Chapitre 8 - Les présentations
Je m’efforce de ne pas trop penser à Sami les jours qui suivent. À vrai dire, le boulot m’en empêche. Comme toujours, je me plonge dedans à deux cents pour cent et reste jusque tard au commissariat chaque soir. Une opération doit avoir lieu dans treize jours et rien ne doit être laissé au hasard.
La courte marche qui sépare mon lieu de travail de mon appartement me permet de décompresser brièvement et de fumer beaucoup trop. De chercher une BMW grise dans les parages, également. Faute de quoi, je ne me laisse pas abattre et lorsque je ne suis pas occupé avec un minet dans mon lit, c’est que je suis au QG avec les collègues. Je suis fatigué, éreinté, mais je refuse de me poser. Ma vie n’a aucun but et je ferme délibérément les yeux sur cette réalité.
Allongé dans le canapé, je cherche qui sera mon prochain plan cul quand mon téléphone se met à sonner. Je sursaute : numéro inconnu. Il est 22 h, ce n’est pas vraiment un horaire classique — en dehors de mes collègues. Je réponds.
- Bien, mon gâté ?
Je reconnais tout de suite la voix : c’est Sami. Je souris, malgré moi. La soirée s’annonce meilleure d’un coup. Quoiqu'il me demande si je veux passer chez lui, et rien qu’à entendre l’adresse, je frissonne. Toujours le même quartier, depuis qu’il est né. Mais moi, j’ai bougé, et je ne suis plus vraiment le bienvenu là-bas.
Évidemment, je ne peux pas refuser, j’en suis incapable. Une douche et une cigarette plus tard, je suis dans le bus. Capuche sur la tête, écouteurs dans les oreilles, les lumières de la ville défilent et je m’accroche à la barre pour ne pas tomber à chaque virage.
Il n’y a pas cinq minutes entre l’arrêt de bus et son immeuble, pourtant j’arrive à me faire accoster deux fois. Je déteste ce putain d’endroit. Les escaliers devant la porte d’entrée sont blindés de gars qui discutent, j’en reconnais un mais heureusement ce n’est pas son cas. Je me faufile en baissant les yeux.
Ascenseur en panne, évidemment, je grimpe les marches deux par deux pour arriver au cinquième : essoufflé mais soulagé. Tout est calme. Une porte est entrouverte, je vois la tête de Sami qui, d’un geste, m’invite à entrer.
- Comment tu savais que j’étais là ? je demande une fois à l’intérieur.
- Je sais tout ce qui se passe dans cette tour, dit-il en souriant, accompagné de son fameux petit clin d'œil qui a tendance à m’irriter.
J’entends immédiatement un grognement se rapprocher de moi, un réflexe me pousse à reculer le plus loin possible dans l’appartement. Un boxer gris me toise en montrant les dents, je lance un regard paniqué en direction de Sami que la situation semble beaucoup amuser. À quoi il joue, à la fin !
- Karim, je te présente Barbie. Je vois que le courant semble passer entre vous, dit-il en pouffant.
- C’est ça, marre-toi, grogné-je.
- Viens, ma Barbie, tonton n’a pas l’air disposé à sympathiser avec toi.
La chienne me quitte des yeux et rejoint tranquillement son maître en remuant la queue. Je soupire de soulagement.
- C’est pour elle, que tu ne voulais pas dormir à la maison, l’autre soir ? je comprends.
- Ouais…
Il lui caresse affectueusement le haut du crâne.
- Barbie c’est ma vie, tu vois.
- C’est aussi ta garde du corps, je plaisante.
- Tu crois que j’ai besoin d’un iench pour me défendre ?
Il me montre ses biceps en les contractant, je lève les yeux au ciel. Je lui enlèverai bien son débardeur trop grand, là, maintenant, pour constater par moi-même. Lui et ses gars passent leur temps dans une salle de sport du quartier, la même qui sert de relais et permet de blanchir de l’argent. Tout le monde le sait mais la fermer causerait plus de problèmes que cela n’en résoudrait.
- Je peux fumer ? À la fenêtre.
- Ouais vas-y. Je te sers un truc ? Un thé ? propose-t-il en faisant couler le fameux liquide dans une tasse.
- T’as pas plutôt une bière ?
Il fait non avec la tête. Et me fixe avec un air que je ne saurais définir en buvant son thé. J’écrase ma cigarette.
- Dis ce que tu penses, je lui ordonne.
- T’es pas un bon musulman, wallah.
- Moi je suis pas un bon musulman ? Moi je suis pas un bon musulman ? je répète en haussant le ton et en sachant pertinemment qu'il a raison.
Il se contente de hausser les épaules. Énervé, je ne compte pas le laisser dire ça.
- Tu te fous de ma gueule, toi avec tes activités, tu te penses beaucoup mieux ?
- On parle pas de moi, là.
- Si, moi je parle de toi.
- Bah vas-y, je t’écoute, monsieur le flic.
Réveillée par cette agitation, la boxer se lève de son panier et reprend son grognement hostile du début. Sami claque des doigts et l’invite à retourner d’où elle vient, ce qu’elle fait dans la seconde.
Je suis crevé, je n’aurais jamais dû venir. Rien n’arrive de bon, quand il est tard. Mon regard se promène dans l’appartement pour la première fois depuis mon arrivée. Je suis surpris de sa propreté et de son rangement. On se croirait dans un show room.
Aucun de nous ne reprend la parole, bien que je sois conscient qu’il attend de moi une réponse. Un climat hostile s’est installé, et si je n’avais pas un quartier bouillant à traverser, je serais rentré chez moi. J’allume une nouvelle clope, pour passer le temps, tandis qu’il lave consciencieusement sa tasse. Soudain, des coups sur la porte nous font sursauter.
____________________
Première dispute entre nos deux camarades^^ Est-ce que ce qui se cache derrière la porte va les rabibocher ou, au contraire, aggraver la situation ? à suivre !! RDV dans 2 jours.

Annotations
Versions