Préface
La première fois qu’on m’a parlé de ces pierres, j’étais enfant. On disait qu’elles échappaient aux lois du monde, qu’elles étaient rares, cristallines, et capables de choses impossibles. Le plus troublant, pourtant, n’était pas leur pouvoir, mais l’incertitude qui les entourait. Personne ne les décrivait de la même façon. D’un récit à l’autre, leurs vertus changeaient, leur forme aussi. Une seule question revenait, et elle restait sans réponse : d’où venaient-elles ? On répondait parfois : « C’est magique. » C’était l’explication la plus simple, et sans doute la plus paresseuse.
L’adolescence n’a pas été tendre. Elle l’est rarement. C’est à cette époque que j’ai cessé d’espérer que ces pierres aient existé ailleurs que dans les récits des conteurs. Déjà, peu d’enfants y croyaient encore. Passé treize ans, on riait facilement de ceux qui s’y accrochaient. Mon père, lui, s’y accrochait toujours.
Alors j’ai choisi l’Académie. Pas pour le prestige, mais pour comprendre. Je voulais séparer le mythe du réel, une bonne fois. J’ai étudié les gemmes, les minéraux, leurs structures, leurs imitations. Au bout du compte, je n’ai trouvé qu’une certitude : ces pierres n’existaient nulle part.
À quarante ans, j’ai quitté les hautes sphères du savoir pour un métier plus dangereux qu’il n’y paraît : raconter. J’ai marché longtemps, j’ai écouté, j’ai recopié, comparé, recoupé. Et lors de ma dernière errance, je suis tombé sur quelque chose qui ne ressemblait ni à une fable ni à une invention.
Je n’ai pas entendu cette histoire. Je ne l’ai pas lue. Je ne l’ai pas vécue. Et pourtant, elle ne vient pas de moi.

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