Plus de sens
Je crois que j'essaye enfin de cesser d'attendre que tu reviennes. Pas parce que je t'ai oublié, mais parce que j'ai compris que ton retour ne changerait plus rien. Tu pourrais écrire demain, et je ne saurais même plus quoi répondre. Il y aurait ce décalage entre ce qu'on a été et ce qu'on est devenus – deux étrangers qui se reconnaissent dans une mémoire, pas dans le présent.
Je ne te déteste pas, tu sais. J'ai arrêté d'essayer de comprendre pourquoi tu m'as blessée, ou pourquoi j'ai tenu aussi fort à quelque chose qui m'échappait sans cesse. Ce que j'ai vécu avec toi, c'était intense, déroutant, presque mystique. Mais ça appartient à un temps où je voulais pouvoir te faire exister pour toujours.
Il y a quelque chose d'étrangement paisible dans le vide que tu laisses. Au début, je croyais que ce silence serait insupportable. Je pensais que ton absence ferait trop de bruit dans ma tête, que tout rappellerait ton nom, ton regard, tes phrases inachevées. Mais avec le temps, j'ai appris à vivre avec l'écho.
Il m'a fallu comprendre que tout ce que tu as représenté n'avait peut-être pas vocation à durer. Que certaines présences ne sont pas faites pour rester, mais juste pour réveiller quelque chose en nous. Quelque chose qu'on avait enfoui trop loin, comme un souvenir qu'on n'osait plus toucher.
Tu étais ça. Un passage. Une faille dans le temps où tout a semblé plus intense, plus dangereux, plus vivant aussi. Tu as pris une place que tu n'aurais jamais dû occuper, et pourtant, je crois que je ne serais plus la même sans ton passage.
Aujourd'hui, je ne saurais pas dire où j'en suis. Je ne ressens plus la même brûlure qu'avant, mais il y a encore cette tension sourde, quelque part entre les côtes. Je ne cherche plus à te parler, mais parfois j'y pense encore. Je ne veux pas savoir ce que tu fais, mais une part de moi reste en alerte. C'est comme si ce lien s'était effiloché, sans jamais vraiment se rompre.
Je ne crois pas que j'en suis à la paix. Mais je ne suis plus non plus dans la tempête. Je suis dans cet entre-deux, ce no man's land où les émotions se calment sans disparaître. Je n'ai plus besoin de comprendre, j'essaie juste d'accepter que tout ça ait existé, même si je ne sais toujours pas ce que ça voulait dire.
Alors non, je ne dirai pas que je t'en veux. Je ne dirai pas non plus que j'ai tourné la page. Je dirai juste que j'avance, avec ce fil invisible encore accroché à moi, qui me rappelle que certaines histoires ne finissent jamais vraiment, elles changent juste de forme.

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