Chapitre 19 - Éclats

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La dispute a éclaté sans que je la voie venir. Pourtant, j’aurais pu le sentir. Sami est une cocotte-minute, à tout moment il pouvait exploser. Mais je ne suis pas encore habitué à cette version de lui ; moi je n’ai connu que celle exaltée, qui chante dans la voiture et fait tout pour m’amuser. Pas celle qui envoie valser un téléphone sur un pan de mur.

Le pire, c’est que je n’arrive ni à m’en vouloir ni à m’excuser. J’ai lu tous ses messages — du moins ceux qu’il n’avait pas encore effacés, pendant qu’il prenait sa douche. Je ne me justifie pas, je lui explique. Mon inquiétude, l’impression de le voir dépérir.

- Tu fais chier, Karim ! Tu peux pas t’empêcher d’être un putain de flic, wallah !

- Tu ne me dis plus rien, si tu me parlais je n’aurais pas eu besoin de…

- De quoi ? C’est pas tes affaires !

À un moment, je crois qu’il va se barrer. Il met sa veste, embarque Barbie et claque la porte. Mais Sami n’est pas du genre à fuir, il est du genre à prendre l’air pour se calmer. Au bout d’une heure, tout de même, je commence à douter.

Une heure durant laquelle j’essaie d’organiser mes pensées. Ce que j’ai lu ne m’a pas rassuré. À la vue des échanges avec son interlocuteur, que je devine être Nacer Belkacem, mon ami semble être beaucoup plus impliqué dans le trafic qu’il ne le laissait paraître jusqu’ici.

Nacer étant le bras droit du Maure, qu’est-ce que ça fait de Sami ? Ça me fait froid dans le dos. Pour la première fois, j’ai des preuves concrètes de son implication et tout ça me broie. Pas lui, merde… Égoïstement, je pense à nous. Aux choix qui se présentent à moi, le quitter pour garder mon intégrité. Ou le couvrir pour sauver notre histoire.

Il finit par revenir. Trop fier pour l’avouer, mais je sais qu’il a pleuré. Moi aussi, j’ai les yeux rouges et la poitrine serrée. Il m’est difficile de le voir dans cet état. Sa chienne vient, comme pour s’assurer que ça va, les animaux sentent ces choses-là.

Il passe sa main dans ses cheveux, pour se donner une contenance, mais reste bloqué dans mon entrée, esquivant mon regard. Je décide de faire le premier pas, me relève, et m’avance vers lui. Tout doucement. Pour ne pas le faire fuir de nouveau.

Aucun mot n’est échangé ; le silence est bien plus évocateur. Sa respiration est saccadée, rapide. Une force invisible m’empêche de le prendre dans mes bras, ce n’est pas ce qu’il attend. Je parle, presque en chuchotant.

- Sam… j’ai peur. Pour toi.

- Faut pas. Je gère.

Le ton de sa voix dit tout le contraire. Il est mort de trouille. On se connaît trop bien, depuis trop longtemps. Ne me mens pas, Sami, c’est inutile. Ouvre-toi, s’il te plaît. Mais il ne répond pas à mes requêtes muettes et reste silencieux.

Sans faire exprès, nous nous sommes rapprochés. Nos torses ne sont plus qu’à quelques centimètres et je sens son souffle chaud sur mon visage. Il ne bouge pas lorsque je lui attrape les mains, c’est un bon signe.

Combler la distance entre nous n’est qu’une formalité. Deux aimants, deux amants. Il relâche ma main et ses doigts viennent effleurer ma nuque, une zone sensible, avant que sa tête ne s’échoue sur mon épaule.

Un instant, je crois qu’il pleure. Finalement, il finit par se redresser, et par m’embrasser. Sceller ses lèvres aux miennes pour mettre fin à la discussion, une méthode un peu trop souvent utilisée… mais qui fonctionne à chaque fois.

Impossible de résister. D’un geste, sa veste et sa chemise tombent au sol. Il ne prend cependant pas la peine de me déshabiller. Comme pressé. Plus de temps à perdre, parce que du temps, nous n’en avons presque plus. Le sablier s’écoule comme les kilos de cocaïne.

Il baisse mon jogging jusqu’aux genoux, me pousse sur le canapé dans lequel je m’écrase. Dans son regard, il n’y a que de la détermination. Il défait sa ceinture, les boutons de son pantalon et descend sa braguette. Je ne vois pas, mais j’entends. La tête dans un coussin. Le cul en l’air.

Je suis offert à lui, à sa colère. Il va me prendre sans plus de cérémonie, bénéficiant de la dilatation de notre ébat précédent. Celui d’avant la douche, avant les messages. Quand notre équilibre n’était pas encore chamboulé.

Ses gestes me galvanisent. Passée la douleur éphémère de la pénétration, il m’emmène très loin dans la jouissance. Ses mains me griffent le dos, m’agrippent les fesses. Il me mord, fort, et gémit à chaque coup de bassin.

J’ai l’impression que nous faisons l’amour pour la dernière fois. Cette perspective me terrifie et m’ancre dans l’instant. Je veux le sentir, encore, plus fort. Je réclame. Il donne. Ne me ménage pas.

J’éjacule en silence, étouffant mon cri dans le coussin. Le corps secoué par le plaisir. Il me rejoint, étalant sa semence sur mes reins. Il se décolle et me manque instantanément.

Et si, ce soir, j’avais perdu Sami ?

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