Chapitre 25 - Sécheresse lacrymale

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Je pleure très peu. Proportionnellement à ma peine. C’est assez regrettable, étant convaincu que cela pourrait me soulager. Rien de bon ne sort de mes yeux secs. Pourtant, les soirées savent se montrer longues. La solitude s’y invite un peu trop souvent, les mecs de Grindr aussi.

J’ai réinstallé l’application, en désespoir de cause. Chaque rencontre me fait sentir encore plus seul. Je n’arrive cependant pas à me résoudre à arrêter, bloqué dans cette spirale.

Je n’accueille plus personne chez moi, au cas où Sami s’y pointerait. Il a toujours les clés, et moi j’ai toujours l’espoir. Alors je visite : des appartements de riches, des appartements de pauvres ; à n’importe quelle heure de la soirée, dans n’importe quel coin de Marseille.

Souvent, je suis mal à l’aise. Je me sens honteux et profiteur : je prends et je pars. Mais il arrive que des rencontres me surprennent, me réchauffent le cœur. Je reste un peu plus longtemps, partage un peu plus qu’une baise.

Ça ne suffit pas. Oublier Sami, remplacer Sami : une tâche bien trop difficile pour quelqu’un qui n’en a pas envie. Et lui, pense-t-il à moi ? Va-t-il également vider sa frustration dans des culs inconnus ? Pas tellement le genre. En même temps, je ne suis plus trop sûr de le connaître…

Les matins et les soirs sont les moments que je redoute. Il me manque jusqu’au plus profond de mes entrailles. La chaleur de son corps, les longues caresses qui précédaient nos nuits. Celles qui me réveillaient en douceur. Un vide abyssal les a remplacées.

Je ne sais pas si le pire c’est de ne plus avoir personne à aimer, ou de n’être plus aimé de personne.

Je me refais souvent le film de notre histoire. Je me demande ce que nous serions devenus si je n’avais pas épousé la carrière de flic pour rester près de lui. Aurait-il terminé ses études ? Aurions-nous fêté nos 20 ans ensemble ? Nos 30 ans ? Mais Sami est un électron libre, il l’a toujours été. Sa vie n’était peut-être pas à mes côtés.

Je deviens parano, me sentant suivi, observé. À la sortie du commissariat, du bar, je guette. Mais rien. Son absence prend plus de place que sa présence. Elle m’alourdit de peine, un chagrin immense s’est installé dans mon ventre, dans ma poitrine. Je pèse une tonne. Et toujours pas de larmes pour évacuer.

Est-ce que Sami regrette ? Sûrement. Sa vie aurait été plus simple si je n’avais pas été dedans. Il n’aurait pas besoin d’être la marionnette de Nacer. Il continuerait ses petits trafics sans risquer sa peau.

Est-ce que c’est plus facile pour lui ? Celui qui part. Versus celui qui reste. Qui piétine sans avancer. Comment va-t-il ? Se doute-t-il de ma douleur ? S’en préoccupe-t-il, au moins ?

Je me demande ce qui se passerait si Sami revenait. S’il me proposait de m’enfuir avec lui. Loin. Refaire notre vie, au bout du monde. Cette idée m’excite et m’effraie. La réponse est toute faite, avec tout ce que ça implique. Quitter Marseille pour retrouver celui que j’aime… En suis-je capable ? Malgré la peur. Le regard des autres.

Oui. Je le suis.

Mais Sami ne vient jamais. Donc je me reporte sur le reste. Toujours le boulot, le sport, le sexe. Les bières, beaucoup de bières. Elles ont ce pouvoir anesthésiant que je cherche en permanence.

Est-ce que la peine finira par s’estomper ? Le chagrin par s’atténuer ?

Je compte les jours comme un prisonnier, sans aucune idée de ma date de libération.

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