Chapitre 4

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Au QG des Oni, Kim travaillait sur cette demande de recherche que lui avait donnée Taeliya. En soit, ça n’avait rien de bien compliqué, car à peine avait-il mis le nom de famille de la jeune femme qu’il était tombé sur un historique familial commun d’une enfance bâclée et ignorée. Mais ce qui l’avait intrigué fut ce qu’il trouva sur les parents de Mafia.

Il compilait toutes les infos qu’il avait trouvées quand Carl fit son entrée.
Kim lui lança un regard curieux.

— Kim…

— Hm ?

— Comment tu fais ? demanda Carl installé sur un fauteuil le corps penché en avant.

— Comment je fais quoi ?

— Naeliya…

Kim suspendit ses doigts au-dessus de son clavier et tourna la tête vers son ami et frère d'armes, attendant la suite.

— Depuis son enlèvement, je n’arrive pas à dormir, lui avoua l’homme. J’entends continuellement son cri quand il l’a ouvert… J’arrive pas à m’en défaire et avec la petite…

La petite ? Ah, sans doute paraît-il de Mafia. Devrait-il lui dire ce qu’il avait trouvé sur elle et sa famille ? Il allait l'apprendre bien assez vite, alors autant ne pas le faire maintenant. Au risque de le voir s’assombrir encore plus.

Kim était à la fois touché que son ami apprécie l'ancienne aveugle, mais il reste un homme possessif envers sa moitié, aussi espérait-il que Carl ne soit perturbé que par ça et non parce qu’il avait des sentiments pour elle. Chose qu’il n’encaisserait pas.

— Je l’entends tous les soirs, avoua Kim. Je vois son pansement tous les jours et je revois encore la scène… Carl. Je rêve qu’il soit encore en vie pour lui faire vivre un enfer, à nouveau.

Les deux Oni restèrent silencieux, se regardant dans le blanc des yeux. Samsara était encore agité par les récents évènements, mais voir Carl, qui était pourtant un pro de la torture, être si chamboulé par le cri d’une femme, c’était quelque chose de rare. Mais Kim savait que Naeliya n’était pas la seule à l’avoir perturbé. L’autre femme aussi. Mafia Langlee.

Kim se tourna vers son ordinateur et retira la clé USB qu’il y avait mit pour compiler ses recherches et quitta le QG, Carl sur ses talons. Ils devaient rejoindre le reste de la bande au manoir pour discuter avec Taeliya des recherches qu’elle avait demandées.

Dans la voiture, le silence était pesant. Concentré sur sa conduite, Kim fit abstraction du malaise constant qui ne le lâchait plus depuis le sauvetage de sa fiancée. La vision de son buste ouvert, de ses yeux sanguinolents, des larmes qui coulaient sur ses tempes, de sa voix à peine audible… Son cauchemar de la voir à nouveau blessée ne le quittait plus, même si elle était maintenant en sécurité chez lui, avec lui et les siens. Mais dans l’esprit de l’ex-mercenaire, assis à côté de lui, le simple fait de voir Naeliya lui donnait envie de pleurer ou de se défouler sur n’importe quelle victime qu’on lui présenterait. Pourtant, quelque chose clochait dans son esprit. Mafia. Cette petite avait vécu un enfer et elle ne l’avait pas lâché, comme un enfant avec son parent. Cette pensée l’aurait presque fait sourire s’il ne repensait pas à la multitude de choses que ce taré lui avait fait et que le médecin qui avait ausculté la jeune femme avait énuméré en sa présence. Dans le secret, il avait demandé à ce qu’une gynécologue vérifie que la petite n’ait pas un cadeau empoisonné que le mort aurait pu lui laisser. Heureusement pour elle, il avait eu la décence de ne pas jouir en elle.

Cette pensée lui retourna l’estomac.

Imaginer qu’elle puisse porter le fruit d’un viol répété, juste par pur plaisir de la détruire un peu plus l’énerva et secoua son démon.

Doucement, l’ami ! lança Barbaros, tirant sur son cigare, le regard luisant de colère.

Je peux pas m’empêcher d’avoir envie de vomir, gronda Carl.

Cette petite ne m’est pas étrangère… murmura le démon qui ressemblait à un de ces pirates des livres, mais dont le corps était si déchiqueté et pourrissant que même les morts en auraient peur.

Son large chapeau penchant sur son œil, le cigare rougeoyant à chaque fois qu’il inspirait, il avait l’allure arrogante et déterminée d’un être qui avait vu la mort de près et qui lui parlait souvent. Il n’avait aucune pitié et c’était ce qui convenait très bien à l’Oni qu’il possédait.

Kim a l’air de savoir quelque chose, fit remarquer le démon. Samsara est silencieux.

J’ai vu…

Le véhicule s’engouffra dans la cour du manoir, tout juste derrière celui de Dorian et Orlan, qui venaient à peine de rentrer. Carl se figea en voyant ses deux amis descendre du SUV, sans la jeune femme. Il savait qu’ils l’avaient déposé chez elle, mais le simple fait de se dire qu’elle n’était plus dans ses pattes le dérangeait. Carl gronda, très peu à l’aise avec cette pensée que son monde était perturbé par un petit bout de femme.

— Salut, fit Dorian en les apercevant.

— Alors ? Demanda Carl. Elle est chez elle ?

— Ouais…

— Dorian. C’est quoi ce ton et cette tronche ? Il s’est passé un truc ?

— On ferait mieux d’y aller, la Princesse doit nous attendre. Kim, t’as ce qu’elle a demandé ? Fit Orlan, la mine sombre, voire dégoûtée.

— Ouais, répondit l’Oni coréen, agitant la petite clé USB qu’il sortit de sa poche de pantalon.

Le quatuor grimpa les marches du perron et pénétra dans la grande bâtisse pour trouver les autres dans la grande salle de détente.

Naeliya se trouvait là, assise à côté de son amie et de Sonia qui n’avait de cesse de lui demander si elle avait besoin de quelque chose. À la vue de sa compagne, Kim s’autorisa un sourire. Cette dernière lui adressa un regard lumineux qui faillit le faire gémir. Il se retint de justesse.

— Princesse, dit-il, interpellant Taeliya.

— Tu as tout ?

— Oui.

— Vu ta tête, le visionnage ne va pas être plaisant, soupira-t-elle. Elios, mon coeur.

— Maman ?! S’exclama le petit garçon en s’approchant.

— Chéri, tu veux bien prendre ton frère et aller avec les garçons et Mika dans la chambre de Stan ?

— Vous allez avoir une conversation de grands ? Demanda le garçon.

Taeliya lui caressa la tête, un sourire tendre sur les lèvres.

— C’est ça. Tu veux bien t’occuper de ton petit frère et de le mettre dans son lit ?

— D’accord ! s’exclama l’enfant, visiblement heureux qu’on lui donne une responsabilité de grand.

Il prit son petit frère contre lui et quitta la salle avec Stanislas et Khayle, un mafieux avec eux. Une fois assurée que les trois enfants ne soient plus dans les parages, Taeliya fit signe à Kim de leur faire part de ses trouvailles.

— Tarik, Chef, dit-il. Vaut mieux que vous le reteniez.

— Oh ? Ça sent pas bon ton histoire, mon frère, grimaça Carl quand les deux Oni s’approchèrent de lui pour lui agripper les bras avec force.

— Non, en effet.

Il se dirigea vers la grande télé et y inséra la clé pour sélectionner le premier fichier.

— Mafia Langlee, commença-t-il. 23 ans, agoraphobe et phobique sociale. Travaille en tant qu’illustratrice et correctrice chez un éditeur du coin. Elle a fini ses études avec une moyenne assez bonne. Elle vit dans la maison familiale, ne la quitte que très rarement.

— Pour ce qu’on y a vu, le coupa Orlan. Sans elle c’est le chantier.

— Une vraie déchetterie, tu veux dire, renchérit son partenaire, fronçant le nez.

— On y reviendra après, dit Taeliya. Continue, Kim.

Naeliya lui tenait la main, se rendant compte que sa vie, celle de Taeliya et Mafia étaient assez similaires.

Kim continua son exposé en leur présentant une famille qui n’avait aucun intérêt sentimental envers la jeune femme et qui s’en désintéressait même. Plus ils en apprenaient et plus Carl avait une envie d’arracher la tête à ces deux débiles qui avaient fait un gosse « pour rien ». Noah et Tarik resserrèrent leur prise autour des bras de leur ami, l’empêchant de quitter le manoir pour aller là-bas.

— Qu’est-ce que tu vas y faire, hm ? murmura Noah. Tu es un Oni, mon frère. Elle n’est qu’une petite fille effrayée.

Ce rappel à l’ordre figea l’espagnol.

Noah avait raison. Qu’est-ce qu’il allait faire là-bas ? La ramener ? Pourquoi ? Qui était-elle pour lui, hormis une victime qu’ils avaient sauvée ? Pourquoi avait-elle autant d’effet sur lui ?

À la fin de son exposé, Kim retira la clé de la télé et la replaça dans sa poche de pantalon. Sa compagne et Taeliya restèrent silencieuses. Visiblement très touchées par ce qu’elles avaient appris sur Mafia, elles devaient sans nul doute réfléchir à une manière quelconque de lui venir en aide. Kim ne put s’empêcher de sourire à ça. Il s’approcha de sa belle et lui baisa le haut du crâne, humant l’odeur de son shampoing par la même occasion.

Le silence qui régnait dans la pièce était pesant. Taeliya et Naeliya se regardèrent avec la même question. Que devaient-elles faire ?

[…]

Mafia ne savait plus comment elle devait agir. À peine les Oni parti qu’elle avait ressenti un malaise intense et s’était effondrée en larmes. Elle aurait voulu appeler les deux femmes pour leur demander de venir la sortir de là, mais elle savait que le père de Taeliya refuserait qu’elle revienne au manoir. Et puis, pourquoi y retourner si c’était pour affronter tout un clan de mafieux sanguinaire et des Oni prêts à la bouffer ? Pourtant, le souvenir de Carl lui permit de faire redescendre un peu la pression. Il avait été celui qui lui avait permis de ne pas sombrer durant ces derniers jours. Cette sensation de l’avoir déjà vu quelque part avait été si intense durant ces quelques jours qu’elle se demandait encore où elle avait bien pu le croiser. Elle savait que ce n’était pas via les médias. On ne les montrait jamais, même si tout le monde savait plus ou moins à quoi ils ressemblaient. Et puis, il n’était pas si difficile de savoir quand un Oni se trouvait dans les parages. Leurs auras meurtrières, sombres et dangereuses faisaient le travail pour eux.

Elle regarda sa chambre qui l’avait vu grandir, puis son petit sac et se dit qu’elle devait faire quelque chose. Il était urgent pour elle de s’éloigner, partir quelque part et de ne plus pouvoir penser à ce qui venait de lui arriver.

C’est alors qu’elle prit une décision qui allait tout changer pour elle. Du moins, elle l’espérait.

***

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