Chapitre 10 - Retrouver son souffle
Les TN aux couleurs de Marseille aux pieds, je quitte l’immeuble le plus discrètement possible. À cette heure-ci, la cité phocéenne dort encore, ce qui m’assure une sécurité toute relative. Le bus est en retard, évidemment. J’arrive quand même au bureau avant les autres. J’aime ce moment de calme, l’agitation viendra bien assez vite. En buvant mon café, mon esprit s’évade et retourne dans les bras de Sami. Mon sourire rêveur en dit long.
Fatou arrive la première, et ne manque pas de remarquer mes nouvelles baskets. Cette fille a l'œil partout, rien ne lui échappe. C’est probablement ma meilleure amie, en plus d’être ma collègue. Ce dernier détail m’empêche de lui révéler ce qui me travaille depuis des semaines. Si mon homosexualité ne lui poserait peut-être pas de problème personnellement, ce ne serait pas accepté dans le service. Aussi, je préfère garder ça secret. Sans compter que le vrai problème, c’est plutôt de m’être amouraché d’un délinquant.
- C’est quoi ce petit sourire ? me taquine-t-elle. Ce sont des nouvelles baskets ?
Son sens de l’observation causera ma perte ! J’esquive la réponse d’une pirouette mais je sais qu’elle ne lâchera pas le morceau aussi facilement. Quand Chris et les autres arrivent, elle se contente de me glisser à l’oreille “Ça faisait longtemps qu’on ne t’avait pas vu aussi rayonnant”. Si elle savait…
Ne pas pouvoir contacter Sami me rend fou. Je suis accro. À tel point que même mon taf ne réussit pas à capter toute mon attention. En sortant, je ne rêve que de voir une BMW grise, mais le trottoir est vide. Déçu, je rentre en fumant et en traînant les pieds.
C’est Barbie que je vois en premier. Un chien pareil, ça ne passe pas inaperçu. Je relève la tête, et son maître m’observe. Je dois me retenir fort pour ne pas lui sauter dans les bras. Il m’arrive quoi ?
Sans parler, nous allons jusqu’à mon appartement. Nous montons tous les trois, et, une fois la porte fermée, nos bouches se rencontrent enfin.
- Putain, tu m’as manqué ! je lâche.
- Pas toi… mais mes baskets, carrément !
Je rigole et baisse les yeux : il porte les miennes. Il me rend complètement niais.
Nous rejoignons le salon : c’est carrément le bordel. Surtout comparé à chez lui. Barbie fait le tour, très à l’aise. Nous buvons une canette de Coca à deux, la seule boisson fraîche de mon frigo, en discutant. Il porte un jogging, un tee-shirt et une casquette noirs, je préfère ça à ses costumes, bien plus à l’aise.
Plus pratique à enlever, également. Sur le canapé, nos fringues s’envolent. Gourmand, je le dévore : son cou, son torse, son ventre… je descends encore et n’hésite pas un instant à avaler son sexe glabre. Son goût m’excite à mort ; je veux lui offrir la pipe de sa vie. En un instant, je suis projeté à notre adolescence où ce genre d’activité était monnaie courante, cachés sous la couette.
C’est lui qui finit par m’arrêter, sentant qu’il ne tiendrait pas longtemps. Je l’invite à me suivre dans la chambre. Je me déshabille à la hâte pour me retrouver nu contre lui. Dehors, le bruit des klaxons et des sirènes ne cesse jamais, mais je n’entends plus rien. Ma chambre devient une bulle hermétique au stress extérieur.
Contrairement aux siens, mes draps puent. Ils sentent le sexe rapide et sans âme. Je regrette de ne pas être à la hauteur, mais Sami ne prévient jamais avant de se pointer. On se contentera de ça pour ce soir.
Au moins, ici, ce n’est peut-être pas très propre, mais nous sommes en sécurité. Personne ne devrait venir toquer à l’improviste. Je me sens bien et j’ai l’impression que lui aussi.
Je reprends ma fellation où je l’avais laissée, passant ma langue avec passion sur toute la longueur de sa verge. Sa respiration est erratique, je le sens dur et sur le point d’exploser. Impossible cependant que je m’arrête, lui procurer ce plaisir me grise au plus haut point.
- Karim… Arrête, je…
Il ne finit pas sa phrase qu’il se répand dans le fond de ma gorge. Je n’attendais que ça, et n’en loupe pas une miette. Le goûter ne fait qu’augmenter ma passion, j’en veux plus, je veux tout, tout de suite. Son regard est circonspect en voyant que j’ai avalé son sperme, visiblement peu à l’aise avec cette pratique. Je lui souris et remonte jusqu’à lui pour l’embrasser, partageant un peu de son odeur. Il accepte cet échange et ouvre la bouche, laissant nos langues danser ensemble.
- Désolé, je ne suis pas très… endurant, s’excuse-t-il. Je n’ai pas vraiment l’habitude.
- On s’en fout, Sam, on n’est pas pressés ! Ça peut revenir.
Et c’est bien revenu.

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