.
L’écran grésille et s’éteint. Je parcours la pièce du regard et tombe sur un vieux lecteur de vinyles. Une étagère soutient un nombre conséquent de pochettes en carton : Joe Dassin, Michel Delpech, France Gall, Julien Clerc… les idoles d’une époque que je n’ai pas connue, mais qui semblent encore palpiter ici, dans l’air humide du sous-sol.
Je tends la main vers la pochette de Joe Dassin, un peu cornée, avec ce sourire tranquille qu’il a toujours sur les photos. “Et si tu n’existais pas…” me revient en tête avant même que je ne fasse tourner le disque.
Je l’essuie doucement du revers de la manche et le pose sur la platine. Le grésillement du vinyle précède la voix chaude et lointaine du chanteur.
Ma mère adorait cette chanson, je crois. Ou alors, c’est mamie. Je ne sais plus très bien. Peut-être les deux.

Annotations
Versions