Chapitre 3 - Le Rêve de l'Éclaireur
Chapitre 3 :
L’épuisement de la veille avait terrassé Lirio. Il avait sombré dans un sommeil de plomb, lourd et noir comme le charbon. Pour la première fois depuis des semaines, la douleur ne le réveilla pas. Pour la première fois, il rêva.
Il n'était plus un enfant malade cloué au lit. Il portait l'épaisse parka renforcée des Éclaireurs, le cuir craquant sous le gel. Il ne guidait pas une machine, mais un traîneau traditionnel en bois de frêne, souple et rapide, tiré par une meute de chiens arctiques haletants. Le vent hurlait contre son visage, une morsure vivifiante qui le faisait se sentir puissant. Devant lui, l'immensité du Grand Blanc s'étendait à l'infini.
- Allez ! Plus vite ! hurlait-il en poussant sur le guidon du traîneau.
Ils traversèrent des vallées où des carcasses de Dreadnoughts impériaux gisaient comme des baleines d'acier échouées. Ils franchirent des crevasses béantes où la vapeur des geysers montait vers le ciel gris. Lirio n'avait pas peur. Il avait une mission. Son compas gyroscopique indiquait le Nord, vers une zone inexplorée sur les cartes de la Nouvelle-Londres.
Au détour d'une crête de glace, il découvrit une structure sombre qui tranchait avec la blancheur éternelle. Des bâtiments en briques rouges, austères, surmontés d'un immense chevalement d'acier rouillé qui pointait vers le ciel gris. C’était une ancienne mine, semblable à celles que l'on trouvait jadis dans le Vieux Monde, avant le grand froid. Il s'abrita à la hâte dans le bâtiment principal alors que la tempête se levait. À l'intérieur, c'était le silence de la poussière et de l'abandon.
Il fouilla les bureaux des contremaîtres, renversant les chaises, ouvrant les armoires métalliques. Finalement, ses mains gantées se refermèrent sur un classeur épais : le registre d'exploitation. Il souffla sur la couverture entamée par le givre, tourna les premières pages raidites par le froid et lut les dernières entrées, déchiffrant les colonnes de chiffres à la lueur de sa lampe-tempête. Ses yeux s'écarquillèrent. « Puits n°4 : inexploité. Gisement estimé : 5 millions de tonnes. »
C'était le jackpot. La quantité de charbon inscrite sur ces manifestes était colossale.
- On a réussi ! exulta-t-il, sa voix résonnant dans le hangar vide. On a sauvé la Ville ! Avec ça, on peut tenir cent ans !
Ses chiens, sentant son excitation, accoururent et lui sautèrent dessus. Ils l'encerclèrent, aboyant leur victoire. Il prit la tête du chef de meute, un husky borgne nommé "Vapeur", et colla son front contre sa fourrure chaude.
- C'est fini, mon vieux. Avec ça, le Générateur ne s'arrêtera jamais. Maman n'aura plus jamais froid.
Lirio se laissa tomber au sol, riant aux éclats. Le chien jappa joyeusement et lui lécha le visage, une langue râpeuse et humide qui effaçait le givre de ses joues…
Lirio ouvrit les yeux. Le hangar de briques avait disparu, remplacé par le plafond beige de la chambre 214. Il se redressa d'un bond, cherchant les registres, cherchant ses chiens, mais il n'y avait que le silence. La pendule indiquait 11h. Le soleil, rare et précieux, inondait la pièce d'une lumière laiteuse, faisant ressortir la teinte crème des murs qu'il connaissait par cœur. La déception fut brutale, mais elle fut vite balayée par une étrange sensation. Il ne toussait pas. Ses bras ne tremblaient pas. L'injection du Dr Swain, si elle l'avait assommée pendant douze heures, avait laissé derrière elle une énergie vibrante, presque électrique.
Lirio s'étira. Le rêve n'était pas juste un rêve. C'était une promesse. Il allait guérir. Il allait sortir. Il deviendrait Éclaireur. Déterminé, il s'attaqua à sa journée. Après une toilette rapide, il se replongea dans le livre de Friedrich Fröbel. Il avait dépassé le stade des débutants. Il s'attaqua à la figure la plus complexe du manuel : le Homard. Un pliage infernal, avec une dizaine de pattes et d'antennes fines. Il pliait avec une ferveur nouvelle, la langue tirée, quand la porte s'ouvrit.
Irène entra. Et tout de suite, l'air sembla se refroidir. Elle n'avait pas son chariot. Elle n'avait pas son masque. Son visage était nu, et sur ses traits tirés se lisait une défaite que Lirio, dans son euphorie chimique, ne comprit pas immédiatement.
Elle s'assit lourdement sur le lit. Lirio posa son homard de papier à moitié fini.
- Qu’est-ce qui se passe, Irène ? On dirait que tu as perdu ta ration de soupe.
- J’ai une nouvelle, Lirio, dit-elle d'une voix qui tremblait. On doit te changer de chambre. Lirio sourit à pleines dents.
- C’est tout ? Mais c’est une bonne nouvelle ! Je vais avoir une meilleure vue ?
Irène secoua la tête.
- Le problème ce n’est pas la chambre. C'est l'affectation. Tu es transféré dans l'Aile Nord. C'est... c'est une autre administration. Le Dr Swain et moi sommes rattachés à l'Aile Est. Nous ne serons plus affectés à ton dossier.
Le sourire de Lirio se figea. Juste un changement de couloir, quelques portes plus loin, mais administrativement, c'était comme changer de continent.
- Attends... Mais il n'y a pas d'autre solution ?
Irène vit la détresse monter dans ses yeux. Elle attrapa ses mains.
- J’ai fait une demande pour être maintenue sur ton dossier. J'ai remué ciel et terre ce matin au bureau des affectations.
Elle jeta un coup d'œil furtif vers la porte, l'enlaça et ajouta :
- Je ne te promets rien, la bureaucratie est tenace. Mais je ferai tout pour continuer de m’occuper de toi.
Lirio releva la tête. Étonnamment, il retrouva son calme. Il pensa à son rêve, à l'Éclaireur courageux qu'il voulait être.
- Ne t’en fais pas Irène. L'Aile Nord, ce n'est pas si loin. Tu as de grandes jambes. Tu pourras venir me voir pendant tes pauses, non ?
Il ponctua sa phrase avec un grand sourire courageux. Irène eut de la peine à retenir ses larmes. Voir cet enfant la rassurer, alors que c'était lui qui partait vers l'inconnu, lui brisait le cœur. Elle raffermit son étreinte.
- Bien sûr. Je viendrai. C'est promis.
Des bruits de pas résonnèrent dans le couloir. Irène se redressa brusquement, effaçant toute trace d'émotion de son visage. Elle scruta la chambre, l'armée de grues, les fleurs, le homard inachevé.
- Si tu veux pouvoir déménager tout ce joli petit bazar sans l'écraser, tu vas avoir besoin d’aide. On s’y met ?
Les heures qui suivirent furent une bulle hors du temps. Irène dénicha trois cartons vides marqués "Provisions médicales - Fragile".
- Parfait pour tes œuvres, décréta-t-elle.
Ils commencèrent par la table de nuit. Chaque origami avait une histoire. Lirio attrapa une grenouille un peu écrasée.
- Celle-là, c'est la première qu'on a faite. Elle ne saute pas, elle boite. Irène rit, un rire un peu vide.
- C'est une grenouille vétéran de guerre. On la met sur le dessus, pour qu'elle surveille les autres.
Ils décrochèrent les guirlandes de cygnes que Lirio avait scotchées aux murs. Irène devait monter sur une chaise pour atteindre les plus hauts, et Lirio, du bas, la guidait comme un superviseur.
- Attention à gauche ! Tu vas froisser l'aile du cygne !
- Je fais ce que je peux, monseigneur ! se moqua Irène.
Puis vint le moment de ranger le livre de Fröbel et les crayons. Irène les plaça au fond du dernier carton, puis elle prit le Lys. Celui qu'ils avaient fait ensemble après le bain, la veille. Il trônait sur l'oreiller. Elle le tint un instant dans sa paume, comme si elle pesait une âme.
- Celui-là, il voyage avec toi, dit-elle. Pas dans le carton. Dans ta poche. Pour qu'il ne s'abîme pas.
Lirio le glissa délicatement dans la poche de sa chemise de nuit. Quand la chambre fut vide, elle sembla soudain immense et hostile. Les murs beiges, débarrassés des couleurs et du papier, reprirent leur aspect carcéral. Il ne restait plus rien de Lirio ici, juste une odeur de lavande qui s'estompait déjà. Irène scella le dernier carton.
- Et voilà, mission accomplie.
À peine avait-elle prononcé ces mots que la porte s'ouvrit sans frapper. Deux brancardiers entrèrent. Ils ne souriaient pas. Ils ne dirent pas bonjour. Ils prirent les cartons sans un mot, comme s'il s'agissait de déchets à incinérer.
- Le transport est prêt, annonça l'un d'eux d'une voix monotone.
Irène se plaça entre eux et Lirio, comme une louve.
- Doucement avec ces boîtes. C'est... c'est du matériel sensible.
Juste avant le départ Irène lissa une mèche rebelle sur le front de Lirio.
- C'est parti pour l'aventure, chuchota-t-elle.
Le petit cortège s'engagea dans le couloir principal. Lirio marchait derrière les brancardiers, ses chaussons glissant légèrement sur le lino froid, mais sa démarche restait assurée. Quelques mètres plus loin, ils passèrent devant la chambre que Lirio avait aperçue la veille. La porte était toujours grande ouverte. Une odeur violente frappa Lirio de plein fouet, lui piquant les yeux : un mélange agressif d'eau de Javel concentrée et d'alcool médical pur, qui ne parvenait pourtant pas à masquer une arrière-note douceâtre et écœurante.
Lirio ralentit malgré lui puis tourna la tête. Sur le lit, dépouillé de ses draps, trônaient deux gros sacs poubelles noirs, gonflés à bloc. Il s'arrêta net. Son regard resta accroché à ces formes sombres. Il n'eut pas le temps de voir ce qu'ils contenaient, Irène posa immédiatement sa main sur son épaule, une pression ferme pour le forcer à avancer.
- Ne traîne pas, Lirio. Avance.
Juste devant la porte, un chariot de ménage bloquait presque le passage. Il débordait littéralement de vêtements en laine, de pantalons et de bottes fourrées, jetés là en vrac comme des chiffons inutiles. Lirio voulut poser une question, mais le visage fermé d'Irène lui intima le silence.
Ils continuèrent leur route. Le voyage à travers l'hôpital ressemblait à une descente dans les entrailles de la bête. Ils quittèrent la zone rénovée pour emprunter un monte-charge de service, une cage grillagée qui tremblait dans un vacarme de chaînes et d'engrenages. Ils traversèrent ensuite la passerelle de liaison. Ici, les murs suintaient l'humidité et les tuyaux de vapeur, non isolés, couraient au plafond comme des serpents de cuivre, crachant parfois des jets brûlants. Ils croisèrent des ouvriers couverts de suie qui réparaient une valve, et des infirmières au pas pressé qui ne leur accordèrent pas un regard. L'atmosphère était plus lourde, plus bruyante, vibrante de l'activité incessante nécessaire pour maintenir la chaleur. Lirio commençait à sentir la fatigue tirer sur ses jambes, mais il serra les dents. Il ne flancherait pas avant l'arrivée.
Enfin, ils franchirent une double porte battante marquée "AILE NORD". Le calme revint, mais c'était un calme froid.
- Chambre 308, annonça le brancardier qui ouvrait la marche.
La nouvelle chambre était plus petite. Le plafond était bas, traversé par une grosse conduite de ventilation qui bourdonnait. La fenêtre était étroite, une simple meurtrière donnant sur une cour intérieure sombre.
Lirio s'approcha de la vitre. Il n'y avait pas de vue sur l'extérieur de la ville. La fenêtre donnait sur une autre cour intérieure de l'hôpital, un puits de lumière sombre où s'entassaient des caisses de matériel et des tuyauteries fumantes. C'était une vue sans horizon.
Il se tourna vers Irène, cherchant un repère dans cet environnement étrangement inhospitalier mais fondamentalement différent.
- Au moins, les murs ont presque la même couleur, dit-il en essayant de plaisanter. Mes origamis se sentiront chez eux.
Irène posa le carton sur le lit aux draps gris. Elle sourit, mais son regard fuyait vers la porte, consciente que dans cette aile, elle n'était plus chez elle. Elle n'était plus qu'une visiteuse.
Durant l'heure qui suivit, Irène et Lirio transformèrent la cellule 308 en un pâle reflet de la 214. Ils travaillèrent en silence, une entente tacite guidant leurs gestes, comme s'ils essayaient de nier l'évidence de la séparation imminente.
Irène plaça une grue sur le rebord étroit de la fenêtre, face au mur de briques sombres. Elle recula d'un pas, les mains sur les hanches, feignant une satisfaction exagérée.
- Alors ? Ça a déjà plus d'allure, non ?
Avant que Lirio ne puisse répondre, trois coups secs résonnèrent contre le panneau de bois. La porte s'ouvrit sans attendre, laissant entrer deux silhouettes en blouse blanche. Instantanément, la bulle d'intimité éclata. L'air de la pièce sembla se densifier, chargé d'une électricité nouvelle et inconfortable. Les deux arrivants saluèrent Irène d'un hochement de tête professionnel. L'infirmière se tourna vers Lirio, le dos raide.
- Lirio, voici l'équipe qui prend le relais.
Elle désigna l'homme, une montagne de muscles sous une tunique blanche trop serrée.
- Lui, c'est James. C'est un. . . collègue de longue date. Tu seras entre de bonnes mains. Ses mains sont grosses, mais elles savent être douces.
James plissa les yeux derrière son masque épais. Lirio devina un sourire franc, presque gamin, qui jurait avec sa carrure. Irène pivota ensuite vers la femme.
- Et voici ton nouveau médecin référent. La Docteure Curie.
Lirio les dévisagea. Contrairement au Dr Swain et à son aura glaciale d'administrateur, la Docteure Curie dégageait une énergie vive. Elle était plus jeune, le regard perçant mais dépourvu de la fatigue chronique qui hantait le personnel de l'Aile Est.
- Enchantée, jeune homme, lança-t-elle d'une voix claire qui résonna trop fort dans la petite pièce. Nous avons beaucoup entendu parler de toi. "L’explorateur de la 214", c'est bien ça ?
Elle eut un petit rire cristallin qui sembla déplacé dans cet univers de vapeur et de silence.
- Nous te laissons t'installer. Nous repasserons pour l'inspection du soir. Pour l'instant, nous devons régler les protocoles de transfert avec Irène.
Elle fit un signe de tête à l'infirmière. C'était un ordre déguisé en invitation. Lirio hocha la tête machinalement, sentant un nœud se former dans son estomac. Les deux étrangers pivotèrent et sortirent, leur présence s'évaporant aussi vite qu'elle était apparue. Irène leur emboîta le pas. Mais sur le seuil, elle se figea. Elle revint vers lui en deux enjambées, se baissa à sa hauteur et l'agrippa par les épaules. Ses yeux brillaient d'une intensité féroce.
- Je reviens très vite. Sois fort, promis ?
- Promis, souffla Lirio.
Puis elle s'arracha à lui. La porte se referma avec un claquement métallique, laissant Lirio seul face à ses nouveaux murs. L'hostilité de la chambre le frappa alors de plein fouet. Ce n'était pas chez lui. C'était une boîte de conserve froide suspendue dans le ventre d'une machine indifférente. Mais Lirio ne flancha pas. Il avait fait une promesse. Il ouvrit le dernier carton posé sur son lit. Avec une méthode presque militaire, il commença à coller ses dessins et ses origamis sur les parois nues. Tandis qu'il posait un cygne maladroit près de sa table de nuit, il commença à murmurer pour couvrir le bourdonnement ambiant.
- Maman ne viendra jamais. Irène dit qu'elle est occupée, qu'il y a des tempêtes... mais je sais.
Il lissa le papier du bout du doigt.
- Elle m'a abandonné.
Il soupira, un son long et tremblant, puis il bomba le torse, rejetant la tristesse avec une résilience effrayante.
- Ce n'est pas grave. Je n'ai besoin de personne. Je deviendrai explorateur. Je trouverai du charbon, et là... là, elle sera fière de moi. Elle regrettera de ne pas être venue.
Malgré ces mots terribles, le garçon dégageait une vitalité surprenante. L'énergie du "médicament" de Swain courait toujours dans ses veines. Il sautait presque d'un coin à l'autre de la pièce, ignorant la fatigue, ignorant la maladie qui lui rongeait les poumons, porté par une euphorie chimique. Une fois le dernier dessin fixé, il reprit sa routine, comme pour ancrer sa vie dans ce nouveau sol. Il vida sa vessie, se débarbouilla le visage à l'eau froide du petit lavabo, puis grimpa sur le lit aux draps gris. Il s'installa en tailleur, le dos droit face à la fenêtre sans vue. Il saisit le papier, inspira profondément, et s'attaqua à son nouveau défi journalier, le Homard de papier.
Il venait à peine de marquer le pli central des pinces lorsque la porte s'ouvrit à nouveau. Pour la première fois depuis son hospitalisation, ce ne fut pas le visage familier d'Irène qui apparut dans l'encadrement. C'était James.
Lirio se raidit, s'attendant à une piqûre ou à un ordre aboyé. Mais l'infirmier entra avec une précaution étonnante pour un homme de sa carrure. Il referma la porte doucement, comme s'il craignait de chasser l’air chaud de la chambre. Il saisit la chaise adossée au mur et la plaça près du lit avant de s'y asseoir. Le métal couina sous son poids, et James fit une grimace comique sous son masque.
- Ne le dis pas à l'intendance, chuchota-t-il avec un clin d'œil. Ils disent que je suis trop lourd pour le mobilier standard.
Lirio, surpris, laissa échapper un petit rire nerveux. James se pencha légèrement, observant le papier entre les doigts du garçon.
- C'est ça, le fameux homard ? Irène m'a dit que c'était le plus compliqué du livre.
Lirio baissa les yeux sur son pliage.
- Elle vous a parlé de mes origamis ?
- Elle ne m'a parlé que de ça, confirma James d'une voix douce, une voix de basse profonde et apaisante. On a fait nos classes d'infirmiers ensemble, Irène et moi. On était assis au fond de la classe près du radiateur. C'était une vraie tornade déjà à l'époque.
Il s'adossa à sa chaise, croisant ses bras massifs sur sa poitrine.
- Avant de partir tout à l'heure, elle m'a attrapé par le col dans le couloir. Elle m'a dit : "James, si tu ne traites pas ce garçon comme un prince, je viens te hanter jusqu'à la fin de tes jours". Et crois-moi, j'ai plus peur d'elle que du Gouverneur.
Lirio sourit franchement cette fois. Il imaginait très bien la scène.
- Elle est forte, dit-il avec fierté.
- Très forte, acquiesça James. Mais elle a besoin de savoir que tu es entre de bonnes mains. Alors voilà le marché, je ne sais pas plier de papier. Avec mes doigts, ça finirait en boulette. Par contre, je suis imbattable aux cartes et je connais toutes les légendes des mineurs du Nord. Ça te va comme échange ?
Lirio observa ce géant aux yeux rieurs. Il ne remplaçait pas Irène, c'était impossible. Mais il dégageait une chaleur différente, rassurante, solide comme un mur porteur. Une nouvelle alliance semblait possible.
- D'accord, accepta Lirio en reprenant son pliage. Mais vous devrez quand même apprendre à faire une grue. C'est la base.
James rit doucement.
- Ça marche. On commence l'entraînement demain. Pour l'instant, finis ton homard. Je reste là un moment, juste pour vérifier que le radiateur ne fait pas des siennes.
Lirio se détendit complètement. Il n'était pas seul. Il avait un nouvel allié, une nouvelle routine qui s'installait. James était là, veillant sur lui comme une sentinelle bienveillante. Le garçon se concentra sur ses pinces de papier, l'esprit léger, se disant qu'après tout, l'Aile Nord n'était peut-être pas si terrible. Il avait tout le temps devant lui pour apprendre à James comment plier des grues.
Fin Chapitre 3

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