Code rouge

2 minutes de lecture

Étienne vérifia sur sa tablette le numéro de la capsule défectueuse. Il jeta rapidement un œil au chronomètre qui égrainait les secondes. Il était dans les temps. Il enleva ses lunettes et les mit dans la poche de sa blouse blanche réglementaire. Il fit glisser sa main le long du tube métallique. Ce geste rythmait chacune de ses interventions. Il perdait inutilement du temps, disaient ses collègues, mais le froid du métal l'aidait à se concentrer. Sur l'écran tactile, le message rouge clignotant était sans équivoque : « Rêve non contrôlé ». Il fallait agir vite pour la prime. Il appuya sur un gros bouton rouge. La partie supérieure de la capsule coulissa lentement. L'air chaud pressurisé s'échappa, révélant un homme d'une trentaine d'années. Il était endormi, mais agité de spasmes malgré les entraves qui retenaient ses membres. Pianotant sur l'écran, il fit défiler les constantes : rythme cardiaque accéléré, respiration irrégulière. Le coordinateur lui avait déjà transmis ces informations durant le trajet. Le temps défilait rapidement. Écran suivant, les graphiques des signaux neuronaux.

— L'amygdale est en roue libre, murmura-t-il.

Il regarda sa tablette accrochée à son avant-bras.

— Il me reste deux minutes, après je peux dire adieu à ma prime.

Étienne ouvrit la sacoche qu'il avait à son flanc. Il avait toujours ce qu'il appelait « son kit d'urgence » : des câbles optiques, des connecteurs, des pinces et des électrodes en bio-neuronale. Il avait bien sûr tout l'équipement supplémentaire dans le coffre de son véhicule : quatre mallettes floquées du logo de l'entreprise. Ces cinq années d'expérience lui avaient appris une chose : si tu vas chercher les mallettes, tu es déjà hors timing. Après avoir enfilé ses gants, il essuya le front perlé de transpiration du jeune homme. Il enleva l'électrode défectueuse de sa tempe droite et y positionna avec précision le nouveau disque en silicone. Dans le même temps, le corps de l'homme se détendit et le message clignotant disparut. Il laissait place à ce message qu'Étienne attendait : « Rêve sous contrôle ».
Il s'autorisa un bref soupir. Avec l'expérience, il savait canaliser la montée d'adrénaline pour ce type d'intervention. Il referma la capsule et reprit sa voiture.

— Intervention terminée, contrôle. Je rentre

Tout cela était son quotidien, mais le délai d'intervention ne cessait de se réduire. « Priorité absolue au confort du client », lui martelait son chef. Aujourd’hui, treize interventions.
Il remonta l'allée centrale du bloc B. Ce hangar s'étendait sur plus d’un kilomètre. Il longea pendant plusieurs minutes une suite ininterrompue de capsules de rêve. Des milliers de corps endormis, sourire aux lèvres, vivant dans un monde imaginaire.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Jan Lukin ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0