Chapitre 16 - Entre bonhommes
Notre secret.
Son histoire me fait réaliser à quel point c’est important pour lui que personne ne sache. Jamais. Pour autant, de mon côté, j’ai de plus en plus envie d’en parler. Parce que Sami est devenu une pièce maîtresse de ma vie, tout tourne autour de lui. Je ne sors presque plus avec mes collègues, ne vois pas grand monde. Ça fait bien longtemps que ma famille ne veut plus trop entendre parler de moi, je n’ai des nouvelles que ponctuellement par ma sœur qui est la seule à avoir quitté le quartier.
Je décide d’aller me coucher, épuisé par cette soirée de malade. Il est bien trop tard pour rentrer chez moi, alors je me plonge dans ses draps impeccables et tombe dans un sommeil sans rêve. Ce sont des voix émanant du salon qui me réveillent, j’ai l’impression qu’un camion m’a roulé dessus tant j’ai des courbatures partout. La soirée d’hier a laissé plus de traces que je voulais le croire.
Je ne bouge pas, n’essaie même pas d’écouter ce qui se dit. Complètement KO. Je sursaute quand la porte claque, c’est le silence complet. Elle s’ouvre de nouveau une bonne demi-heure plus tard, j’entends Barbie entrer et venir jusque dans la chambre me léchouiller la main qui sortait de la couette. Son maître est juste derrière, il me sourit.
- Elle a été faire sa promenade.
- Nacer est là ? je demande.
- Non, des gars sont venus le chercher, on est que tous les deux.
Après un petit clin d'œil, il disparaît et file dans la salle de bain avant de réapparaître, complètement nu. Il se glisse sous la couette et se love contre moi. C’est un peu facile. Après avoir sauvé la vie d’un des types les plus dangereux du coin, un câlin et on oublie tout ? Mais il me mordille l’oreille, m’embrasse le cou. Je savoure, impossible de lui résister. Sa peau est douce, chacune de ses caresses sur la mienne m’apaise. Il finit par s’endormir, sa tête calée sur mon épaule, son bras autour de mon ventre.
Il est bien 15 h lorsque j’ouvre les yeux, surpris. Finalement je me suis assoupi en même temps que Sami. Lorsque je me lève pour pisser, ça le réveille. Je me recouche près de lui, nous nous embrassons fiévreusement. Les angoisses de la nuit s’évacuent au fur et à mesure que nos langues s’emmêlent, que nos corps brûlants se cherchent.
Sami n’a jamais de préservatif ni de lubrifiant, je n’ai pas le courage de me lever pour aller chercher ce que j’ai ramené. Trop peur de briser l’instant. Je lubrifie ses doigts en les suçotant, il les insère dans mon orifice dans la foulée. Nous faisons l’amour doucement, tendrement. C’est la première fois qu’on ne se protège pas. J’ai envie de croire que ça veut dire “je te fais confiance”.
Une fois essuyés, nous traînons encore un peu dans le plumard. Je n’ai jamais eu ce genre de relation, avec personne. Et que c’est bon. Il finit par se lever pour sortir la boxer qui commence à s’impatienter, esquivant le sujet “Nacer”. Pendant ce temps, affamé, j’ouvre son frigo et commence à préparer à manger.
Chez lui, c’est tout le contraire de chez moi. Il y a des tas de choses différentes pour cuisiner, que ce soit en ustensiles, en condiments ou en ingrédients. Quand il revient, c’est le bordel là-dedans. Je me suis fait dépasser par les événements et tout est en train de cramer. Il vient à ma rescousse en se marrant et nous finissons par dévorer notre repas avec appétit, sans trop s’arrêter sur la qualité douteuse de celui-ci.
Finalement, je ne serai pas sorti de la journée. Nous avons poursuivi la soirée en jouant aux cartes sur un fond télévisé, dans une drôle d’ambiance. Comme si le fantôme du blessé de la veille était toujours avec nous, et que nous devions faire attention.
Sami profite de ma distraction pour me battre à chaque tour ou presque. Je lui ferai bouffer ses cartes ! Nous finissons par nous affaler sur le canapé, devant un film d’action, “un truc de bonhommes” comme il le dit, dans les bras l’un de l’autre à se pelotonner. Des vrais durs à cuire.

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