/!\Chapitre 2/!\
Quand Mafia ouvrit les yeux, tout ce qu’elle pouvait voir était une pièce qui ressemblait à ce que l’on pouvait voir dans les films d’horreur. C’était une sorte de salle vide, avec une planche couverte d’entailles et de sang. Une petite table à côté avec divers ustensiles dont elle en reconnu certains, ce qui lui retourna l’estomac. Elle eut envie de vomir quand elle remarqua le sourire de l’homme qui la fixait étrangement. Le tout était blanc, aucune fenêtre et une seule porte d’accès. Où est-ce qu’elle était, bon sang ! Pourquoi était-elle là ?! Qu’est-ce qu’il lui voulait ?! Mais sa gorge était trop serrée pour parler et elle sentait la terreur lui tenir les tripes dans une poigne de fer, prêt à les lui retourner. Son coeur battait beaucoup trop vite et les larmes commençaient à lui brouiller la vue. Quand elle voulu bouger, Mafia se rendit compte que ses bras étaient attachés au-dessus de sa tête et qu’une chaîne entravait ses jambes. Si l’envie de fuir lui prenait, elle n’aurait aucunement la possibilité de s’en défaire pour quitter cet endroit qui se trouvait on ne sait où.
Quand elle reporta son regard sur l’homme, tout ce qu’elle voyait était du noir. Mais pas le même que le commun des mortels pouvait bien connaître, non. C’était un noir dégoulinant qui possédait une odeur à en faire vomir un mort. Cocasse vous me direz, mais clairement, c’était la première fois que Mafia était confrontée à ce genre de phénomène. Comment expliquer l’odeur d’une couleur ? C’était aussi simple que d’expliquer qu’elle pouvait associer sa vie à différents coloris et les nommer avec une émotion bien précise… Autant dire, complexe. Mais tout ce qu’elle voyait de cet homme était ce noir intense et cette coulure qui suivait ses pas, comme une ombre gluante qui ne pouvait ni ne voulait le lâcher. Et cette odeur immonde qui lui donnait envie de vomir.
— Salut, ma jolie, l’entendit-elle dire en s’approchant d’elle, une lame en main et un sourire carnassier sur le visage.
L’angoisse monta d’un cran. Elle le savait, il n’était pas là pour lui proposer d’aller boire un verre ni d’aller au bal des débutantes. Il l’avait capturé parce qu’elle était une proie facile et qu’elle s’était laissée distraire. Mafia s’en voulut pour ça. Elle qui faisait toujours très attention quand elle mettait le nez dehors, elle s’était laissée happer par ses pensées vis-à-vis de la chose émeraude qui la guettait dans ses songes.
— Tu sais pas pourquoi t’es là, pas vrai, Mafia Langlee, dit-il sans se défaire de son sourire hideux qui lui donnait des sueurs froides.
Elle secoua négativement de la tête.
Comment connaissait-il son nom ? L’avait-il traqué ? Ce fou avait-il fait des recherches sur elle avant de l’enlever ? Elle espérait que non, mais visiblement, c’était bel et bien le cas.
— Tu n’es pas ma victime principale, lui avoua-t-il. Mais nous allons bien nous amuser tous les deux.
Mafia voulut crier, lui hurler de la relâcher, qu’elle allait appeler les flics, mais rien ne sortit de sa bouche et quand il lui présenta sa lame, Mafia se sentit partir à nouveau sous les rires gras de l’homme qui s’amusait de sa situation.
[…]
Depuis combien de temps était-elle là ? Combien d’heures ou de jours étaient passés depuis qu’il l’avait enlevé ? Chaque instant se ressemblait. Lui arrivant pour lui balancer des coups sur tout le corps, l’étranglant jusqu’à ce qu’elle voit des étoiles, puis lui la violant selon son envie du moment, lui crachant des insultes qui, visiblement, lui faisait avoir une érection qu’il appréciait. Imaginait-il faire tout ceci avec la victime principale ? Mafia, épuisée et à bout plaignait cette pauvre femme, qui qu’elle puisse être. Souvent, quand il la sentait se ramollir, il lui injectait quelque chose pour la faire rester consciente et lui permettre de continuer ses jeux sadiques sur elle.
Mafia pleurait sans avoir de larmes. Elle avait utilisé toute l’eau dont son corps était pourvu, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien en elle. Sa première fois, elle avait espéré la garder pour quelqu’un qu’elle aimerait, tout comme les films qu’elle aimait regarder le soir quand la maison était vidée de ses habitants partit faire la fête. Ces films d’ados puérils que Mafia collectionnait sur un disque dur et qu’elle s’autorisait à visionner quand vraiment elle en sentait le besoin, afin de la faire rêver et voyager dans un univers alternatif où elle serait totalement différente de ce qu’elle était ici. Mais l’imaginaire n’avait sa place ici que pour l’aider à s’échapper à son calvaire. Quand il l’avait prise sur cette table pleine d’échardes avec du sang séché qui lui grattait le corps, elle avait eu si mal, mais la peur l’avait pétrifié au point où elle s’était demandée si elle était encore en vie ou dans un autre espace temps. La douleur avait été vive et le dégoût ne l’avait pas lâché. Son corps s’était habitué à la friction et lui, cherchant à marteler le seul endroit capable de la trahir, bien qu’il n’en ait rien à faire du plaisir de Mafia. Lui cherchait simplement à assouvir un désir pervers et visiblement très tenace. Il ne cessait de la traiter de tous les noms en jurant sa mort avec un sourire béat jusqu’à l’orgasme. Il eut au moins la décence de ne pas se répandre en elle, lui épargnant la possibilité d’avoir en elle quelque chose qu’elle ne pourrait pas regarder en face si elle survivait à ça. Mais Mafia savait que sa destinée était de mourir entre ces murs, des mains de cette pourriture.
Ce n’est que quand il arriva avec une jeune femme inconsciente, qu’elle compris qu’il avait trouvé sa victime et qu’elles allaient mourir.
Ce jour-là, Mafia s’en souviendrait toute sa vie. C’était le jour où elle fit la rencontre de Naeliya, une jeune femme aveugle, qui connaissait son agresseur et qui avait prévu son enlèvement.
— V-Vous allez… Bien ? Lui avait demandé Mafia, peut assurée d’avoir une réponse.
— Qui est là ? Il y a quelqu’un d’autre ? Depuis quand vous êtes là ?
Mafia s’était mise à renifler, ce qui avait attiré l’attention de Naeliya qui s’était tournée vers elle, lui montrant son regard, ce qui l’avait choqué.
— Je m’appelle Naeliya, s’était présentée la jeune femme avec une certaine douceur et urgence dans la voix. J’ai besoin que vous m’aidiez à savoir où nous sommes. Est-ce que vous pouvez me décrire l’endroit ?
— C’est… Une pièce blanche, avait commencé à dire Mafia, peu sûr de à quoi ça lui servirait de le savoir. Il y a une… Une…
— Prenez votre temps. Quel est votre nom ?
— Mafia… Mafia Langlee.
— Mafia, j’ai des amis dehors qui sont à ma recherche, lui avait alors expliqué la jeune femme, donnant un espoir insensé à la victime pétrifiée. Je dois pouvoir leur décrire les lieux du mieux possible et savoir s’il y a des caméras. Est-ce que vous pouvez faire ça pour moi ?
Boostée par les mots de l’aveugle, Mafia s’était raccrochée à sa douceur et sans doute à ce qu’elle lui faisait miroiter. Une porte de sortie. Peut-être cherchait-elle à l’apaiser, sachant pertinemment qu’elles n’allaient pas en sortir vivantes. Mais c’était assez pour elle pour qu’elle lui décrive le moindre recoin de cette pièce qui lui donnait la nausée.
— Mafia, je vais devoir faire quelque chose que vous n’arriverez pas à comprendre, avait murmura Naeliya. S’il revient, secouez-moi pour me réveiller.
— Quoi ?! Vous-
Mais Naeliya était déjà partie. Mafia la vit se rallonger et fermer les yeux. Cela ne prit pas longtemps avant qu’elle n’entende du bruit à l’étage. Au départ, elle pensait que les fameux amis de Naeliya étaient enfin arrivés, puis la peur reprit le dessus en pensant que l’homme était de retour. Elle s’approcha de l’endormie pour la secouer avec désespoir.
— Naeliya ! Naeliya ! Réveillez-vous !
Il fallut quelques secondes pour que l’aveugle rouvre les yeux et lui demande de se taire. En effet, il y avait bien du monde, mais Naeliya calma les ardeurs de la captive, car ce qui se trouvait derrière n’étaient si ses amis ni l’homme, mais bien des pervers qui avaient apparemment payé pour venir jouer avec les deux jeunes femmes.
— Oni, murmura soudain Naeliya. Non, il y a une autre captive avec moi. Elle a de la difficulté à respirer et parle faiblement. Elle est attachée. Oui. Faites vite, je ne sais pas depuis combien de temps elle est là, mais il semble qu’il se soit amusé avec elle pour se préparer pour moi.
Elle savait ? Elle savait que ce fou avait kidnappé quelqu’un pour mieux s’attaquer à son plat de résistance ? Mafia était à la fois effrayée et surprise. Si elle savait, alors pourquoi elle était là ? Est-ce qu’il avait profité de son handicap pour la surprendre ?
Soudain, la porte s’ouvrit et l’homme revint. Naeliya se tut un instant avant qu’il ne se dirige vers elle, la soulève et l’attache à la planche sur laquelle Mafia avait subit ses innombrables maltraitances inhumaines. Mais ce qu’elle vit ensuite lui retourna l’estomac et la fit enfin vomir. L’homme plaça des électrodes sur le visage de l’aveugle et déclencha l’électricité sur un moniteur qui se trouvait juste à côté de la table de fortune. Les cris de la jeune femme remplirent la pièce, jusqu’à ce qu’il ne sélectionne un couteau et qu’il entame le ventre de Naeliya dont le cri resterait gravé dans l’esprit de Mafia pour l’éternité.
— Laissez-la ! put-elle enfin crier, les larmes aux yeux, cherchant à se débattre.
Naeliya avait dit que ses amis arrivaient. Où étaient-ils ? Lui avait-elle menti ?
— Laissez-la ! Ne lui faites pas de mal ! criait-elle à s’en briser les cordes vocales. Elle ne vous a rien fait !!
Mais l’homme n’écoutait plus. Et c’est après un certain temps que la porte se mit à vibrer dangereusement sous les coups de quelqu’un déterminé à la faire céder.
Quand elle céda, Mafia découvrit un Oni. Comment le savait-elle ? À sa couleur. Cette aura sombre et menaçante de celle de quelqu’un qui avait vu la mort et qui vivait avec. Un autre homme l’accompagnait, bien plus vieux que le premier qui se dirigea immédiatement vers Naeliya.
— Mafia, avait murmurer l’aveugle en pointant dans sa direction.
— Ils vont s’en occuper, reste avec nous, ma chérie.
— Carl !
— Montez-la, je m’en occupe.
Mafia se figea.
L’émeraude, pensa-t-elle en reconnaissant la couleur de la chose qui l’observait durant la nuit. L’homme en question s’approcha d’elle, allongeant son bras pour lui attraper la chaîne qui liait ses jambes. Effrayée, elle se recula, tremblant de tout son corps.
— Mafia, c’est ça ? L’entendit-elle lui demander. Moi c’est Carl. Je suis un ami de Naeliya.
— Naeliya…
Elle n’avait pas mentit, seulement, elle ne lui avait pas dit qui était ses amis. Les Oni Carlington.
— Où… Où est-ce qu’ils l’emmènent ?! Réussit à demander Mafia, malgré sa panique.
— À l’hôpital, répondit calmement le dénommé Carl. Elle est blessée, on doit s’en occuper. Elle nous a demandé de vous récupérer. Je vais retirer les chaînes, ok ?
Mafia hésita un instant avant de hocher la tête et le regarda faire.
L’homme brisa avec beaucoup trop de facilité, les chaînes qui l’entravait et l’aida à se redresser. Mais à peine put-elle se tenir droite, Mafia fonça vers la table de fortune qu’ils avaient utilisé comme brancard pour transporter la jeune femme.
— Tris’ ! Pousse-toi ! S’exclama l’homme.
Mafia ne regardait pas devant elle, tout ce qui l’intéressait n’était même plus la liberté. Naeliya lui avait promis qu’on viendrait les sauver et malgré ce qu’il lui avait fait, elle n’avait pas perdu espoir. Mafia lui devait sa vie. Elle aida à porter la planche et resta proche de la jeune femme. Mais quand ils placèrent l’aveugle dans le SUV noir, on l’aida à grimper pour tenir la main de sa sauveuse qui agonisait, gémissant de douleur au moindre mouvement, l’ouverture de son ventre agrafée de façon très sommaire, pour éviter qu’elle ne se vide complètement de son sang. L’horreur de la scène fit oublier à Mafia tout ce qu’elle avait subit durant sa captivité. Naeliya était son ange gardien, mais qui avait pris la folie de ce dingue qui avait visiblement rêvé de la tuer en la dépouillant de son humanité en lui ruinant le corps et même plus si la cavalerie n’était pas arrivée.
— Accrochez-vous ! lança un homme derrière le volant.
Le véhicule parti en trombe, ballottant Mafia comme si elle n’était qu’une poupée de chiffon. Durant le trajet qui les amenait vers un hôpital, Mafia n’avait pas lâché la main de l’aveugle qui gémissait de douleur. Elle pleurait en silence, laissant les larmes quitter ses yeux, mais se refusait à réellement craquer maintenant. La guerrière qui ne voyait rien avait fait de son mieux pour l’aider à garder espoir. Elle se devait de faire de même.
— On arrive ! S’exclama le conducteur en entrant dans la cour de l’hôpital, là où les ambulances s’enchaînaient pour les urgences.
Il stoppa le véhicule et on fit sortir Mafia avant d’extraire la planche et Naeliya avec.
— Doc’ ! S’exclama Carl en voyant un homme en blouse blanche arriver avec un brancard et plusieurs infirmières en paniques.
— Qu’est-ce qu’il c’est passé ? Demanda le médecin.
— Un fou l’a ouverte comme une trousse, déclara l’Oni en plaçant Naeliya sur le lit médicalisé. On a dû l’agrafer pour pas qu’elle se vide sur le chemin.
— On l’emmène au bloc ! s’écria le médecin en poussant le brancard avec force et précipitation. On s’occupe d’elle, Colonel !
Colonel ? De qui parlait-il ? À qui parlait-il ? Le vieil homme qui refusait de lâcher la main de la jeune femme qui perdait conscience ?
— Où est-ce qu’ils vont ? demanda alors la jeune femme, soudain prise de tremblement de panique.
— Ils doivent l’opérer, expliqua Carl. Elle n’est pas bien. Tu dois aussi voir un docteur.
— NON ! cria-t-elle, totalement paniquée.
Face à cette crise, l’Oni prit un moment avant de lui faire face, sans la toucher et de fixer son regard fauve dans le sien, captant l’attention de la jeune femme.
— Naeliya a besoin d’être opérée, dit-il sans la lâcher du regard. Vous, vous avez été blessée aussi et la demoiselle a demandé à ce qu’on s’occupe de vous. Je vais vous amener voir un doc et vous faire passer des examens.
Entendant ces mots, Mafia se figea. Naeliya avait-elle vraiment demandé à ce qu’on s’occupe d’elle et de son bien être ? Les larmes se remirent à couler sur ses joues. L’Oni face à elle se pencha, la faisant sursauter, mais ne recula pas pour autant. Il passa ses bras sous ses genoux et derrière son dos, la souleva contre lui et se dirigea vers le complexe médical à la recherche d’une salle où on pourrait l’ausculter.
— Monsieur Carl ! entendirent-ils. Par ici !
— Mafia, dit-il à la jeune femme accrochée à lui comme si sa vie en dépendait. Je vais vous déposer sur un lit et une femme va s’occuper de vous.
— Vous… vous restez avec moi ? demanda-t-elle, sentant la peur lui retourner l’estomac.
Carl la regarda et hocha la tête.
— Oui. Je reste ici.
Soulagée, elle se laissa faire, mais garda son regard sur lui, effrayée qu’il ne disparaisse à la moindre occasion pour rejoindre les autres.
Pourtant, Carl tint parole. Et pendant tout le temps qu’elle passa à se faire manipuler et tester, l’Oni ne bougea pas.
Cependant…
***

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