Je est un autre
Parfois, le temps se fige, bloqué au fond d’un puits.
Pas comme une horloge en panne, ou un mécanisme qui casse
mais comme si l’univers se détachait de lui,
le laissant là, coupé de son cours et de l’espace.
Le monde continue de tourner tout autour,
les néons saignent leurs reflets sur l’asphalte,
vêtissant le monde blafard de leur atours
sur le sol usé, si brûlé qu’on croirait du basalte.
Les ombres s’étirent semblables à des spectres avides.
Ron reste suspendu, les doigts enroulés autour du vide,
le souffle bloqué entre deux battements de cœur.
Quelque chose d'inexplicable... mais il n'a plus peur.
Ces questions le rongent :
« D’où vient ce vertige ?
Pourquoi tout se fige ?
Pourquoi ai-je l’impression que le sol s’effondre sous mes pieds chaque fois que j’essaie de me souvenir ? »
Hier soir, alors que les murs de son appartement
— tapissés de lignes de code et de Post-it jaunis —
reflétaient la lueur blafarde de son écran,
une voix lui murmura et il entendit :
« Tu n’as pas toujours été toi. »

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