Chapitre 1 - La plus douce des lueurs (2/3)
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Quand cette journée débuta, je constatai qu'en effet, mes tribulations étaient déjà bien lointaines. Et ce n'était pas un jour comme les autres : le plus grand événement de Lucécie allait prendre place dès ce soir. Je redoutais ardemment cette journée, car la compagnie d'autres humains ne m'était guère agréable. Mais aujourd'hui, je me surpris à n'être qu'indifférent à l'idée de devoir m'y rendre.
Les visiteurs se retrouvaient au centre de Lucécie sur le Haut-Nitescent, la colline où se trouvait le quartier de la vieille ville. Ils dansaient, chantaient, et buvaient. Les lanternes de toutes couleurs qui faisaient la renommée de la cité étaient plus nombreuses et paraissaient plus brillantes encore que jamais, même dans le plus éclairé des quartiers du royaume. Pour les oiseaux qui survolaient la région, Lucécie était un joyau au milieu de la nuit.
C'était une soirée très lucrative pour les marchands qui avaient la chance d'y participer. Heureusement, on ne mélangeait pas les nobles et la populace. Ce pourquoi, le soir venu, sur la place des Nimbes, au sommet du Haut-Nitescent, mon père, ma sœur, et moi nous retrouvâmes les invités les plus prestigieux de ces festivités.
Les salutations et autres mondanités n'en finissaient plus. C'était toujours les mêmes têtes, les mêmes billevesées.
— Même Deryn et Eilwen n'ont pas pu venir... soupirait Nojù. Si au moins Miléna était là...
Nous étions tous les deux à l'écart du brouhaha. La fille du duc portait une sublime robe de soirée qui complimentait le collier qu'elle portait en permanence. Au bout de cette fine cordelette pendait une pierre d'un bleu abyssal, au fond de laquelle reposait une énigmatique lueur.
Nojù faisait la moue en comptant tous les absents. Je n'avais pas la moindre envie d'interagir avec qui que ce soit parmi les noms qu'elle avait cité, à l'exception de la princesse de Sendeuil, peut-être.
Je me souvins ainsi de la raison pour laquelle je n'aimais pas cette vaste mascarade.
— C'est décidé ! s'écria-t-elle. Partons d'ici !
Nojù me fixait avec insistance. Elle devait penser que son plan était génial.
Le prince face à elle rajustait son jabot blanc. Je portais une veste au-dessus de ma chemise, malgré la suffocante chaleur de ce début d'été. Avoir une tenue digne de mon rang était plus important que mon confort personnel.
— Toi et tes chimères surréalistes...
Je soupirai ces mots, m'étant déjà résigné à supporter tous ces nobliaux arrogants. Nojù me donnait l'impression de ne même pas m'avoir écouté, tant elle était convaincue du bien-fondé de sa conclusion.
— Ces danses répétitives, ces gens qui ne font que parler. Il n'y a rien pour se divertir et pas grand-chose à manger. Allons du côté des villageois, Lucé !
Ma sœur insistait avec un peu trop d'aplomb. Je ne réalisai qu'à présent qu'elle devait avoir une idée derrière la tête, ce qui était d'autant plus inquiétant.
— Hors de question.
Sans argumenter davantage, je partis plus loin. Je ne voulais pas croiser certaines personnes en particulier.
— Eh, mais, écoute-moi !
Elle semblait déçue de ma réaction, mais me suivit malgré tout.
— Reviens à la réalité, pourquoi penses-tu qu'on ne puisse pas y aller ? la grondai-je. Déjà, on ne passerait pas inaperçu. Et même sans ça, me mêler à tous ces rustres bruyants et suintants, très peu pour moi. Sans oublier que ces crétins sont imprévisibles, on se mettrait en danger en y allant.
Mon ton était aussi froid qu'à l'accoutumée. Le visage de Nojù aurait pu faire penser qu'elle avait pris ces insultes personnellement. Elle désapprouvait toujours tout ce que je disais. Elle le faisait sans s'énerver la plupart du temps, mais sa façon d'essayer de me raisonner gentiment m'irritait.
— Eeeh... Ne sois pas aussi braqué, Lucé. Mis à part leur éducation, ils sont comme nous...
Elle finit par baisser la tête en constatant que j'ignorais totalement ses propos. Je ne pus entendre ce qu'elle se chuchota à elle-même.
— Et dire qu'hier...
Elle secoua vigoureusement la tête pour se ressaisir.
— ...Suis-moi !
La jeune princesse m'attrapa par la manche et me tira avec détermination.
Je me laissai faire, aussi longtemps que cela me permettait de m'éloigner de ces longues mèches vertes qui dépassaient de la foule.
Il y avait un petit escalier de pierre collé à une bâtisse qui donnait sur la place. Les habitants de ces maisons étaient escortés chez eux quand ils décidaient de rentrer et étaient invités à ne plus ressortir. La plupart d'entre eux étaient heureusement des bourgeois et savaient se comporter comme le voulait l'étiquette.
Nojù avait l'habitude de se rendre sur ce toit, c'était le seul moyen d'échapper à nos responsabilités sans devoir fuir les gardes.
— Et si nous restions là ? proposai-je.
Nous nous étions tous deux arrêtés. De là où j'étais, je pouvais voir tous les gens attroupés autour de mon père, ce qui était la plus grande tradition de cette fête, sans nul doute.
Ma sœur faisait dos à la lune et me fixait, toute fière d'elle.
— Regarde de l'autre côté !
Entre les maisons du centre de Lucécie, on pouvait voir un bout de l'Auréole, cette large rue qui faisait le tour de la partie la plus élevée de la cité. C'était ici que les roturiers passaient leur soirée. On y voyait des gens de tout âge sautiller en rythme sur une musique entraînante. Il me semblait aussi apercevoir des mets dont j'ignorais totalement la composition. Il y avait des éclats de rire, des jeux qui attiraient des curieux ça et là... Une odeur sucrée me parvint aux narines.
— Tu sais ce que j'en pense de ces gens-là...
Il lui suffit d'entendre ces mots empreints de lassitude pour que ses espoirs ne soient brisés.
— Cela dit, ajoutai-je, je n'en pense pas moins des autres. Mais ça ne change rien, on ne peut toujours pas s'échapper d'ici.
Ma petite sœur considéra ces paroles comme une approbation tacite et se remit en mouvement. Elle ouvrit une vieille porte en bois. Celle-ci devait mener à l'étage du dessous. Le propriétaire avait été négligent de ne pas la verrouiller.
— Attends ici quelques instants, mais ne rentre sous aucun prétexte, d'accord ?
Elle ferma la porte, toute guillerette, avant que je n'aie pu la raisonner.
— C'est tout à fait illégal, observai-je avec désapprobation.
Je constatai, médusé, l'attitude désinvolte de la princesse.
Au bout d'un certain temps, la porte se rouvrit, grinçante.
Je ne reconnaissais pas l'étrange tenue de la personne en face de moi. Une capuche recouvrait son visage, ses vêtements avaient quelque chose de raffiné. L'obscurité de la nuit dissimulait les couleurs du tissu. Il s'agissait pourtant sans l'ombre d'un doute de marron, ainsi que d'or, rappelant le coloris des feuilles mortes.
J'avais beau reconnaître ce style, ma récente mésaventure me poussa à être méfiant. Sous mon propre costume, j'avais accroché par précaution ma lyre à une anse de mon sac de thornecelia. Ma main la caressait, prête à l'empoigner à tout moment.
Le rire étouffé de cette mystérieuse silhouette attira mon attention. Elle révéla son vrai visage, qui n'était autre que celui de ma petite sœur.
— Tu ne m'as pas reconnue, pas vrai ? Avec cette tenue, nous pouvons nous infiltrer n'importe où ! Et voilà pour toi, Lucé !
Elle semblait très satisfaite de son entrée. Sans perdre plus de temps, elle fouilla dans son propre sac sans-fond, et en sortit une tenue à première vue identique.
— Évidemment, j'en ai aussi une pour toi. Vas-y, je t'attends ici. Ne t'en fais pas, il n'y a personne en bas.
Ce n'est pas ça le problème...
Une fois entre mes mains, j'étais en mesure de confirmer que la personne derrière tout ça était bien Madeleine, la gouvernante de ma sœur, qui se trouvait aussi être une excellente couturière. J'en déduisis que Nojù avait mis la main à la pâte et s'y était légèrement blessée.
En m'habillant à la lueur de ma lampe à huile, je me rendis compte que le confort de ces vêtements n'avait rien à envier à leur apparence. Ils étaient même pensés pour les rares personnes à posséder un sac sans fond en ce qu'ils avaient une ceinture de tissus élastique. Le côté pratique de cette tenue, ainsi que la souplesse de son textile, laissait imaginer qu'elle était parée à toute aventure. La conception de ces habits était pourtant conforme à ce qu'un noble pouvait attendre. J'aurais menti en affirmant avoir honte de les porter en public.
Finalement, je remarquai l'étrange appendice qui couvrait mon cœur. C'était un tissus épais et large qui pendait depuis ma clavicule, et qui cachait deux crochets sur lesquels je pouvais aisément poser ma lyre. Elle m'était donc accessible en permanence, tout en étant dissimulée des regards indiscrets.
Quand la porte s'ouvrit, ma sœur n'en pouvait déjà plus d'attendre et serrait les poings devant elle pour contenir son engouement.
En contemplant le résultat, son visage s'éclaircit. Elle s'empressa de me rejoindre et attrapa mon bras.
— Mon bon m'sieur, sauvez-nous d'ces bândits qu'ont attaqués not' ferme, j'vous en cônjure, quoi !
Son imitation de fermière en danger était poignante, voire ridicule. Elle passa ça à la rigolade avant de m'inspecter de plus près.
— Tu as l'air d'un vrai héros, Lucé, prêt à sauver la veuve et l'orphelin !
Il n'y a vraiment pas de quoi être si admirative.
Sa remarque me fit néanmoins sourire malgré moi.
— M-merci pour ça.
Je lui indiquai la tenue en la pinçant du bout des doigts. Ces simples mots semblaient avoir fait mouche. Elle exultait de joie. La demoiselle repartit au bord du toit, faisant face à la grande place de la ville.
— Et maintenant, place à la fête !
Elle bondit sans hésitation du haut de cette maison, flûte-double aux lèvres. Ma mâchoire se décrocha.
— AUXILIA EIUS !
Une sphère de lumière l'entoura alors qu'elle chutait jusqu'au sol, où le sort se brisa comme du verre ce qui lui permit d'atterrir relativement en douceur, bien qu'elle se retrouva les quatre fers en l'air.
— À ton tour !
Comment ne pas rester de glace devant une telle inconscience ?
J'avais accouru, pris d'une soudaine panique pour finalement la voir me sourire béatement depuis la sombre ruelle.
— Tu aurais pu prévenir...
Je ne cachais pas ma contrariété, mais je réalisai alors que c'était à mon tour de faire le grand saut. J'avais quelques appréhensions.
Et si le sort ne se déclenche pas pour une raison ou une autre ? Ça serait trop bête de mourir maintenant que je suis en sécurité.
La princesse en bas continuait de me faire de grands signes de mains. Elle tenait toujours sa flûte-double. Elle ne serait pas assez rapide pour me sauver avec son propre sort.
Avec autant d'adrénaline, il n'y avait que peu de chance que le sort échoue. Je frappai les cordes de ma lyre pour vérifier qu'elles étaient toujours avec moi. Après tout, il suffisait que je fasse l'incantation avant de sauter pour être fixé. Le bouclier durait au minimum trois secondes.
— MAGNA AUXILIA EIUUUS !
Plutôt que d'être trop cavalier, je choisis de vivre à coup sûr. Pour ne pas me retrouver immobilisé par le sort, il fallait que je bondisse malgré tout avant la fin de l'incantation. Car en effet, les Auxilia étaient plus résistants lorsqu'ils étaient invoqués sur une cible fixe, cependant, le sort devenait alors une prison de verre. Si la cible était en mouvement durant l'incantation, alors ce bouclier d'énergie suivait le rythme de celui qu'il entourait.
Mon bouclier n'était pas beaucoup plus robuste que le sien, mais quand il heurta le sol, il rebondit légèrement, me laissant retomber sur mes deux pieds.
— Et voilà.
— Génial ! Comment tu as fait ça ?
J'étais satisfait de la réussite de mon plan.
— Comme les autres sorts, on peut apparemment contrôler la nature du bouclier. J'ai voulu que le mien soit souple plutôt que trop rigide. Amortir plutôt que bloquer.
— Mais oui !
La jeune fille semblait imaginer l'étendue des possibilités que la magie nous offrait. Elle finit par se mettre à rire sans que je puisse deviner quel scénario tordu lui était venu à l'esprit.
— Assez plaisanté, la fête nous attend !
Son large sourire disparut sous sa capuche. Je la suivis sans un mot jusqu'au cœur des festivités.
L'Auréole, qui cerclait la vieille ville, était méconnaissable. Des vendeurs y hurlaient leurs boniments pour se démarquer du brouhaha infernal. Les enfants se frayaient un passage au milieu de la foule, ne s'arrêtant jamais de courir. Les lanternes étaient parfois agitées par la brise de ce soir d'été, et des ombres de toutes couleurs se joignaient à cette danse.
Avant que je n'aie pu ouvrir la bouche, on me tira par le bras pour me faire jouer à une sorte de jeu qui consistait à lancer des balles de mousse sur des cibles. L'inconnu m'expliquait en criant, tandis que les visiteurs s'égosillaient en encouragements parfois douteux. Je me laissai prendre au jeu, bien que la brutalité et le manque de savoir-vivre de ces gens me révulsaient. Pourtant, ils ne faisaient rien de plus que s'amuser.
Nojù assistait à cette scène en retrait, le regard plein de tendresse.
On lui tendit une étrange confiserie qui trônait au sommet d'une baguette en bois. Cela semblait collant et sucré à première vue. Un homme faisait tourner une manivelle aussi vite que possible, y mettant tout le poids de son corps. L'étrange machine à côté de lui produisait cette mixture inconnue.
— C'est trop bien ! s'écria Nojù. Je ne pensais pas qu'on pouvait autant s'amuser en mangeant quelque chose.
La jeune fille était aux anges.
Le barde Jacqueberd passa au centre de la rue avec deux chopes pleines dans chacune de ses mains, il me complimenta sur la lyre qu'il était parvenu à apercevoir, sans que je ne sache comment, puis continua son chemin sur quelques mètres avant de s’effondrer misérablement au sol, provoquant l'hilarité générale.
Je soufflai du nez en regardant de haut le pauvre homme. Mon air était toujours suffisant, mais cette fois-ci, il avait quelque chose de plus doux.
— Alors, tu regrettes d'être venu ici ?
Nojù s'en était aperçue, mon aversion n'était plus aussi virulente qu'auparavant. Ma sœur attrapait ses deux mains derrière son dos et secouait son bassin de gauche à droite, je la connaissais assez pour savoir qu'elle allait me demander quelque chose.
— Les musiciens donnent vraiment tout. Tu ne voudrais pas...y aller avec moi ?
Quand elle prenait ce ton affectueux, il était difficile de lui refuser quoi que ce soit. J'étais cependant l'exception. Mais ce soir seulement, mes récentes expériences me poussèrent à me laisser entraîner, malgré la grimace que j'affichais.
Ainsi, elle me tira jusque sur la piste de danse, au centre de la place. Imitant les gens autour d'elle, elle se mit à tourner. En se tenant mutuellement les poignets, on se laissa emporter dans ce tourbillon. L'énergie cinétique nous faisait légèrement basculer en arrière, révélant nos visages au milieu des lanternes.
Nojù se laissait enivrer par cette atmosphère et se mit à rire sans pouvoir s'arrêter. Il faisait chaud, la musique accélérait encore et encore, les clameurs s'amplifiaient, les odeurs de nourriture s'intensifiaient, les sourires étaient plus radieux que jamais. J'en perdis toute notion du temps, toute appréhension. La commissure de mes lèvres se redressait sans même que je ne m'en rende compte.
Quand le morceau fut fini, les musiciens se félicitèrent brièvement. Beaucoup considéraient ce genre de musique comme une insulte aux nobles compositions des plus grands. Il suffisait pourtant de voir le bonheur des gens qui dansaient pour comprendre que ce n'était pas le cas.
— Haha, je n'avais pas ri comme ça depuis longtemps !
La jeune fille à bout de souffle se tenait les côtes.
— ...Tu l'as dit. C'était bien.
Sans le moindre sarcasme, je lui avais fait parvenir mes vrais sentiments, et elle en resta coite. Elle ne semblait pourtant pas surprise que je puisse dire de telles choses, et bien assez tôt me répondit.
— ...Je suis contente de te voir t'amuser.
Elle ponctua cette phrase par un rire fugace. Dans la seconde qui suivit, un bruit nous interpella. Ce n'était pas quelque chose qu'on entendait tous les jours. Ce sifflement si caractéristique était le signal que tous attendaient.
Comme si nous ne faisions plus qu'un avec les visiteurs, nous nous tournâmes vers la source de ce son. Le duc, et tous ceux qui occupaient la place autour de lui en firent autant. Une flamme semblait s'élever seule dans les cieux. L'explosion fut resplendissante. Ces nouvelles étoiles brillaient de bien d'autres couleurs et tombèrent paisiblement dans la nuit.
La deuxième fut lancée, immédiatement suivie d'une autre et encore d'une autre. Toutes ces lumières fusaient dans le ciel avant de l'embraser. Le public réagit par de longs cris d'émerveillement. Regarder et ressentir la même chose que tous ces animaux de basse-cour n'avait en réalité rien d'humiliant.
Nous étions unis face aux splendeurs de ces lueurs éblouissantes, et c'est ainsi que je découvris pour la première fois le véritable joyau de cette tradition.
Je me tournai vers Nojù : elle était charmée par ce spectacle. Ses yeux s'illuminaient de mille couleurs.
En sentant le poids de mon regard, elle me fit face.
— Merci Lucé. Si tu n'étais pas revenu, je n'aurais jamais pu être de ce côté là. Enfin, c'est déjà bien que tu sois revenu tout court !
Elle se reprit en réalisant que ce n'était pas exactement ce qu'elle ressentait.
— Non... La vérité, c'est que je suis juste heureuse de pouvoir vivre ça avec toi !
C'était ce sourire là... Ce sourire là qui m'avait sauvé il y a quelques jours.
Cet instant se grava en moi aussitôt.
— Nojù...
Pour bien des raisons, je me sentais confus. Je crois qu'une partie de moi avait souhaité lui dire que j'étais désolé.
Avec sa spontanéité naturelle, la demoiselle continuait de parler, le visage éclairé successivement par d'autres couleurs, dans des flash éblouissants.
— Tous ces gens aussi ont l'air heureux. C'est comme s'ils savaient mieux apprécier les feux de l'Artificier que nous autres nobles. Ils me donnent l'impression de nager en plein rêve.
En effet, qu'importe leur identité, ils semblaient tous puiser de l'espoir dans ce ciel étoilé.
— Ce n'est pas trop nul, c'est sûr...
Ma façon de le dire l'amusait visiblement. Elle se rapprocha de moi.
— Alors, on pourrait rester un peu !
Quelque chose changeait en moi. Son enthousiasme m'avait atteint.
— Je n'ai rien de mieux à faire de toute façon.
Après cette dernière explosion qui sembla embraser tout le ciel, le silence s'ensuivit. Le spectacle avait pris fin. Je pouvais enfin me concentrer sur tout ce qui m'entourait. Était-ce là la récompense pour avoir survécu jusqu'ici ?
Avec le recul, ça valait peut-être le coup, tout ça.
Le défilé céleste avait beau être arrivé à son terme, je continuais de scruter les astres, paisiblement.
— On dirait que c'est bientôt la fin des festivités, soupirai-je sans amertume.
Ma petite sœur était malgré tout satisfaite de cette soirée. Mais en entendant mes propres mots, mon visage se décomposa.
— C-comment va t-on revenir à notre fête ?
Elle aussi venait de faire le lien. Néanmoins, la jeune fille passa ça à la rigolade. Et nous pûmes prétendre nous être un peu éloignés quelques instants pendant qu'un des gardes tournait le dos. Ce dernier se sentit coupable et décida de n'avertir personne de sa négligence.

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