Partie 1. Chapitre 7.

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L’Alpine était incapable d’absorber le maxi-fourbi d’un enfant.

Le samedi, Hugo écuma Autoscout à la recherche d’une familiale d’occasion. À la rubrique marque, il opta pour Renault.

La Kangoo s’imposa. Il n’avait aucune idée du volume d’une poussette. Les roues seraient sales. Le coffre, sans fioritures, facile à entretenir. Sa soeur en avait eu une autrefois.

Trois ans, gris foncé, 75 000 bornes. Nickel. Et vendue par une certaine Nathalie…

Il s’assit devant le vieux téléphone fixe de ses parents.

Gardé dans le petit bureau de son père par nostalgie. Et parce que c’était compris dans le forfait.

Il tapota sur les touches trop grandes.

512234. Facile à retenir.

— Salut p’tit frère.

— Nathalie ?

— Ça va, toi ?

— (…)

—Bien, bien. Mais je ne me suis pas trompé. J’ai trouvé ton numéro pour une annonce de voiture.

Il marqua une pause.

— Me dis pas que tu vends ta Renault ?

— Ben si.

— Elle va encore très bien !

— Qui voudrait d’une voiture pourrie ? C’est les enfants. Depuis qu’ils sont en secondaire, je dois les déposer plus haut dans la rue, pour que leurs copains ne les voient pas monter, je cite, dans une voiture de plombier.

— Ils n’ont pas tout à fait tort !

— Tu appelais pas pour l’acheter, des fois ?

— Oui, m’enfin bon, c’est pas pareil.

— Comment ça c’est pas pareil… Tu veux devenir plombier ?

— Pffft, t’es grave !

— Toi rouler en Kangoo, y a anguille sous caillou… Oh merde, me dis pas que tu dois revendre l’Alpine… T’as des problèmes d’argent ?

— Pire que ça.

Hugo savait qu’il devrait l’annoncer à sa famille. Pas comme ça.

— C’est à ton boulot, ça ne va pas ?

— Si, si, ça va.

Un silence de sa soeur valait mille mots.

— Alors quoi ?

— Je vais être papa.

Quatre mots.

De l’autre côté de la ligne, le silence s’étira.

— Tu es chez toi ?

— Oui, pourquoi ?

— Je suis là dans dix minutes.

Elle avait raccroché.

Dans quelques instants, les deux femmes allaient se rencontrer. Assis au chaud, il s’était assoupi. Il était à bord d’un petit voilier. Lui qui n’avait jamais navigué menait une course en solitaire. Les vents lui étaient favorables, les autres trop loin pour espérer le rattraper. Sur la bande de terre, un panneau bleu indiquait le port de PLYMOUTH. Au dernier moment, il avait viré de bord. Renonçant à la coupe, à l’argent, et à ceux qui l’attendaient sur le quai.

Le carillon de l’entrée l’avait réveillé et dans le hall d’entrée, il reconnut la silhouette de sa soeur à travers la vitre sablée. Laure, elle, dormait toujours, allongée dans le divan du living. Précautionneusement, il avait fermé la porte pour éviter de la réveiller. Et qu’elle entende la conversation qui s’annonçait. Il lui ouvrit. Elle resta un instant figée sur le perron, lui planté dans le hall. Son regard le balaya, de bas en haut. Rapide. Chirurgical.

Il était entier.

Elle s’attaquerait au reste.

Hugo la guida vers le petit salon, celui, du téléphone et de la télé. Les murs étaient épais.

Aussitôt assise, sa soeur était entrée dans le vif du sujet :

— Alors Hugo, qu’est-ce qui se passe ?

— J’ai pas fait gaffe, j’ai mis une fille enceinte.

Elle avait réfléchi.

— Et tu veux acheter une voiture, donc c’est pour transporter l’enfant. Donc tu le gardes ?

— Oui, oui. J’ai pas trop le choix, elle avait dépassé la date pour avorter… Alors…

— Bon, OK. Et la fille ? Enfin, la mère ?

— Elle est ici. Elle dort dans le living.

— Tu l’assumes aussi ?

— Je vois pas comment faire autrement.

— Hugo, arrête, pas à moi ! Tu sais très bien qu’on peut faire autrement !

— Si t’es venue pour retourner le couteau dans la plaie…

— Mais non, arrête. Si je résume : ce n’était pas prévu. Et maintenant, l’enfant arrive.

— Vous n’êtes pas mariés. Si tu ne le reconnais pas, cet enfant n’est pas le tien.

— Tu parles comme maman !

— L’accouchement est pour quand ?

— Fin juin.

— Ça te laisse trois mois pour réfléchir.

— J’arrive plus à réfléchir.

— Je vais aller me faire un café.

Nathalie alla dans la cuisine et lança une capsule. Quand elle revint avec la tasse brûlante entre les mains, elle n’avait pas grand chose à lui proposer comme option. Abandonner la mère et l’enfant ; abandonner la mère et reconnaître l’enfant ; garder les deux.

Mais elle eut une question : — Et elle, tu y tiens ?

— Elle, elle tient à lui, ce gosse est devenu sa raison de vivre, elle boit plus, elle sort plus, elle surveille tout ce qu’elle mange, elle lui parle sans arrêt, … Il existe plus que moi, déjà.

— Tu n’as plus vingt ans…

— Tu veux me dire de ne plus faire la même chose qu’à vingt ans ?

— Tu sais bien que j’aime pas donner des conseils. Je voudrais juste te demander… ne te fâche pas… mais tu as déjà vécu cette situation. Et tu avais choisi de laisser la mère et l’enfant. Comment tu te sens avec ça.

— Je me sens bien avec ça.

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