S.A.C.H.A

4 minutes de lecture

Lundi 26 mai

11:50

Je n’arrête pas de penser à Kai.

Je pense encore à ses paroles odieuses envers moi.

Cet enfoire ce permet de nous humilier devant tout le monde car il pense que nous ne valons rien Aline est moi.

Je suis seule, accroupie dans un recoin sombre des couloirs du navire les genoux serrés contre ma poitrine. Je n’ai pas voulu retourner dans ma cabine. Pas tout de suite. J’ai besoin de m’évader un instant

Juste un petit instant à travers ce trou minuscule dans la coque.

C’est une infime blessure dans le métal, à peine plus grosse qu’une pièce.

Rien d’extraordinaire mais c’est un trésor ici bas.

Par cette fente, un rayon de soleil s’infiltre jusque dans l’ombre et vient effleurer mon visage. Il est si fin qu’on dirait un fil doré tendu depuis le ciel. Petite, je l’imaginais être une échelle faite d’or sur laquelle je grimpais pour retourner dans les bras de mon père.

Mon père, cet homme qui étais mon héros. Il sécher mes larmes avec ses grosses mains pleine de poussière en me faisant monter sur genoux en me berçant. Mais maintenant j’ai grandis et je n’autoriserai personne à voir mes larmes.

Quand on grandis les larmes des femmes sont comme des diamants précieux et il faut faire attention à quel hommes nous les offrons. Car très peux en sont dignes.

Non moi, je ne laisserais personne avoir le luxe de voir briller mes larmes sur mes joues.

Personne

Même pas Jeremiah.

En faite… surtout pas Jeremiah. Ses yeux tout à l’heure au No Man’s Land ne me quittent pas, même là accroupi dans la solitude.

Je voudrais le chasser de ma mémoire, mais il reste là, suspendus derrière mes paupières. Le regard accusateurs qu’il m’a lancé… plus j’y pense et plus mon cœur se compresse dans ma poitrine.

La manière dont il m’a regarder… je sais se que cela voulais dire. Il n’as pas oser le prononcer, mais je sais.

Putain. Je le croyais différent des autres pourtant!

C’est vrai, je me drogue.

Je ne le cache pas. À quoi bon ? Ça se lit déjà sur mon corps, sur mes bras souillés de marques honteuses, sur ma peau abîmée, sur mes gestes trop nerveux. Ça se voit même dans ce que je suis devenue.

Parce que oui, parfois, le manque me ronge jusqu’aux os.

Il y a des jours où mon corps ne m’appartient plus vraiment. C’est comme s’il gémissait à ma place, comme s’il rampait sous ma peau, suppliant, tremblant, implorant. Il ne demande pas. Non. Il ordonne. Il exige que je lui verse encore son élixir fou, sa saloperie de poison par intraveineuse.

Sauf que.. idiote que je suis, j’avais cru que Jeremiah s’en fichait.

Enfin… pas qu’il s’en fichait vraiment. Mais je pensais qu’il avait appris à regarder au-delà. Qu’après tout ce temps passé à me connaître, après tout ce qu’on avait traversé, il ne me réduisait pas à ça. Je pensais que, dans ses yeux à lui, je n’étais pas seulement une camée aux bras marqués et aux nerfs en ruine.

Je pensais qu’il voyait encore autre chose.

Moi.

Sacha.

Kai cet enflure, il m’accuse de me prostituer en échange de ma drogue et personne ne me défend! Comme ci c’était évident. Je te déteste Kai ! Tu as craché ton venin avec une tel assurance immonde, que l’on aurais cru que tu racontait une vérité avérée pour tout le monde! Tu crois quoi ? Que l’eau de Cologne que t’offre tes clientes et les vêtements propre que tu portent te rendent moins crade que moi!

Et non Kai désolé de te décevoir mais tu fais partie de la même boue infecte et répugnante que nous.

Tous dans le même bateau!!

Un rire m’échappe. Je suis vraiment idiote.

Jeremiah… . Il voit comme Kai, comme les autres. En faite, je pense que ça les rassure. Car après tout, voir une vielle tache de merde sur un tableau déjà pas agréable a regarder, fais croire que le tableau pourrais être précieux si on l’enlevais.

Les larmes reviennent. Elles roulent sur mes joues, impossibles de les retenir. Je pleure sans élégance recroquevillée sous ce pauvre rayon de soleil. Je ne suis plus qu’une chose sale, une tâche oubliée au fond du navire.

Kai est un menteur.

C’est faux.Je n’ai pas couché avec Plancton.

Enfin…Pas comme ils le pensent.

Ils se trompent sur toute la ligne. Je ne suis pas ce genre fille qui doit faire des pipe pour obtenir sa came.

C’est plus compliquer que ça. Beaucoup plus compliquer.

Je serre mes genoux plus fort contre moi.

Mon corps tremble maintenant. De tristesse, de honte, de colère, enfin…je ne sais plus. Mes larmes tombent sur mes bras, disparaissent dans le tissu sale de mes manches.

Je voudrais pouvoir refermer la porte de ma mémoire, la condamner, l’oublier à jamais dans un couloir noyé d’ombre. Mais le souvenir insiste. Il gratte tel un carnassier féroce aux parois de ma mémoire. Il revient poser ses griffes aiguiser sur ma peau, sur mes cuisses…

Plancton.

Ce qui est arrivé ce soir-là…

Je ne l’ai pas voulu.

Enfoiré de Kai. Abruti de Jeremiah.

Au fond, c’est ça, n’est-ce pas ?

À vos yeux, je ne suis rien d’autre qu’une sale file?

Mon regard glisse vers le sol, happé par l’ombre du couloir. Là, juste en face de moi, une seringue sale gît au pied du mur.

Je souris malgré moi.

Évidemment.

Un déchet parmi les siens.

Voilà ce que je suis. Et le Cyanea, dans une ironie cruelle, semble ne jamais vouloir me le faire oublier.

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