Chapitre 18 - Division

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En ce moment, Sami collectionne les cernes et les annulations de dernière minute. Je le sens tendu mais il ne me lâche aucune information. J’aperçois alors une autre limite de notre relation : mon boulot. À quoi je sers si l’homme que j’aime a peur de me parler ?

Jusqu’ici, Sami était le moteur de nos rendez-vous. Désormais, il se tient en retrait. Il débarque à l’arrache, à des heures pas possibles, oubliant complètement de me prévenir. Ne passant pas mon temps à attendre de ses nouvelles, il m’arrive de le retrouver endormi sur mon canapé en rentrant de soirée avec les collègues.

Son flingue et sa chienne ne sont jamais loin. Il est sur ses gardes en permanence et ça l’épuise. Son rire ? Je l’entends de moins en moins. Seuls nos ébats semblent le sortir de son anxiété. Il s’abandonne, lâche complètement prise. Vivre ces moments-là, c’est mettre le monde en pause. Nos émotions sont en ébullition, notre plaisir est décuplé.

Des “je t’aime” sortent parfois de nos lèvres, lorsque celles-ci ne sont pas collées l’une à l’autre. Mais il faut nous voir pour comprendre. Il faut me voir arracher sa chemise pour dévorer son torse. Il faut le voir saisir mon visage entre ses mains pour m’embrasser le plus fort possible.

Sans nous observer, comment mesurer les gémissements, compter les caresses sur nos corps brûlants. Comment sentir l’empressement mêlé à cette envie de faire durer.

Ce sont nos contradictions qui, assumées, ont forgé notre addiction l’un à l’autre. À force de nous mélanger, de nous aimer dès que la nuit nous le permet, Sami vit en moi et je vis en lui.

Je garde sa chaleur au fond de moi pour les jours de pluie. Son omniprésence me donne une confiance que je n’avais jamais eue. Mon chef, Abdel, me félicite à plusieurs reprises pour la qualité de mon travail. À la salle de sport, je soulève plus lourd qu’auparavant. Chris, mon collègue, ne cache pas son étonnement, me taquinant à chaque entraînement.

- Eh bien, ta meuf elle t’a donné un super pouvoir, mon pote !

Fatou et lui me font souvent des sous-entendus, loin de s’imaginer que celui qui fait battre mon cœur, mon cerveau et mes muscles n’a pas grand-chose de féminin. Leur révéler me travaille… mais je repense à cet homme qui a eu le malheur de s’amouracher de Sami. Et qui s’est retrouvé roué de coups pour garder intact le secret de leur liaison. Alors je me tais.

Le souci, si Sami vit en moi, c’est que je vis aussi en lui. Je me perds. Une partie de moi s’éloigne quand il disparaît. La distance qu’il instaure en mettant des silences entre nous m’empêche de récupérer ce bout de mon âme que je lui ai confié.

Morcelé.

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