Chapitre 17 - Comme si
Les jours qui suivent ne sont pas particulièrement différents. Sami agit comme si tout était normal, chaque fois que j’essaie d’aborder le sujet, il esquive par une habile pirouette.
Je ne dis rien. Mais je n’oublie pas qu’il fréquente un type dangereux. Très dangereux. Qu’on ne parvient hélas pas à interpeller, faute de preuves. Il est pourtant impliqué dans plusieurs affaires, et pas les plus légères.
Je ne dis rien. Mais je n’oublie pas que son lien avec lui pourrait nous coûter cher. Très cher. Nacer Belkacem ne serait pas du genre à apprécier avoir un flic dans son cercle proche, et je crains que Sami en paie le prix.
Nos soirées, pourtant, sont loin de ces préoccupations. À croire que les braises de notre relation d’ado n’attendaient qu’une chose : être rallumées. Le sexe agit d’ailleurs comme un détonateur et nos nuits sont encore plus chaudes que Marseille l’été. L’un comme l’autre, nous commençons à réaliser que notre relation est éphémère et que nous devons en profiter.
Avec cette perspective, je dévore tout. Je ne veux rien louper de Sami, de sa bouche, de son sexe. Pourtant peu expérimenté, il s’avère être un amant créatif et entreprenant. Son enthousiasme ne connaît pas de limites, ce qui me convient parfaitement.
J’ai l’impression, en sa présence, d’être complet. Comme si, sans le savoir, son absence ces dernières années m’avait coupé d’une partie de moi. Dix ans sans lui. Une éternité.
Son rire devient mon son préféré. À chacun de nos rendez-vous, je m’en régale. Je lui pique sa playlist, sa casquette, mais ça, je ne peux pas l’embarquer. Et il me manque affreusement lorsqu’il est absent.
Pour autant, je ne peux pas me voiler la face sur tout. Je remarque que moins de personnes défilent désormais chez lui. Qu’il passe un temps fou sur son téléphone. Je remarque les absences injustifiées, les “choses à gérer”.
Mon instinct de flic me dit de m’éloigner. Ça devient trop casse-gueule, trop border. Un jour, on me demandera de l’arrêter et j’en serai incapable. Un jour, il retournera en prison et je perdrai la raison.
Le souci, c’est que je suis incapable de mettre un terme à notre histoire. Elle est devenue trop intense, trop rapidement. Je n’ai pas envie de lui, j’en ai besoin. Alors l’uniforme, je le mets de côté. Dans un petit coin.
Et j’accepte ce danger permanent, cette menace qui plane. Comme si j’avais perdu les rênes du véhicule et qu’il roulait déjà beaucoup trop vite.
Je ferme les yeux et lâche le volant.
Avec toi, Sami, j’irais n'importe où.
À n’importe quel prix.

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