Introduction

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Penché par-dessus le navire, mon esprit se laisse envoûter par la légère brise matinale qui emplit mes narines de sa douce odeur de sel.

Quelle agréable journée.

Ce matin, le ciel est d’un bleu azuréen et rien ne semble pouvoir le déranger. Au-dessus de ma tête, une mouette pousse un cri strident et étend ses immenses ailes blanches à travers les nuages. Comme un minuscule détail insignifiant laissé par le peintre, elle vole, perdue dans l’immensité du vide.

Elle vole et tournoie dans ce dôme qui, par tous horizons, m’enveloppe, m’entoure, m’étouffe…
Je la regarde voler et s’éloigner. Une question hante mon esprit.

Où va-t-elle ?

Mais je m’efforce de ne pas y penser, ou je risque de flancher. Mon corps entier ne demande qu’une chose : sauter là, maintenant, dans l’eau, parmi les vagues qui viennent se briser contre la coque en acier du navire.

On prétend que les animaux sont inférieurs aux hommes, pourtant, du bout de ses ailes, cette mouette touche quelque chose que, du bout de mes doigts, je n’effleurerai probablement jamais :

La liberté.

Je la contemple ; elle n’est plus qu’un point brillant à l’horizon désormais, qui s’efface comme un lointain mirage.

Où va-t-elle ?


Où allons-nous lorsque nous avons la liberté de choisir… ?

 - Jérémiah ?

La voix rauque dans mon dos me sort de mes pensées. Hendrick s’avance vers moi. Le vieillard, courbé dans sa salopette miteuse, me tend un seau rempli de… merde (ce n’est pas une hyperbole, non).

 - Tiens. Jette-moi ça par-dessus bord, veux-tu ?

Je saisis le seau et me contente de faire ce que me demande mon collègue avant de me retourner vers lui, soufflant, las, de désillusion.

Rêvasser ainsi ? Sérieusement, moi ? Mais pour qui est-ce que je me prends ? Ai-je oublié qui j’étais sur le Cyanea ?

Hendrick dut se rendre compte de mon désenchantement car, amicalement, il posa sa main sur mon épaule, s’exclamant presque avec pitié :

 - Allez, viens. Nettoie le seau et suis-moi. On va descendre en bas, il reste encore plein de tuyaux à déboucher sur ce bateau.

Il souffle et ajoute :

 - Et la journée n’est pas finie.

Il a raison.

La journée n’est pas finie, elle vient de commencer.

Hendrick me tourne le dos et s’éloigne. Je me retourne une dernière fois pour observer le ciel.

La mouette n’est plus là. Le silence est revenu.

Je ferme les yeux, savourant une dernière fois le baiser ardent du soleil contre ma peau.

Quel délice.

Je sais qu’il me faudra maintenant attendre plusieurs mois avant de pouvoir le revoir.

Salut. Je m’appelle Jeremiah. Jeremiah n°404, et moi… moi, je ne peux pas m’envoler.

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