Chapitre 7 - Bain de minuit
Sami est complètement immergé lorsque je me décide à le rejoindre.
- Ah enfin ! s’exclame-t-il. Allez, à poil !
Mes vêtements volent à la hâte pour s'échouer sur la plage, je ne réfléchis plus. Et il ne faut pas, de toute façon, pour entrer dans l'eau fraîche. Je frissonne.
La dernière fois que je me suis retrouvé dans cette situation, c'était déjà avec lui. Il y a si longtemps que je ne saurais dire. Le bain de minuit, c'est un peu sa spéciale. Je me demande si, depuis moi, il en a beaucoup choppé comme ça. Il y a des choses qu'il vaut mieux ne pas savoir.
Alors que je peine à passer le cap du nombril, il me bondit dessus et me fait tomber à la renverse. Il rit comme un gamin, j'ai de nouveau quinze ans. La vengeance ne se fait pas attendre, je fauche ses jambes sous l'eau et il bascule en hurlant.
Nous savourons le fait de pouvoir faire un bordel pas possible sans déranger personne. Le bruit des vagues couvre nos cris, la mer nous protège de l'extérieur. Ici, nous avons le droit d'être ce que nous voulons.
Deux rebeus qui se redécouvrent.
Deux mecs des quartiers qui n’assumeront jamais leur sexualité.
Un voyou et un flic, en train de s’embrasser.
L’élastique de la queue de cheval s’est perdu dans la bagarre et ses cheveux tombent sur son visage. Je me fraie un chemin jusqu'à sa bouche. Dieu que c'est bon. Nous sortons de l'eau sans nous décoller, allant jusqu'à nous jeter sur le sable pour nous rouler des pelles. Fiévreux.
À califourchon sur lui, je caresse sa joue en glissant ma langue entre ses lèvres. Je voudrais que ce moment ne s'arrête pas. Que nous retrouvions cette espèce d'innocence que nous avions, du moins si elle existait. Parce que nous avons toujours su que nous deux, ce serait compliqué. Voire impossible. Nous avons fait durer autant que possible mais notre environnement ne nous aurait jamais permis de vivre cet amour librement.
Amour.
Un bien grand mot.
Je n'ai jamais cherché à revivre ça. Trop compliqué, trop dangereux. Trop absorbé par mon métier, aussi. Ma vie sentimentale peut se résumer à des coups rapides trouvés sur des applis, pas plus, pas moins. Et aucun d’entre eux, aussi doués soient-ils, n’a jamais réussi à m’exciter autant qu'il ne le fait.
Ses bras m’entourent, j'aime cette sensation d'être relié à lui. La peur de la solitude pointe déjà son nez, je sais que je me coucherai seul d’ici quelques heures et ça me tue. La température extérieure précipite un peu les choses. Nous sommes obligés de nous séparer pour ne pas crever de froid, à poil sur la plage.
J'enfile sans grâce mes fringues pleines de sable, il prend le temps de s'habiller correctement. Sans un mot, nous montons dans la voiture où la musique ne tarde pas à se lancer. Cette fois-ci, le trajet s'effectue à une vitesse raisonnable. Je le trouve quand même beaucoup trop court. Quand il me dépose devant mon immeuble, j'ai envie de chialer sans raison particulière. Ou pour toutes les raisons du monde. Je n'arrive même pas à répondre à son “bonne nuit” avant de claquer la portière.
Bon sang, qu'est-ce que j'ai fait ?
Le badge de la porte d’entrée bipe quand je l’entends baisser sa vitre. Je me retourne et fonce dans sa direction.
- Tu montes ? je demande.
Il se mord la lèvre, je sais d’emblée qu’il va décliner.
- Je ne peux pas… y’a ma go qui m’attend.
Le coup de massue. Je dois tirer une gueule de six pieds de long parce qu’il éclate de rire en me prenant la main.
- Allez, fais pas cette tête ! La prochaine fois, tu viens chez moi, comme ça je te la présenterai.
Sans me laisser le temps de répondre, il démarre la voiture et disparaît après un petit clin d'œil. Je suis dégoûté.

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