Chapitre 21 - La caisse

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Au regard de mes résultats des semaines précédentes, Abdel me donne plus de responsabilités. De nouveau, je ne compte plus mes heures. Quand Sami daigne donner des signes de vie, j’arrive à partir tôt, mais cela fait bien quatre jours que je ne l’ai pas vu. Et nous n’avons pas eu cette fameuse discussion promise.

- La BAC a trouvé la caisse qui a servi au transport de cocaïne de la semaine dernière, elle était en train de cramer, m’informe Fatou. Tiens, les photos. Bien sûr, le numéro de plaque n’a rien donné.

Elle me tend un petit paquet. Horrifié, je reconnais la voiture. BMW grise. Ça ne peut pas être un hasard. Une partie de moi me souffle “des BM il y en a plein Marseille”, oui, mais… Mais c’est exactement la même. Rétros noirs, peinture métallisée. Je suis monté suffisamment de fois dedans pour la distinguer d’une autre.

Sans faire exprès, je lâche le tas de photos. Ma collègue m’aide à les ramasser, en accusant ma maladresse.

- Mais tu trembles ! s’alarme-t-elle. Ça va, Karim ?

- Oui… non, je crois que je fais une hypo.

J’improvise cette histoire pour l’éloigner, mais elle saute sur Chris pour lui subtiliser une de ses nombreuses barres protéinées qu’il garde dans son bureau. Je me retrouve à la manger, contraint, tout en louchant sur les détails de la voiture dans laquelle nous avons couché plusieurs fois, Sami et moi.

Mon ADN. Partout.

- Tu te sens mieux ? m’interroge Fatou avant d’enchaîner. Bon, on n’a rien d’exploitable, entre ce qui a cramé et ce qui a été nettoyé. Fais chier, on tourne en rond.

- Elle était vide ? demandé-je.

- Archi vide. Le gars qui a cleané ça est un sacré maniaque !

Sacrément maniaque, oui. Il va m’entendre.

- Tu connais du monde, toi, dans ce quartier, insiste ma collègue. Tu veux pas fouiller, voir si ça leur parle, une BMW grise ?

- Ouais, t’as raison, je vais faire le tour.

Bien sûr, je n’en fais rien. À la place, j’écris à Sami pour lui demander s’il serait dispo pour ce soir. J’essaie de la jouer cool, comme si de rien n’était. Je bous.

Sans guetter la réponse, je vais aux chiottes me passer de l’eau sur le visage. Mentir à Fatou, c’est pire que tout. Je me déteste. Je le déteste. Pris de colère, je tape mon poing contre le lavabo. Je savais que ça allait arriver, que notre relation allait empiéter sur mon travail. J’aurais aimé ne jamais choisir, mais, clairement, mon choix était fait dès le premier jour.

Celui où il m’attendait devant le commissariat.

Où je suis monté dans sa caisse.

Sa caisse qui vient de cramer.

Sami répond évasivement à mon SMS. J’insiste. Il finit par me dire qu’il passera me chercher ce soir, au boulot, vers 18 h 30. Parfait.

Le reste de l’après-midi défile vite, on me sollicite sur plusieurs sujets, mais mon esprit est bloqué sur les photos de la voiture calcinée. Je nous revois dedans, avec sa musique à fond et son flingue dans la boîte à gants. Avec son interdiction de fumer mais le droit de baiser.

Sami, qu’as-tu fait ?

Je sors un peu en avance, le temps d’allumer une clope et de m’aérer la tête avant une conversation que j’imagine houleuse. L’idée de le perdre, de le voir enfermé, tout ça me terrifie. Pourtant, cette hypothèse est de plus en plus probable. Il s’efface de ma vie, après y avoir fait un retour tonitruant.

Et je ne peux rien y faire.

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