Vide
- Quatre mille euros par mois tout compris, c'est bien ça, monsieur.
- C'est une sacrée somme.
- Je ne prends qu'un patient à la fois, et je ne vous ai accordé ce premier rendez-vous car vous connaissez Alice qui est devenue une excellente amie en plus d'être ma première patiente, cela remonte presque à douze ans.
Du doigt, elle désigna le mur derrière elle. Un mur rempli de douze tableaux, chacun avec un objet singulier au centre, fait de métal figé. Ceinture de chasteté et cage pour homme.
- Quand une amie demande un service, je réponds présente, mais la liste d'attente pour mes services est longue alors vous êtes juste un service rendu pour le moment.
- J'ai combien de temps pour réfléchir ?
- Demain soir à dix heures pour signer le contrat dans mes bureaux.
- Je finis rarement avant dix-neuf heures.
Elle se leva de sa chaise, un grand sourire aux lèvres, et attrapa les feuilles sur son bureau, fit le tour d'une démarche assurée avant de s'asseoir face à moi, ses yeux plantés dans les miens.
- Monsieur le directeur exécutif commercial d'une multinationale aussi ennuyeuse que chaque jour de votre existence. Je suis sûre que si vous partez demain à 17h30 pour être ici à 18h, le monde ne bougera pas d'un pouce, personne ne lira votre mail inutile de 19h. Regarder votre boîte mail pro tout en essayant d'amadouer une minette pour un coup d'un soir dans votre lit seul à 22h vous rend sûrement extrêmement heureux et épanoui. Alors c'est soit demain vous êtes là à 18h pile, sinon ma porte sera fermée pour toujours.
Elle plaqua un pied chaussé de chaussures à talon aiguille sur mon torse.
- Réfléchissez bien, monsieur le directeur, je sais très bien que les quatre mille euros, vous vous en foutez royalement. Derrière cette question se trouve juste la peur d'un quarantenaire en crise d'utilité dans sa vie. Dites-moi si je me trompe ?
À part une sorte de grognement d'approbation, je ne trouvais guère à redire. Elle fit glisser son autre pied au niveau de mon sexe.
- Je suis sûre que votre confortable compte en banque,la berline premium criarde sur mon parking le tout accompagnées de votre dégaine assurée et votre physique pas désavantageux font écarter les jambes de bien des jeunes femmes a la chatte parfaitement lisse. Je vois d'ici votre approche : vous passez prendre une fille dans votre bolide ridicule, restaurant gastronomique, vous la ramenez dans votre villa avec jacuzzi ou autre truc de riche sans intérêt, fellation, levrette, dodo et un nouveau trophée, plus qu'à passer à la suivante. Mais au fond, vous êtes toujours aussi vide.
Elle me regardait sans me lâcher.
- Un long silence qui ne m'avance pas vraiment, monsieur le directeur, c'est juste une fellation dans votre berline ?
Elle appuya avec son pied sur mon torse.
- Oui, vous avez raison.
- Sur toute la ligne ?
- Oui, il y a deux jours, voiture, resto, pipe dans ma voiture et une levrette chez moi.
- Âge ?
- Vingt ans.
- Et ça vous rend heureux ?
- Sur l'instant, et encore pas toujours.
Elle retira ses pieds, posa brutalement la liasse de papiers sur mon torse avant de retourner derrière son bureau.
- Les riches, toujours les mêmes, ils espèrent être heureux avec la chatte épilée d'une jeune femme. Vous prenez de la drogue ?
- Non.
- Alcool ?
- Oui.
- Combien ?
- Un verre de temps en temps.
- Et la vérité ?
- Tous les soirs.
- C'est votre dernier mensonge. J'en ai rien à foutre que vous soyez un alcoolique, un drogué ou un addict au sexe de gamines de vingt ans. Si vous voulez du changement, je veux aucun mensonge et je suis très douée pour détecter les mensonges, même d'un commercial.
- C'est mon métier de mentir.
- Et moi, je suis une ancienne profileuse pour la police. Qui sera la meilleure à votre avis ?
- Je vais pas prendre le risque.
- Bien. Tabac ?
- Non.
- Porno ?
- Tous les jours.
- Niveau nourriture ?
- Livraison.
- Sport ?
- Tous les midis.
- Produits dopants ?
- J'ai arrêté, je prenais de la testo il y a une dizaine d'années.
- Médicaments ?
Je marquai un silence.
- Viagra et doliprane, ça compte ?
- Oui, et pour finir, niveau de bonheur, zéro c'est je me suicide en sortant d'ici et dix c'est un hippie sous extasie à une rave party.
- Un. Je me crois trop important pour ma boîte pour me suicider.
- Vous n'êtes qu'un chiffre, mais au moins ça vous évite de vous tuer, c'est un bon point.
Elle notait des choses sur une feuille avant de relever la tête.
- Dans ce cas, à demain, si vous voulez que ça change, dix-huit heures pas une minute de plus.
Je me levai un peu perdu vers la porte de sortie.
- Oh, une dernière chose, monsieur le directeur, vous vous êtes soucié du plaisir de la jeune femme que vous avez baisée ?
- Le resto a dû bien plus l'exciter.
- Je m'en doutais. Bonne soirée, monsieur le directeur commercial de multinationale.
Je descendis l'escalier de l'immeuble vers ma berline rouge qui coûte le prix d'une maison et m'assis dans le siège. En regardant mon téléphone, premier réflexe : ouvrir ma boîte pro. Voir dix nouveaux mails me rassurait, je suis utile, les gens ont besoin de moi. Puis trois appels manqués d'Alice. Étrange, on se connaît depuis notre école de commerce, c'est la dernière avec qui j'ai encore un contact régulier. Possiblement car c'est un plan cul qui semble ne pas avoir de fin. J'appuyai sur le bouton pour démarrer le moteur disproportionné de ma voiture et rappelai Alice. Elle décrocha à la première sonnerie.
- Alors t'as signé ?
- Salut, j'ai les papiers, elle est étrange, non ?
- T'as pas idée, moi elle m'a littéralement sauvé la vie, c'est une approche unique, c'est sûr, mais te connaissant, ça me semble une bonne idée. Et me sors pas le prix, mec, tu palpes 10k par mois sans compter tes apparts.
- 12k, j'ai été augmenté. Oui, mais ça semble étrange.
- Ça fait pas que sembler, ça va être extrême mon chou, mais bordel, c'est libérateur.
- Je vais réfléchir ce soir.
- Fais le bon choix, et merde, double appel, je te rappelle.
Elle ne m'a pas rappelé comme souvent.
Ma maison immense et vide, piscine, écran géant, jacuzzi, juste des shots de dopamine au moment de faire le chèque de voir que je pouvais me payer des trucs chers, mais après ça n'a plus trop d'intérêt. Je commande un burger en livraison, je me sers un verre d'un whisky hors de prix alors que je verrais pas la différence avec un premier prix. Sur ma télé, je mettais mon divertissement favori du soir, un porno quelconque et me mis à lire le contrat que m'a fourni Élise.
Le contrat est simple : en gros, elle prend le contrôle de ma vie et je paye quatre mille euros pour ça par mois.
Je mangeais le burger sans conviction, plus l'histoire de faire taire le signal de faim avant de prendre une douche et d'aller dans mon lit.
Avec mon téléphone à la main, prêt à scroller mes mails du boulot tout en répondant à une Cécile de vingt-cinq ans et une Aurélie de vingt-trois ans. À 23h, je me rendis compte que je n'avais pas éteint le porno dans mon salon en entendant les gémissements sortir de mes enceintes hors de prix. L'installateur qui m'avait délesté de trente mille euros serait ravi de savoir que l'utilité principale de mon système son était de reproduire les gémissements d'actrices porno. Je sortis de mon lit, pour étéindre la télé.
Je détestais cet endroit. Malgré tous les efforts pour le rendre accueillant, il n'était qu'un miroir de ma propre vacuité. Chaque objet, chaque détail, me rappelait à quel point j'étais seul, à quel point ma vie était creuse. Les murs, les meubles, les gadgets, tout cela n'était qu'une tentative désespérée de combler un vide intérieur qui ne faisait que croître.
Je retournai dans mon lit. J'avais envoyé sept mails professionnels, reçu une photo en gros plan du sexe d'Aurélie et la poitrine de Cécile. Je n'avais jamais eu de mal à draguer et à conclure. C'était un jeu plus jeune, un défi. En même temps, en école de commerce, baiser était presque une matière en soi. Maintenant, c'était un passe-temps qui ne m'amusait plus, mais c'est le seul que j'avais et j'étais doué à ce jeu. Cerné une personne, ses points d'intérêt, me rendre intéressant pour elle, puis il suffisait d'enchaîner. C'est sûr, mon compte en banque aidait grandement, ma voiture aussi, l'argent attire et attirera toujours. Je n'ai jamais eu à mentir étonnamment. Je ne vendais jamais le rêve du grand amour, juste le plaisir du moment, de la vie tranquille sans prise de tête.
Tu parles, tout l'opposé de ce que je ressentais.
Je pouvais la baiser Aurélie dans deux jours, Cécile, c'était sûrement plus la semaine prochaine. J'avais commencé à parler avec une Delphine pour dans trois semaines. Putain, j'étais vraiment une épave, comme si ces jeunes femmes changeraient une once mon état d'esprit. Je finis un dernier mail à 23h30 pour aucune raison si ce n'est faire genre je bosse beaucoup et je suis indispensable.
Je pris dans le tiroir de ma table basse un cachet de viagra. J'appuyai sur une télécommande pour allumer des leds un peu partout dans ma chambre avant que mon téléphone n'affiche un appel vidéo entrant de Aurélie .
- Salut Aurélie
- Hello Isaac
Elle avait la voix un peu timide, ne filmant que son visage un peu tendue tout comme moi mais en plan large laissant paraître les leds en arrière-plan.
- Tu veux m'achever en m'appelant à cette heure normalement c'est tisane au lit pour moi.
Elle rit et son visage se détendit.
- Oh et moi qui avait passé ça pour t'appeler dommage
Elle inversa la caméra et dans un miroir elle était en tenue sexy bleu, dans le miroir son pilou pilou était bien visible sur son lit.
-Oh il semblerait que j'ai un regain d'énergie, sûrement la verveine, ou peut-être ta culotte fendue qui ne cache que peu de chose.
Elle fit un gros plan de sa culotte fendue écartant le tissu pour dévoiler son sexe tout en faisant danser ses doigts sur son clitoris.
- Ça t'excite ?
C'est drôle la première chose qui me passait à l'esprit était non, c'était juste un passe-temps, une soirée triste comme toutes les autres, dans ma tête j'entendais la petite voix me dire "et une chatte de plus sans la moindre once d'émotion"
- Carrément, tu veux voir ?
- J'ai les yeux grands ouverts
Je changeai de côté ma caméra sur mon érection aussi artificielle que mon excitation à ce moment. Je me branlais doucement
-Oh c'est ma petite chatte qui te rend si dur ?
Non c'est un médicament, une foutue pilule, je n'ai pas bandé naturellement depuis des années
- En même temps comment pas être excité par ta chatte
Trente minutes d'un appel aussi triste et vide de sens, de masturbation en gros plan et des gémissements.
- La prochaine fois à la place de mes doigts ce sera ta bite j'espère Isaac
- Et les préliminaires dans tout ça, tout juste la pénétration, je compte bien me faire sucer
- Et moi me faire lécher
Je n'avais pas léché une femme depuis tellement longtemps, jeune j'aimais bien fourrer ma tête entre les cuisses de mes coups d'un soir mais plus le temps passait plus la passion avait laissé place à la lassitude et une levrette c'était bien assez chiant comme ça. Plus j'y réfléchissais plus je baissais par nécessité d'avoir une once de dopamine qui ne venait que rarment.
- À voir si t'es sage
- Oh non je suis très vilaine
- Ça sera sodomie alors pour la vilaine
- Jamais au premier rendez-vous
- Un gentleman comme moi pourtant
- Un gentleman n'a pas peur de plusieurs rendez-vous
Non pas peur, mais je n'en voyais pas l'intérêt et baiser son cul n'allait pas être un argument sufisant pour plusieurs rendez-vous
- C'est tentant en effet, une chose à la fois t'as raison
- T'as raison une petite levrette pour faire connaissance c'est un bon début
Il était minuit, on finit l'appel et je regardai mes mails pro une dernière fois avant de me coucher, je n'ai pas fermé l'œil de la nuit.

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