Chapitre 3 - Sous le capot
- Mais tu veux parler de quoi ? je m'étonne.
Je me doute qu'il ne va pas me révéler tout ce qu'il sait sur le Maure, ni sur l'organisation du trafic autour. Je pourrais essayer de le convertir en indic, mais c'est un peu tôt pour tenter quoi que ce soit.
- Je sais pas... C'est moi qui t'ai fait ça ? demande-t-il en touchant mon arcade suturée.
Etonné par le contact physique, je recule par réflexe et attrape son poignet.
- Pas trop dures à enlever, les pinces ? rétorquais-je.
- M'en parle pas !
Il se marre et ça m'agace encore. Cet aplomb qu'il a face à moi... Je me demande sincèrement ce qui m'empêche de l'arrêter. Entre désir et devoir, mon cerveau balance. J'allume une cigarette pour me détendre, les yeux rivés sur Marseille. Sami envoie des messages sur son téléphone, j'espère juste qu'il ne prévient pas ses copains de notre localisation pour qu'ils viennent me buter. Enfin, il le range dans sa poche. Il me fixe avec son petit sourire insolent. Celui qui veut dire "je fais ce que je veux de toi".
- Bon, tu me veux quoi ? je souffle.
- On n'a plus le droit de vouloir passer un peu de temps avec son ami d'enfance ? ironise-t-il.
- Je crois qu'on n'a plus grand chose à partager et que tu me l'as bien fait comprendre.
Dix ans plus tôt, nous avions eu notre plus grosse altercation. Nous en étions venus aux mains, de sa propre initiative. Je m'étais retrouvé avec le nez et le cœur brisés.
Parce que Sami, ce n'était pas juste mon ami. C'était mon premier amour, caché bien sûr. Chez nous, impossible de se dévoiler au grand jour. Trop dangereux. Je crois que ça n'a fait que décupler la force de nos sentiments.
Nous avons fait toutes nos premières fois ensemble. La frénésie de la découverte et de l'interdit. Nos chambres étaient notre terrain d'exploration. Le toit de notre immeuble : le lieu de tous les possibles. Nos corps en redemandaient toujours, deux adolescents aux hormones en ébullition.
Je donnerais cher pour retourner à cette époque-là, parce que depuis je n'ai pas connu de telles émotions. Quelques amourettes, ouais, beaucoup de plans d'un soir, mais rien d'aussi puissant, rien d'aussi fort.
Jusqu'au jour où j'ai prononcé le mot "police", et que tout a basculé. Notre univers : réduit en miettes. Comme si rien ne s'était passé. Zéro témoin, personne d'autre que nous pour se remémorer à quel point nous nous étions aimés. Dix ans plus tard, j'en viens parfois à douter que cela ait vraiment existé.
- Avec ta mère non plus, tu sembles ne plus avoir grand-chose à partager, lance-t-il.
- Comment ça ?
Je joue l'innocent, mais je sais qu'il a raison. Il ne prend pas la peine de répondre. Il sait. Lui est resté au quartier. Pas moi. Il continue de fréquenter les mêmes personnes, de prendre soin de sa famille pendant que moi je me suis éloigné de la mienne. Et qu'elle ne l'a pas supporté. C'est à peine si mes parents me souhaitent mon anniversaire, s'ils me préviennent des événements marquants : naissances, morts... En un rien de temps, je suis devenu le paria.
- Tu m'as manqué, Karim. Ça fait plaisir de te revoir.
Alors ça, si je m'y attendais !
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Voilà la fin du chapitre 3 ♥
N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !! La suite arrive bientôt ;)
Il fera chauuuuuuuuuuud sur Marseille.

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