Chapitre 3

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Depuis le cri qu’il avait entendu, Carl n’avait de cesse de sentir une angoisse monter en lui. Voilà un moment que le sauvetage avait eut lieu. Ainsi que l’incendie et la séance de torture improvisée par le père et la fille Clark au QG. Mais il n’arrivait toujours pas à se défaire du cri strident que Naeliya avait poussé alors que ce taré l’ouvrait comme un pain à kebab. À la différence que lui ne comptait pas la remplir d’ingrédients pour en faire un truc appétissant, quoi qu’il aurait pu le comprendre. Non. Ce débile profond avait eu l’envie de la vider de chaque organe qui composait son corps. Voir ce que Kim en avait fait n’était pas le pire qu’il ait pu voir depuis qu’il faisait parti des Oni. Carlos Santos était un ancien mercenaire qui était très vite devenu ami et le bras droit de Noah. Sa rencontre avec Kim et l’Oni en chef fut un spectacle sanglant. Et sa carrière au sein de cette bande d’élite ne lui avait jamais donné autant de sueurs froides que les deux femmes qu’ils avaient sauvées in extremis de la mort.

Si Naeliya ne s’était pas réveillée, Carl n’aurait pas donné cher de la peau du monde. Par chance, cette petite avait réussi à revenir et elle avait même recouvert la vue. Ce qui relevait du miracle, clairement. L’année s’était finie sur une note plutôt douce, ce qui avait permis à tous de se détendre un peu. Mais depuis cette salle cachée dans les ruines d’une vieille maison perdue dans la forêt, Carl y revenait souvent pour se rappeler ce qu’il y avait vu et entendait encore ce cri ainsi que la terreur de Mafia Langlee.

Mafia. Cette jeune femme avait été un dommage collatéral. Un entraînement pour mieux détruire Naeliya et pourtant, elle était encore en vie et ne lâchait plus l’ancienne aveugle, d’une semelle.

« Viols, multiples contusions, côtes cassées, traumatismes, etc », lui avait énuméré le médecin qui s’était occupée de la jeune femme qui se trouvait avoir deux ans de moins que Naeliya. Mafia était atteinte d’agoraphobie et de phobie sociale, c’était ce qu’avait pu lui dire le psychologue de l’hôpital quand ce dernier fut passé pour faire un diagnostic. Il n’avait pas tout compris, du moins pas sur le plan psychologique, mais sur le plan physique, il avait eu envie de rejoindre Kim pour s’ajouter à son défouloir. Qu’est-ce qu’une gosse de 23 ans pouvait faire de sa vie, avec tout ce qu’il lui avait fait ? Carl avait l’impression qu’on le happait dans un tourbillon incompréhensible de mots trop complexes et en même temps de lui broyer les entrailles.

Avec la nouvelle année qui venait de commencer, il savait que beaucoup de choses allaient changer. Celle à laquelle il s’était attendu à voir fut l’amitié entre Taeliya, Naeliya envers Mafia. La petite ne les quittait plus, du moins jusqu’à ce que Stein décide que sa générosité avait une fin. Depuis le sauvetage, le mafieux avait accepté de garder l’illustratrice chez eux et de laisser les deux femmes s’occuper d’elle jusqu’à ce qu’il décide de la renvoyer chez elle. Bien sûr, la nouvelle n’avait plu à personne. Il fallait s’y attendre. Kim ayant retrouvé sa femme allait retourner chez lui. Taeliya avait besoin de repos, car elle avait été beaucoup secouée par toute cette affaire et tous savaient qu’elle avait une santé fragile. Mafia n’était pas de leur monde, même si elle ne semblait pas en être effrayée. Son regard vert luisant ne quittait que très rarement Carl. Mais c’était autre chose qui le titillait. Mafia semblait le connaître sans savoir qui il était vraiment. L’avait-il déjà croisé ? Même Barabaros, son démon, avait cette impression de savoir qui était cette petite, mais n’arrivait pas à mettre les mots sur cette sensation étrange. Vous savez, celle que vous avez en voyant quelqu’un qui vous dit quelque chose. Vous savez que vous l’avez vu quelque part et pourtant, jamais de votre vie vous ne l’avez réellement croisé. C’est exactement que l’Oni et son démon ressentent auprès de Mafia.

— Tu es sûre d’avoir tout ce qu’il te faut ? demanda Naeliya à la jeune femme, alors qu’on l’aidait à mettre son petit sac dans la voiture avec laquelle on allait la raccompagner dans sa famille.

— Je n’avais pas grand-chose quand il m’a trouvé, donc ça devrait le faire, répondit timidement Mafia, souriant pourtant à la femme qui lui avait sauvé la vie.

— Tiens, dit Taeliya en lui tendant un téléphone portable.

Mafia blêmit.

— C’est le tien, la rassura Naeliya, un léger sourire moqueur sur les lèvres, comprenant la pensée de sa nouvelle amie. J’ai demandé à Kim de te le réparer.

À demi soulagée, l’illustratrice prit l’engin et se rendit effectivement compte que c’était bien son téléphone qui avait dû être détruit durant sa capture.

— M… Merci… bredouilla-t-elle, les larmes aux yeux.

Taeliya se pencha légèrement vers elle et dit, de façon à ce que seules ces trois-là puissent entendre :

— J’y ai mis nos numéros et celui de Carl.

Le rouge monta aux joues de la jeune femme de 23 ans qui sentit tout son corps s’échauffer. Durant ces jours sombres, l’Oni terrifiant ne l’avait pas quitté. Il avait promis de rester près d’elle et n’avait pas failli à sa parole. Taeliya et Naeliya pouffèrent, rendant l’instant plus intime et surtout donnait à Mafia cette sensation d’avoir deux amies à qui se confier. Mais aujourd’hui, elle devait les quitter pour rentrer dans son enfer et reprendre sa vie.

Comment pouvait-on retourner à son quotidien après avoir vécu un enlèvement, une séquestration, des viols à répétition, des mauvais traitements, avoir un corps et un esprit bousillés par un fou malade qui n’aspirait qu’à se venger d’une jeune femme qui n’avait rien demandé et qu’on avait privé de sa vue juste par jeu ? On ne le pouvait pas. Mafia et les deux femmes le savaient. Mais elle n’était pas de ce monde et avait besoin de distance pour se retrouver et réapprendre à être une humaine, voire une femme. Car pour l’instant… Rien de tout ceci n’était réellement aquis. Ce dingue avait réussi l’exploit de lui retirer tout ça. Pendant son séjour chez Carlington, Elle s’était rapprochée des deux compagnes d’Oni et même de Jess, le seul homme de ce trio surprenant. Mais pour ce qui était du reste… Elle avait beaucoup trop peur de les regarder, de répondre à leurs questions, peu importe s’ils étaient gentils avec elle.

Grâce à Taeliya, et son passé visiblement tout aussi chaotique que la vie de Mafia, le clan avait put lui laisser de l’espace. Mais il était maintenant l’heure des adieux.

— Appelle-nous quand tu veux ou écris-nous, on te répondra, dit alors Naeliya, caressant la joue de l’illustratrice.

Elle se laissa faire. Naeliya refusait qu’on l’approche ou la touche, depuis ce qui lui était arrivé à l’hôpital. Mais elle montrait toujours de l’affection envers Mafia. Comme une grande sœur envers la plus jeune.

— Merci à vous deux, réussit-elle à dire, avant de grimper dans le SUV et que la portière ne se referme sur elle.

Depuis la fenêtre, elle ne cessa de faire des signes aux deux femmes qui les lui rendirent, tentant de garder des visages neutres et souriants pour ne pas l’inquiéter. Mais quand le véhicule quitta la propriété, l’angoisse, la tristesse et la peur refirent surface et elle se mura dans le silence. Devant, Dorian et Orlan ne parlait pas, communiquant uniquement par des regards, jetant des coups d’œils au rétroviseur interne pour s’assurer qu’elle était toujours parmi eux. Il ne manquerait plus qu’elle imite Naeliya et qu’elle tape un coma d’un an…

— Vous avez besoin qu’on s’arrête quelque part ? demanda Dorian, installé sur le siège passager avant.

— N… N-Non, merci… bredouilla-t-elle. Je…

Le SUV s’engouffrait déjà dans sa rue et la vision de sa maison lui retourna l’estomac. Elle ne voulait pas y retourner n’y même savoir que sa famille s’y trouvait. Elle voulait fuir, se cacher et surtout ne plus voir personne pour laisser tout ce qui c’était passé, la submerger et l’engloutir dans ce vide sombre pour ne plus penser à rien et ne plus sentir la souffrance mentale et le dégoût physique qu’elle ressentait. Mais avec les deux Oni qui l’accompagnaient, elle était dans l’incapacité de faire quoi que ce soit et encore moins de fuir. Elle n’était pas Usain Bolt et n’avait clairement pas le cardio pour distancer ces deux monstres de force.

Orlan, derrière son volant, lui jeta un coup d’œil depuis son rétroviseur interne et capta l’attitude de la jeune femme. Il fit un signe à son partenaire qui avait déjà vu que Mafia s’était renfermée et qui semblait être encore plus terrorisée qu’avant de partir du manoir. Cependant, ils n’avaient pas l’autorité nécessaire pour la ramener au manoir ou même chez eux pour la mettre à l’abri.

Le véhicule s’arrêta devant la maison en mauvais état et les deux Oni descendirent. Dorian ouvrit la porte pour aider Mafia à descendre, tandis qu’Orlan récupérait le baluchon de la jeune femme avant de le lui rendre.

— On va entrer, déclara-t-il, surprenant la jeune femme qui lui adressa un regard inquiet.

— C’est le protocole, Mademoiselle Langlee, expliqua Dorian.

— Vu l’heure, murmura-t-elle. Mes parents ne sont pas là…

— Ouvrez la voie, ordonna Orlan.

Mafia n’était pas à l’aise, mais s’exécuta. Elle ouvrit la grille et les fit entrer jusqu’à la porte d’entrée qu’elle déverrouilla, puis ils entrèrent tous les trois dans la maison. Les deux Oni découvrirent un endroit en manque de soin, la peinture qui s’écaillait par endroit, des poubelles un peu partout et de la vaisselle encore sale non débarrassée, sur la table du salon.

— Vous vivez vraiment là ? demanda Dorian.

— Surtout à l’étage, dit-elle honteuse de montrer à ces hommes dangereux l’horreur de son monde.

Ils n’ajoutèrent rien et montèrent à sa suite, vers la chambre de la jeune femme qu’ils trouvèrent rangée, nettoyée et bien ordonnée, mais plongée dans l’ombre. Mafia se sentit étrangement stressée d’être dans cet endroit qui avait été son sanctuaire pendant 23 ans.

— Merci beaucoup, souffla-t-elle en se tournant vers Orlan qui tenait le petit sac.

Il le lui tendit et prirent congé d'elle, mais une fois dans leur SUV, Dorian sorti son portable pour envoyer un message à Taeliya.

« Princesse, votre amie est rentrée chez elle, mais y a un truc qui cloche. »

« Qu’est-ce ce que tu veux dire ? »

« La maison est une porcherie. »

« Je vais demander à Kim de faire des recherches sur elle. »

— Démarre, ordonna Dorian à son partenaire. On rentre.

— Qu’est-ce qu’elle a dit ? demanda Orlan en redémarrant.

— Kim est sur le coup.

Le SUV quitta les lieux sous le regard triste et en panique de la jeune femme qui retourna s'enfermer dans sa chambre.

— Qu’est-ce que je fais, maintenant ? murmura-t-elle.

***

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