17) Tir

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La tension grimpait en flèche dans la station. Aucune action suspecte n'était réalisée au grand jour mais l'ombre de la Fraternité du Sanctuaire Céleste planait sur tous. La population des secteurs 33 et 35 avait diminué peu à peu malgré que ces zones de Némésis ne possédaient pas de défaillances structurelles avérées. Les incidents à répétition dans le secteur 34 se propageaient aux adjacents. Les gens ne sortaient plus de leurs appartements après une certaine heure, mettant en place un couvre-feu non officiel. Aucun sigle n'identifiait formellement les Frères mais tous apprirent à reconnaître l'aura qu'ils dégageaient : un mélange de confiance en soi mal placée et de violence exacerbée. Car les fanatiques ne tabassaient plus que les employés de Branston Constructions mais toute personne qu'ils estimaient se mettre en travers de leur route. Leurs connexions avec la police se firent criantes alors que peu des responsables étaient poursuivis en justice. Telle une mafia, c'était bien souvent uniquement des membres peu influents qui étaient attrapés. Les décideurs restaient dans l'ombre et donnaient les ordres sans qu'on ne puisse leur reprocher quoi que ce soit. Tellement dans l'ombre que le cercle le plus haut placé, les Frères du Vide, conservait leur identité secrète depuis le début de leurs activités.

Dans les mois qui suivirent, pour les membres du Conseil du Retour, il devint évident que la Fraternité complotait pour atteindre son propre objectif. Logan et Zia avaient pu présenter leurs preuves et une force d'enquête spéciale fut créée pour démanteler l'organisation. Mais les deux jeunes gens savaient bien que la machine était lancée depuis trop longtemps pour être stoppée aussi facilement. Il fallait se rendre à l'évidence, la Fraternité du Sanctuaire Céleste construisait sa propre Arche et l'achèverait certainement. Le Conseil du Retour organisait le travail en vue de ramener des millions de personnes sur Terre. Eux visaient d'accueillir un demi-million d'adeptes tout au plus. 


* * *


— Bien entendu que je supporte la démarche de mon fils au sein du Conseil du Retour ! s'exclama Patrick Branston. 

Celui-ci répondait aux questions des journalistes lors d'une conférence organisée pour redorer le blason de sa famille et de ses sociétés aux yeux du grand public.

— Alors pourquoi personne ne vous a vus ensemble depuis plus d'un an ? questionna l'un des participants.

— Mon fils n'a jamais été féru des caméras durant son adolescence, ça n'a pas changé, balaya le patriarche. 

— Pourtant, il prend la parole quasi mensuellement lors des sessions publiques du Conseil avec son associée Zia Corvin, contra habilement une autre.

Tout le monde se doutait que le père et le fils Branston étaient en froid mais aucune information officielle n'avait transpiré. Et Patrick faisait de son mieux pour tourner autour du pot et essayer de conserver un avantage médiatique. Ses sociétés avaient fait le choix de le garder à la tête des conseils d'administration s'il réussissait à effectuer un revirement de l'opinion générale. Tâche à laquelle il s'employait suite à l'aveu de son fils depuis plus d'un an. Mais pour passer à l'étape supérieure, il lui faudrait l'aide ou tout du moins la présence de son fils à ses côtés pour prouver leurs supposées bonnes relations. Mais cela demeurait impossible. Il avait déménagé sans prévenir et vidé le bureau de recherche et impossible de lui remettre la main dessus. Personne ne savait où il était. Johanna pleurait parfois en regardant les transmissions en direct où il apparaissait en caressant son visage sur l'hologramme. Il était évident qu'elle ignorait tout et qu'elle blâmait son mari de la situation. Sa fille aînée ne disait pas grand chose de son frère ; ils n'avaient jamais été proches. Elle semblait plutôt lui reprocher la perte de sa vie sociale et de son statut de petite princesse. 

Le toussotement de la chargée des relations presse le fit revenir à la réalité.

— Veuillez m'excuser, quelle était la question ? 

— Que répondez-vous aux rumeurs concernant l'implication de votre entreprise dans la construction de l'Arche de la Fraternité du Sanctuaire Céleste ?

Bien entendu, ce fut cette question précisément qu'il avait raté. Il espéra que ses divagations silencieuses ne seraient pas mal interprétées.

— Vous venez de le dire vous même. Il ne s'agit de vides rumeurs, se crispa Patrick Branston. Je refuse que le nom de mon entreprise soit associé de quelque manière que ce soit à ces gens. Ce sont des individus violents qui ont déjà visé mes employés. Et il me semble plutôt clair qu'ils ne veulent pas non plus être en relation avec moi. Vous ne pouvez pas avoir raté les tags injurieux à mon encontre dans toute la station. Némésis n'est pas une divinité bafouée mais une construction de l'Homme, asséna t-il.

Il fit un signe de tête à sa responsable des relations publiques qui prit aussitôt le relais. La salle s'anima des interjections des journalistes qui voulaient obtenir un dernier commentaire de sa part. Il ruminait intérieurement. Comment pouvait-on le croire impliqué avec ces dégénérés ? Et s'il fallait vénérer quelqu'un, c'était plutôt lui. Il avait sauvé l'Humanité. 

Il quitta l'estrade et s'apprêtait à rejoindre son assistant lorsqu'un mouvement attira son attention. Un homme avait écarté violemment les journalistes du premier rang ; hurlait des propos incompréhensibles en le pointant du doigt. Il ne comprit pas grand chose hormis « Sainte Némésis ». Puis, en une fraction de seconde, il fut projeté sur le côté, manquant de tomber sur le sol. Kev, un de ses gardes du corps l'avait brusquement poussé en se plaçant devant lui. Son partenaire John se précipita sur le fauteur de troubles. La pièce n'était plus remplie que de cris et de bruits de bousculades. Kev tirait son employeur par le bras et ils se précipitèrent dans les coulisses pour quitter la salle. 

— Monsieur, vous êtes blessé ? 

Les oreilles de Patrick Branston bourdonnaient. Il regarda son garde du corps, hébété. Que venait il donc de se passer ?

— Monsieur ! répéta Kev plus fort, en commençant à le palper. 

Branston sentait quelque chose lui dégouliner sur l'épaule. Il la pressa de sa main et la retira couverte de sang. Le garde du corps écarquilla les yeux et l'entraîna vers leur véhicule. 

— Oie cendrée touchée. La blessure semble superficielle. Transfert immédiat vers l'hôpital, cria Kev dans son oreillette. 

— Reçu. Tireur appréhendé, en attente des forces de police, crachota t-elle en retour. 

Choqué, Patrick Branston se laissa faire quand Kev lui arracha sa veste et lui ordonna de faire pression sur sa blessure pendant leur trajet. 


* * * 


Les caméras tournaient toujours quand le forcené avait tiré sur le magnat de la construction. L'attaque fut transmise en direct sur les écrans de la station. Les médias dépêchèrent d'autres journalistes pour couvrir l'affaire. Ceux présents sur place étant en état de choc par le coup de feu. De toute façon, ils furent interrogés par la police en tant que témoins de la tentative de meurtre puis envoyés à l'hôpital pour un check-up physique et un suivi psychologique. John, le second garde du corps de Patrick Branston avait héroïquement neutralisé le tireur. Aussitôt, il avait appelé les autres gardes du corps de la famille pour mettre en sécurité la femme et la fille de leur patron. Le fils ne possédait pas de protection rapprochée avant son départ du foyer vu qu'il ne sortait peu. Après son exode, Patrick Branston avait haussé les épaules. Son fils avait choisi son camp, qu'il se débrouille donc tout seul. En chemin vers l'hôpital, John fut informé que Madame Branston se rendait au chevet de son mari. La fille aînée attendrait dans leur penthouse, à l'abri. 

— Vous avez de la chance, monsieur Branston. La balle a traversé proprement l'épaule. Un peu plus à gauche et votre cœur ou votre poumon auraient pu être touchés, déclara le docteur. 

Le médecin faisait son rapport post-opératoire au chevet du patient. Son épouse se tenait à ses côtés, lui tenant sa main valide. 

— Je ne sais pas si la chance a quelque chose à voir là-dedans. Je n'ai pas compris ce que se passait, avoua t-il. Kev m'a bousculé, sans lui, peut-être que ce taré aurait réussi son coup... 

— Vous êtes véritablement un ange gardien, sourit Johanna en se tournant vers le principal intéressé, posté près de la porte. 

— Je n'ai fait que mon travail madame Branston. Je suis désolé de ne pas avoir réagi plus tôt pour empêcher toute blessure.

Le médecin prodigua quelques recommandations concernant la blessure et prit congé. Il ne doutait pas que les Branston feraient appel à des professionnels à domicile jusqu'à sa récupération complète. 

— Rentrons, déclara sobrement Patrick. 

Kev hocha la tête et les précéda dans le couloir. John se plaça dans leur dos et informa son oreillette que le couple partait. Les deux gardes du corps de Johanna attendait dans le parking et les escortèrent jusqu'à leur penthouse. En chemin, Patrick Branston, le cerveau toujours embrumé par les antidouleurs, se demandait déjà quel serait son prochain mouvement. Car il était évident que la tentative de meurtre à son encontre ne demeurerait pas impunie. 

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