Chapitre 9 - Derrière la porte
Barbie aboie. Sami m’attrape par le bras et m’entraîne jusque dans une chambre, au fond du couloir. Il me chuchote de rester planqué ici. Je ne comptais pas tellement rencontrer ses pairs, mais de là à venir pour passer la soirée caché, je suis un peu dépité.
La chambre est à l’image du reste de l’appartement : soigné. Le lit est fait, rien ne traîne dans la pièce. Je ne le pensais pas si maniaque. Faute de meilleure occupation, m'asseoir dessus semble être une option adéquate.
À côté, plusieurs voix s’élèvent. Je n’entends pas distinctement ce qu’ils disent, d’autant plus qu’ils parlent tous les trois arabe, ce qui me demande plus d’efforts. Ça ressemble à une histoire de fric, l’un des gars doit de l’argent à un autre qui s’est vengé.
Grâce aux nombreuses heures d’étude des mises sur écoute, je suis habitué à décrypter sans voir, j’imagine donc parfaitement la scène. Les deux nouveaux arrivants expliquent tout ça à Sami qui leur conseille de rembourser leur dette s’ils ne veulent pas y passer.
Suite à cela, les bruits se font plus discrets, j’entends des petites plaintes mais je n’ai aucune idée de ce qui se passe de l’autre côté. C’est interminable, l’heure tourne, je me surprends à piquer du nez. Quand la porte d’entrée claque, je sursaute. J’ai dû m’endormir. Après quelques minutes à m’assurer que l’appartement est bien vidé de ses intrus, je rejoins Sami dans la pièce principale.
- Désolé, ça m’a pris un temps fou, le reuf pissait le sang, me dit-il sans se retourner.
Il en a d’ailleurs plein sur son débardeur. Au-dessus de l’évier, il nettoie je ne sais quoi. J’avoue ne pas comprendre.
- Tu fais souvent ça ?
- Souvent quoi ? Les réparer ?
- Oui.
- Tout le temps, rigole-t-il. Je passe mes nuits à ça, faut bien que je prenne soin de mes gars.
Stupéfait, je fume une clope en attendant qu’il termine de tout ranger et désinfecter. Lorsque je ferme la fenêtre, il a retiré son haut et ne porte plus que son jogging. Il nourrit Barbie, lui souhaite une bonne nuit comme si c’était son enfant. Je l’imite, et ose caresser la bête pour la première fois. Son maître semble satisfait et sourit béatement.
- Pourquoi tu l’as appelé Barbie ? je demande.
- Ça contrastait bien avec son aspect bad girl ! Bon, on va se coucher ? me propose-t-il avec entrain.
Nous nous retrouvons dans sa chambre en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Je suis un peu intimidé d’être ici, chez lui, je n’ose pas faire le premier pas. Heureusement, Sami ne se formalise pas de cette situation et m’attrape par les hanches pour me faire basculer sur le lit. Nos bouches entrent en collision, ses lèvres charnues épousent parfaitement les miennes et nous passons de longues minutes à nous embrasser ainsi. D’une main, je détache sa queue de cheval, de l’autre je caresse son dos musclé.
Quelques mèches de cheveux viennent se promener sur nos visages, leur odeur me prend au nez, j’inspire pour m’en imprégner. Cet homme me rend fou. D'habitude, les préliminaires ne font pas partie de mon vocabulaire. Avec Sami, je veux faire durer le plus possible ces moments de tendresse.
Cette nuit-là, nous ne ferons pas l’amour.
Nous finirons par nous endormir, enlacés, à moitié nus, dans la chaleur de ses draps.
Aucun réveil ne m’a semblé aussi doux que celui-ci, un jour de printemps, lové contre lui.
Me lever pour aller bosser est un supplice, je m’extrais du lit le plus délicatement possible. Barbie m’accueille dans le salon avec un petit jappement. Je fouille dans les placards pour chercher du café, mais en vain. Tant pis, ce sera le jus de chaussette du bureau.
Alors que je suis prêt à partir, je ne trouve plus mes baskets. Je devine que Sami les a cachées hier, lorsqu’il a eu de la visite. Je remue le placard de l’entrée mais pas de trace de mes pompes. Pressé par le temps, je finis par mettre les siennes et par sortir.
Je viens de me créer la meilleure excuse pour revenir au plus vite.

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