Chapitre 5 - Les éclats du passé
- Sami, bordel, c’est quoi ça ?! je gueule.
- Mon joujou !
Je soupire et me nettoie vite fait avant de me rhabiller. Soudain mal à l’aise, je ne le regarde pas dans les yeux. Lui semble tout à fait détendu ; difficile de savoir si c’est un genre qu’il se donne ou s’il est réellement à l’aise avec ce qui vient de se passer.
Et maintenant, que fait-on ? Je l’ignore. Est-ce une façon de solder le passé ? De m’amadouer ? J’imagine que les cartes sont en sa possession, je n’ai plus qu’à attendre de voir ce qu’il va jouer.
Il s’installe sur le siège conducteur : ce doit être le signe que nous repartons. Je m'assois, contrarié de ne pas avoir pu fumer une cigarette avant. Il ramasse son “joujou” à mes pieds et le range avant de démarrer. On ne parle pas. Ses phares éclairent la chaussée, mais pas mes pensées.
Il remet la musique et s’ambiance. Je regarde mon téléphone : 23 h 30. Je n’ai pas vu l’heure tourner. Pas de messages, enfin, ce n’est pas comme si j’étais attendu où que ce soit. J’aurais pu crever sur ce parking, on ne m’aurait pas vraiment cherché.
Nous roulons de longues minutes en direction de la cité phocéenne. Je ne sais pas où il va s’arrêter, on verra bien. Je doute qu’il me dépose chez le Maure pour me le livrer. En effet, il se gare devant mon immeuble.
- Comment tu sais que j’habite là ? je m’étonne.
- Je sais tout ! rétorque-t-il en me faisant un petit clin d'œil.
Dieu qu’il m’agace ! Mais je ne réponds pas et descends simplement du véhicule. Il ouvre la fenêtre :
- Bonne nuit, fais de beaux rêves… !
Il démarre en trombe et disparaît dans la nuit. Je souffle. Drôle de soirée. Rincé, je monte les escaliers sans enthousiasme. La douche fait du bien, mais ne suffit pas à enlever l’odeur que j’ai dans le nez. Je suis retombé dans ses filets. Ridicule. Il n’aura pas suffi de grand-chose, trop facile.
Je me demande si je dois me retirer de l’enquête sur le Maure, pour être certain de ne pas l’entraver. Ce serait sûrement plus raisonnable. Ces derniers mois, je ne vivais que pour cela.
Mon travail a toujours été une passion, et a pris de plus en plus de place au fil du temps. C’est bien le problème. Mes seuls amis sont mes collègues, et mes loisirs consistent globalement à faire du sport avec eux ou à boire des bières en leur compagnie.
Je me trouve con, parce que, du coup, je n’ai personne d’extérieur à qui je pourrais me confier. Pour dire quoi, d’un côté ? Qu’un délinquant qu’on n’a pas réussi à coincer m’a taillé une pipe ? Qu’il m’a échappé parce que j’étais influencé par mes émotions ? Mieux vaut garder ça pour soi, je crois.
Je me couche, confus. “Fais de beaux rêves” qu’il a dit, le salaud. Il sait que je vais penser à lui, et c’est le cas. A-t-il également anticipé le fait que j’allais me masturber en ayant en tête les images de la soirée ? Sûrement. J’éjacule sur mon ventre. Épuisé, je m’endors comme ça.
Sale.
Honteux.

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