Réponse à... "Une nouvelle chaque semaine UNCS#03 (nouvelle saison)"

de Image de profil de JacquesbJacquesb

Avec le soutien de  klodik 
Apprécié par 2 lecteurs

Il n'avait pas de destination. C'était là son seul luxe.

La route nationale avalait les kilomètres avec l'indifférence des choses mortes, et Moreau roulait depuis cinq heures sans avoir allumé la radio, sans avoir regardé son téléphone, sans avoir pensé à rien qui méritât le nom de pensée. Juste la vibration du moteur dans les reins, les phares qui découpaient le brouillard par tranches inutiles.

Un flash — un seul — entre deux arbres. Quelque chose de blanc sur le bas-côté.

Il freina. Il ne sut jamais pourquoi.

Elle avait peut-être dix-huit ans, peut-être vingt-cinq, l'âge s'était absenté de son visage comme le reste. Elle saignait du crâne en petites pulsions régulières, presque propres, et regardait le ciel avec cet air de ceux qui ont déjà choisi. Pas de voiture accidentée. Pas de vélo. Rien. Elle était là comme une chose qu'on aurait posée.

Moreau resta dans sa voiture une minute entière. Moteur au ralenti.

Il avait un téléphone. Il avait des mains. Il avait un désir vague, résiduel, celui de ne pas être le dernier à l'avoir vue vivante — pas par compassion, plutôt par ce réflexe obscur qui pousse les témoins à vouloir rester témoins et rien d'autre.

Il sortit.

Elle ne réagit pas à ses pas. Il s'accroupit, vit que sa respiration était encore là, mauvaise et courte, et sentit monter en lui quelque chose qu'il aurait voulu nommer de l'intérêt pour elle mais qui ressemblait davantage à de la fascination pour le processus — pour cette façon qu'a le vivant de s'épuiser en silence, sans drame, sans cri, comme une bougie dans une pièce déjà obscure.

Il aurait pu appeler. Il ne le fit pas. Ce n'était pas de la lâcheté. C'était plus subtil, plus honteux : il regardait, et il trouvait ça beau. Cette dissolution. Cette façon qu'avait ce corps de rendre ce qu'il avait emprunté.

La perdition n'a pas de forme particulière. Elle ressemble à un homme accroupi dans le froid, les avant-bras sur les genoux, qui regarde mourir quelqu'un et qui attend — non par sadisme, mais parce qu'il a oublié depuis longtemps la différence entre regarder et agir, entre être là et être.

Futile, tout ça. C'est le mot qui lui vint enfin, une heure après, quand il reprit la route. Non pas pour elle. Pour lui. Pour cette vie qu'il continuait d'habiter comme un sous-locataire indélicat.

Le brouillard avait mangé la nationale. Il disparut dedans.

Tous droits réservés
1 chapitre de 2 minutes
Commencer la lecture

Table des matières

En réponse au défi

Une Nouvelle Chaque Semaine... UNCS#001 (Nouvelle saison)

Bonjour à toutes et à tous,

Suite aux nombreux messages de soutien et que je remercie grandement, je vous propose une nouvelle saison de nouvelles, à chaque semaine.

* Le défi consiste à écrire une courte nouvelle d'UNE PAGE, soit 450 mots environ, sous la contrainte d'un thème et de six mots clés.

* Les mots imposés, selon leur nature, peuvent s'accorder en genre et en nombre ou se conjuguer. Ils sont à utiliser en totalité et dans l'ordre que vous souhaitez.

* Merci de les mettre en évidence par une POLICE VISIBLE : gras, italique ou souligné.

* Pensez à personnaliser le TITRE de votre publication.

* Exceptionnellement, entre le 05 Mars 2026 et le 15 mars 2026

* Avec le thème de circonstance " MUNICIPALE "

Accompagné des mots clés suivants : Vote, Liste, Fanfare, Majorette, Édile, Bulletin.

Citation : " Voici la crèche municipale, Sous le badigeon de Cambouis, Où les générations fœtales, Venaient s'initier à l'ennui. " - Hubert-Félix Tiéfaine dans "Villes Natales Et Frenchitude".

Livre : L'aventure municipale de Pierre Pène - 1996

Voici venir Mars, Dieu de la Guerre !

Jean-Michel Palacios

ps : Pour ceux qui réalisent un recueil, pensez à créer un tome 2 !!!

Commentaires & Discussions

EvanescenceChapitre5 messages | 1 mois

Des milliers d'œuvres vous attendent.

Sur l'Atelier des auteurs, dénichez des pépites littéraires et aidez leurs auteurs à les améliorer grâce à vos commentaires.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0