Chapitre 14 - dans la peau

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Sami a enfilé un masque et des gants. Il a l’air de tout sauf d’une personne sereine. Des gouttes de sueur perlent sur son front, mais ce n’est rien en comparaison de celui de Nacer qui transpire énormément. Ses paupières à demi-closes ne parviennent pas à cacher le chaos que deviennent ses yeux. La fièvre a pris entièrement possession de lui. En quelques minutes, son état est passé de “pas ouf” à “c’est la merde”.

Lorsque la main de mon ami approche son ventre, elle tremble comme une feuille. Sami prend de grandes inspirations et se lance enfin pour créer une incision parfaite. Il plonge alors ses doigts dans la plaie pour récupérer la balle. Je suis obligé de regarder ailleurs pour ne pas vomir. Je remets régulièrement le torchon sous le nez de Nacer pour m’assurer qu’il reste dans les vap’. Ce n’est pas comme ça que j’imaginais notre vendredi soir.

- Je l’ai ! crie Sami en agitant la balle sous mon nez.

N’empêche le sang continue de s’écouler, il y a urgence. Le chirurgien du jour chauffe une lame à l’aide d’un allume-gaz. Quand il l’applique sur la plaie pour la cautériser, le patient ouvre grand les yeux et hurle à nouveau. Le son, l’image et l’odeur ont raison de moi : je gerbe tout ce que mon estomac contient. L’enfer.

La suite n’est pas mieux : les points de suture pour fermer la blessure me dégoûtent. Même si je déteste Nacer Belkacem, je ne souhaite à personne la douleur qu’il est en train d’endurer. Sami est hyper concentré sur sa tâche et je ne suis même pas certain qu’il ait remarqué que mon dîner est par terre.

Nous passons de longues minutes à nettoyer. En fait, j’ai complètement perdu la notion du temps, comme l’impression que l’horloge s’est arrêtée lorsque les deux frères se sont pointés. Depuis le canapé, Nacer délire à moitié, son front est bouillant. Nous le soulevons pour remplacer les serviettes sous lui. Cela ressemble à une véritable torture.

Une fois l’appartement propre et rangé, mon ami me fausse compagnie et je l’entends, à son tour, vomir. Il tire la chasse d’eau et la douche ne tarde pas à couler. Quand il réapparaît, ses cheveux mouillés tombent sur un débardeur propre qui a remplacé son maillot de l’OM.

- Si tu veux te laver, je peux te filer des fringues, propose-t-il.
- Carrément.

Quelques minutes plus tard, je me retrouve dans des vêtements où son odeur est imprégnée. Tout pourrait être parfait s’il n’y avait pas l’autre salaud dans le canapé. Je prends une bière dans le frigo et file fumer à la fenêtre. Sami essuie le patient qui transpire et gémit plus que de raison, il lui parle doucement mais je n’entends pas d’ici.

Je l’observe, avec cette pensée stupide que j’aurais aimé être la personne sur laquelle il veille actuellement.

- On se met la seconde mi-temps en replay ?

En voilà un qui ne perd pas le nord !

Nous mettons le volume de la télévision au plus bas pour éviter de réveiller Nacer qui lutte entre bouffées délirantes et absences. Notre équipe préférée finit par perdre. La soirée pourrait difficilement être pire.

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