Code rouge

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La voiture monoplace blanche remontait rapidement l’allée centrale en béton du hangar B. Seul le vrombissement du moteur électrique rompait le silence.
— Wonder, rappelle-moi le code de la capsule défaillante , demanda Étienne
— XAB514, répondit la voix de synthèse, le casque du technicien. Après trois rangées, tournez à droite.
— C’est bon, grommela-t-il, je le connais par cœur, ce hangar.

Un véhicule jaune, celui de la maintenance courante, arriva à sa gauche et lui céda le passage, comme le prévoyait le protocole. Priorité aux incidents.

La voiture bifurqua à droite et parcourut encore deux cents mètres avant d’arriver à la capsule défectueuse. XAB514, il était arrivé. Étienne stoppa net le véhicule et descendit.
Devant lui se trouvait un tube en métal brossé de deux mètres de long. Le code était peint en lettres noires de cinquante centimètres. À part cela, rien d’autre n’était visible.
— Wonder, combien de temps me reste-t-il ?
— Quatre minutes trente, entendit-il dans son casque.

Ils ont encore réduit les temps d’intervention ces enfoirés, pensa-t-il.
Il descendit du véhicule, enleva ses lunettes et les mit dans la poche de sa blouse blanche réglementaire. Il posa sa main sur la capsule, fit glisser doucement sa main le long du tube métallique. Ce geste rythmait chacune de ses interventions. Il perdait inutilement du temps, comme le disaient ses collègues, mais le froid du métal l'aidait à se concentrer.
Arrivé sur la partie droite du tube, il appuya sur la surface lisse, ce qui fit apparaitre un écran tactile, ainsi qu’un bouton rouge surmonté de l’indication « Ouverture ».
Sur l’écran, le message rouge clignotant était sans équivoque : « Rêve non contrôlé ». Il fallait agir vite s'il ne voulait pas que la prime lui passe sous le nez.
Il appuya sur un bouton d’ouverture. La partie supérieure de la capsule coulissa lentement sans un bruit. Une odeur d’air chaud vicié s’échappa, révélant un homme d'une trentaine d'années.
— Encore un qui n’a pas pris l’option hygiène quotidienne. À l’odeur, cela doit bien faire trois semaines qu’il est là.
Sa barbe hirsute détonnait avec sa combinaison de sommeil d’un blanc immaculé.
Le client dormait, mais agité de violents spasmes malgré les entraves molletonnés qui retenaient ses membres. L’intérieur capitonné de la capsule l’empêchait de se blesser. — Lance un auto-diagnostique Wonder.
Pendant ce temps, Étienne scrolla sur l'écran, faisait défiler les informations du client : rythme cardiaque accéléré, respiration irrégulière.
— Tous les systèmes sont opérationnels, dit la voix dans son casque. Le recycleur d’air fonctionne à soixante-quinze pour cent, ce qui a été notifié à l’équipe de maintenance hier.
Le temps défilait rapidement. Étienne continuait de balayer les écrans. Arrivé aux graphiques des signaux neuronaux, il s’interrompit. Une succession de pics s’affichait au lieu d’une faible ondulation.

— L'amygdale est en roue libre, murmura-t-il.

— Il vous reste deux minutes pour finir l’intervention, dit Wonder.

Merde, plus que deux minutes, après je peux dire adieu à ma prime

Étienne ouvrit la sacoche accrochée à sa taille. Il avait toujours sur lui ce qu'il appelait « son kit d'urgence » : des câbles optiques, des connecteurs, des pinces et des électrodes bio-neuronales. Il avait bien sûr tout l'équipement réglementaire dans le coffre de son véhicule : quatre mallettes de couleurs différentes floquées du logo de l'entreprise. Ces cinq années d'expérience lui avaient appris une chose : si tu vas chercher les mallettes, tu es déjà hors timing.
Après avoir enfilé ses gants, il essuya le front perlé de transpiration du jeune homme. Il enleva l'électrode poisseuse de sa tempe droite, débrancha le câble et y positionna avec précision le nouveau disque en silicone, puis reconnecta.
En un instant le corps de l'homme se détendit et le message clignotant disparut. Il laissait place à ce message qu'Étienne attendait : « Rêve sous contrôle ».
— Délai respecté, entendit-il dans son casque.
Il marqua une pause. Avec l'expérience, il savait canaliser la montée d'adrénaline de ce type d'intervention. Il vérifia par prudence les constantes du client en scrollant sur les différents écrans. Satisfait, il referma la capsule et remonta en voiture.

— Intervention terminée, contrôle. Je rentre au PC, dit Étienne au micro accroché à sa blouse.

C’était son quotidien, mais le délai d'intervention ne cessait de se réduire. « Priorité absolue au confort du client », lui martelait son chef à chaque briefing.
Aujourd’hui, treize interventions. Et toutes dans les temps. Un beau pactole, pour une fois . Cela allait faire grincer des dents certains de ses collègues, mais il s’en fichait.
Il remonta l'allée centrale du bloc C. Les poutrelles de métal soutenant le toit s’étiraient à perte de vue. Le hangar mesurait plus d’un kilomètre de long. De chaque côté de l’allée, il n’y avait qu’un enfilement de capsule de rêve. Des milliers de corps endormis, sourire aux lèvres, vivant dans un monde imaginaire.

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