Chapitre 6 - Double soirée

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Il se passe exactement onze jours avant que je n’aie des nouvelles de Sami. Onze jours à faire semblant que je m’en fous. Bien qu’entre-temps, je n’ai pas eu trop la tête à ces conneries. Un collègue d’une autre unité a perdu la vie lors d’une intervention. Tout le commissariat a le moral explosé.

Nous avons mis les bouchées doubles pour avancer sur le dossier et le boucler au plus vite pour arrêter le carnage. Hélas, ça n’avance pas comme nous voulons et aucune de nos pistes n'aboutit vraiment. Impasse.

Vendredi soir, nous sortons dans le bar où nous allons souvent. Le QG. Même si l’humeur de tous n’est pas au beau fixe, au bout de quelques bières, la courbe s’inverse. Les batailles de fléchettes battent leur plein, les anecdotes se racontent entre deux pintes.

La chaleur et l’alcool me font tourner la tête, je sors fumer une clope. Je suis surpris de trouver une BMW grise garée devant. Son conducteur sort aussitôt.

- Qu’est-ce que tu fous, y’a tous mes collègues là-dedans, je grogne.

Il est canon. Je ne sais pas si les grammes dans mon sang parlent pour moi ou si je suis lucide. Son chignon est nickel, sa chemise repassée, son pantalon parfaitement taillé. On est loin du minot qui trainait toujours en jogging et baskets.

Il arbore son sourire plein d’assurance, il sait qu’il plaît. Qu’il me plaît.

- On va faire un tour ?

Il ignore complètement ma protestation précédente. Et je ne suis pas certain que ce soit une question qu’il pose, ça ressemble plutôt à une affirmation. Je ne prends même pas la peine de répondre et file m’installer côté passager. Il chope ma cigarette et la lance par la fenêtre :

- Toujours pas dans la caisse !

J’envoie un message sur le groupe WhatsApp de mes collègues pour les prévenir de mon départ : “Trop fatigué, je rentre”. Il est 1 h 30. Depuis combien de temps Sami m’attend ?

Nous roulons au son de sa musique jusqu’à l’autoroute, ce qui m’arrange parce que vu mon état je n’aurais pas supporté une succession de virages. Il roule vite, très vite, tout en rappant par-dessus les chansons. Je jette un œil au compteur : 180, 200, 250 km/h. Je manque de m’étrangler.

- Ralentis s’te plait.

- T’as peur ? il demande, amusé.

- Je préfère autant ne pas crever, ouais.

Il n’en fait rien et continue sur le même rythme. Mon cœur bat bien trop rapidement, lui aussi. Je vois ma vie défiler, défiler à 250 km/h. Quand il met fin à mon calvaire, nous prenons la sortie de Toulon.

Nous roulons encore une dizaine de minutes avant qu’il ne se gare. Vue sur la mer. Personne à l’horizon à part nous, pourquoi sommes-nous ici ? Je lui demande, mais, comme d’habitude, il répond évasivement.

- Je voulais faire un tour de voiture…

J’attends la fin de sa phrase, qui ne vient pas de suite.

- …et passer du temps avec toi. Tranquille tu vois.

À l’entendre, c’est simple. Alors que rien ne l’est. J’ai la tête qui tourne un peu, c’est sûrement ce qui m’encourage à faire le premier pas cette fois. Et à l’embrasser. Sous le belvédère, entre deux sièges en cuir, nos langues se mélangent. Sa main remonte sur ma nuque, je fonds.

Je dois avoir une haleine douteuse, tandis que lui sent le chewing-gum à la menthe qu’il a dû mâchouiller en m’attendant. Il ne dit rien et me rend mon baiser. Je bande déjà.

Comme la dernière fois, il défait mon bouton de jean en deux secondes. Je galère un peu de son côté, entre la ceinture et le bouton. Il m’aide. On descend nos pantalons jusqu’aux genoux et commençons à nous branler mutuellement en continuant de nous rouler des pelles. Sa main est ferme, ses à-coups maîtrisés. Pas certain qu’il puisse en dire autant de ma performance.

Son sexe est doux, tout est parfaitement tondu à côté. Même ici, il s’entretient. De mon côté, on est plus sur une jungle. Après, je ne vois pas très bien comment j’aurais pu anticiper que mon crush d’adolescent allait se pointer de manière random dans ma vie pour me tailler une pipe. Tout à fait improbable, ouais.

De ma main libre, je déboutonne sa chemise et passe ma main dessous. Je voudrais la lui arracher pour découvrir son torse mais il ralentit ma frénésie en l’enlevant de lui-même. Je n’ai pas eu autant envie de caresser un corps d’homme qu’à cet instant précis. Il en profite pour retirer mon tee-shirt avant de retourner à notre masturbation mutuelle.

- Je viens ! me prévient-il.

Il se répand sans attendre sur son ventre, je suis un peu déçu que cela s’arrête déjà. C’est sans compter sur le fait que, une fois ses esprits repris, il engouffre ma bite dans sa bouche sans plus de cérémonie. Surpris, je manque de tout lâcher dans la seconde mais je me reprends. Jusqu’à ce que ses lèvres remontent, m’embrassent du nombril à la gorge, avant de s’échouer sur les miennes. Je me vide littéralement dans sa main.

- Ça sent le bain de minuit, dit-il en constatant que nous sommes tous les deux particulièrement sales.

Il ouvre la boîte à gants pour attraper le papier toilette et s’essuie. Je constate que son flingue est toujours là. La tension revient immédiatement. Il ne me laisse pas le temps de commenter quoi que ce soit qu’il s’extrait de la voiture. Sa chemise enlevée, le pantalon déposé sur la banquette arrière, il s’élance vers la mer.

Nu.

Et moi, comme un con, incapable de le quitter des yeux.

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