Chapitre 7

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Dans le SUV des Oni, Mafia se sentait toute petite assise à côté de Carl, concentré sur la route. Elle voulait lui parler, dire quelque chose, justifier ses mois de silence, mais rien ne sortait de sa bouche et elle se demandait même pourquoi elle avait envie de lui dire tout ce qui pouvait lui passer par la tête.

Le trajet fut relativement court, car à peine se rendit-elle compte qu’il se garait devant l’immeuble qu’elle sentit une sorte de déception l’étreindre.

Déjà ? pensa-t-elle.

Mais alors qu’elle pensait qu’il n’allait que la déposer, Carl la surpris en coupant le moteur et descendre pour venir lui ouvrir.

— Besoin d’aide pour descendre ? demanda-t-il, le corps rigide et le sourire absent, mais le regard fixé sur elle comme s’il étudiait le moindre de ses gestes, s’attendant à ce qu’elle ait peur de lui ou qu’elle soit trop faible pour quitter le véhicule.

— N… Non, ça devrait a… aller. Merci, répondit-elle de cette petite voix qui lui avait visiblement manqué.

Carl se retint de lui proposer sa main et se posta sur le côté, lui laissant un peu d’espace.

Qu’avait-il fait durant ces 8 mois où elle était au centre ? Il s’était secrètement renseigné auprès de Taeliya et Naeliya sur les maladies de la jeune femme, afin de pouvoir comprendre ce que c’était et comment agir. Il avait également demandé à Jess, qui avait été le premier à aider la princesse avec ses crises et angoisses à son arrivée au manoir. Ce qui les avait tous surpris fut que l’ancien mercenaire avait l’air d’être totalement changé par sa rencontre avec Mafia Langlee, au point où lui-même revoyait certaines de ses propres réactions vis-à-vis des deux femmes de leur groupe.

Oui, Carlos Santos s’était plongé dans une aventure psychologique qui le dépassait, mais qui l’avait intrigué et plus particulièrement la thérapie par les couleurs. Il avait vu la jeune femme dessiner et colorier très souvent, surtout pour expliquer certaines choses ou indiquer des émotions quand celles-ci devenaient trop fortes pour elle. On lui avait dit à l’hôpital, et Joe le lui avait confirmé, que Mafia pouvait mettre une couleur sur une émotion et que pour des personnes comme elles atteintes d’agoraphobie, de phobie sociale ou d’autres maladies du genre (et également des traumatismes plus lourds) les couleurs étaient un système de communication assez sophistiqué, mais qui leur permettait de ne pas avoir besoin de trop interagir avec ceux qui les entouraient. Mais il n’avait pas pu aller plus loin, car chacun avait un système bien défini et qui lui était propre.

Il s’était demandé quelle couleur elle lui avait attribué. Si tant est qu’elle en avait une pour lui autre que le rouge ou le noir.

— Quel étage ? Demanda-t-il quand elle fut enfin sortie du véhicule et assez proche pour qu’il la sente lui pincer la veste.

— Deuxième, murmura-t-elle, tête baissée.

Carl referma la porte, verrouilla le SUV et marcha vers le sas d’entrée.

— Il t’a donné les codes et les clés ?

Mafia hocha la tête, fouilla dans sa poche et sortie un badge qu’elle lui tendit. Il plaça sa main à plat, ouverte en grand, ce qui la fit se tendre légèrement. Elle déposa le trousseau comme si ce dernier était fragile. L’Oni ouvrit la première porte avec, puis la deuxième et se dirigea vers l’ascenceur, mais devant la cage, Mafia s’arrêta et lui lâcha la veste. Carl se tourna pour la voir paniquer. Avait-elle peur de ça ?

— Deuxième, c’est ça ? Souffla-t-il.

Elle le dévisagea avant de le voir s’approcher et se pencher en avant.

— Tu te souviens que je t’ai porté plus d’une fois ? Dit-il.

Il la vit rougir et la trouva adorable. Il esquissa même un sourire amusé.

— Je vais le refaire. Je peux ?

Sans attendre, Mafia vint timidement lui entourer la nuque et s’accrocher à lui. Dieu que c’était bon de la sentir contre lui.

Merde, pesta-t-il.

Hé bien, mon ami ! s’amusa le démon.

La ferme…

Barbaros éclata de rire.

L’Oni passa un bras sous les genoux de la jeune femme et la souleva contre son torse, puis se dirigea vers la cage d’escaliers pour grimper jusqu’à l’étage où elle allait vivre à partir d’aujourd’hui. En règle général, Carl était du genre à apprécier la facilité et ce qui lui permettait de gagner du temps. Mais avec Mafia, il allait devoir prendre son mal en patience et choisir les itinéraires les plus longs et complexes pour elle.

Quand ils déboulèrent à l’étage de la jeune femme, elle lui indiqua la porte de son logement et il ouvrit la porte. À l’intérieur, c’était vraiment minimaliste, mais fait pour qu’elle si sente à l’aise. Il la déposa sur le sol du grand salon qu’elle alluma pour qu’ils puissent y voir plus clair.

— Sympa, dit-il, étudiant les lieux, s’approchant de la grande fenêtre et regarda au travers, observant les environs. J’imagine que les filles ont fait des folies.

— Elles… Elles ont proposé de le meubler, mais…

— Laisse-moi deviner, l’interrompit-il sachant pertinemment ce qu’elle allait dire. Tu ne voulais rien et ça te dérangeait qu’elles payent pour toi ?

Il se tourna pour la voir rougir, se frottant les bras comme si elle avait froid. Carl sourit.

— La Princesse était comme ça quand elle est arrivée chez nous, raconta-t-il, reportant son attention sur l’extérieur qu’il étudia avec attention. Elle ne voulait rien de nous ni du patron. Elle voulait tout faire par elle-même.

— N… Naeliya ?

— Pareil. Au contraire qu’elle a une famille qui vivait avec elle. Mais avec Kim, il a très vite pris le pas et tout passait par lui. Maintenant, si elle veut quelque chose, elle se bat avec lui pour savoir qui va être le plus rapide à sortir sa carte bleue, pouffa-t-il se rappelant d’une fois dans un restaurant où les deux s’étaient crêpés le chignon pour régler l’addition. La Princesse et le Chef c’est une autre histoire. Si elle décide que c’est elle qui paye, il obéit.

Mafia sentit une pointe de jalousie, mais aussi trouvait-elle la chose assez romantique.

— Pour ce qui est de Jess et Tristan… Si on doit sortir, ils ne payent rien, ces clébards.

Surprise par le ton amusé et l’insulte, Mafia fit un pas en arrière.

— Désolé, s’excusa l’Oni, revenant vers elle. C’est comme ça que je suis. T’avais oublié, petite fée ?

Ce surnom… Il le lui avait donné après une de ses crises de panique quand l’hôpital avait pris feu. C’était l’un des noms qui lui donnait des papillons dans le ventre et qui faisait que sa tête lui tournait.

Carl sourit.

— Je vais rester ici, ce soir, déclara-t-il.

Mafia le regarda, ses yeux grands ouvert.

Il regarda le salon et avisa le canapé, s’y allongea, un bras derrière la nuque et ferma les yeux.

— J’ai fermé la porte à clé, dit-il. Va te doucher et te mettre au lit.

Il n’eut pas besoin de lui dire deux fois, quelle disparue dans l’instant.

Quand l’eau se mit à couler, Carl souffla. Il sortit son portable pour envoyer un message à ses compagnons, les prévenant qu’il resterait dans l’appartement, afin de s’assurer que la jeune femme soit réellement en sécurité, mais personne n’était dupe. Pourtant, la seule réponse qu’il reçut vint de Kim, mais il se doutait bien que Naeliya était derrière.

« Prends bien soin d’elle ».

— Cette femme est trop perspicace, soupira l’Oni, un léger sourire étirant un coin de sa bouche.

Kim et Samsara ont trouvé la personne qui va leur rendre la vie impossible, s’amusa son démon, tirant sur son cigare.

— Tout comme le chef et Tris’, compléta Carl.

Kaelis espère vraiment que Thomas puisse le voir, mais je ne donne pas cher de leurs peaux si le petit venait à voir la mort…

Rien que de l’imaginer, Carl en avait des sueurs froides. Soudain, l’eau se coupa et une petite voix se fit entendre.

— C… Carl ?

— Qu’est-ce qu’il y a, petite fée ? S’exclama sa voix grave et féroce.

— La… La douche est… li-libre…

L’Oni pouffa.

— Et tu veux que je dorme dans un de tes pyjamas pour fille ?

Il l’entendit émettre un petit hoquet adorable et une porte se ferma.

Barbaros était totalement hilare et Carl avait envie de le faire taire, mais il n’aurait pas dit non à une douche rapide.

Alors qu’il se faisait cette pensée, on toqua à la porte.

L’Oni se redressa et vit Mafia passer la tête par la porte de sa chambre. Son regard inquiet et peu serein lui donnait envie de la protéger.

Fait chier, pesta-t-il.

— Reste dans ta chambre. Je m’en charge, dit-il en se levant pour se diriger vers la porte.

Il jeta un coup d’œil dans le judas pour voir Kim et sa compagne.

— On vient déposer quelque chose ! lança la jeune femme derrière la porte.

— Carl, ouvre cette fichue porte, gronda Kim.

L’Oni souffla.

Il déverrouilla la porte et laissa passer le couple.

— Tiens, dit Kim en tendant un sac de sport à son ami. On est passé par chez toi pour te prendre quelques trucs pour la nuit.

— Merci, mon frère. Je croyais que j’allais devoir dormir avec un pyjama à froufrous, hein
Mafia !

Naeliya le regarda et éclata de rire.

Entendant la voix de sa sauveuse, la jeune femme sortie de sa chambre, habillée d’un t-shirt trois fois trop grand pour elle et probablement un short qui recouvrait son intimité. Carl dû se faire violence et usa de toute sa force mentale pour détourner le regard. Kim lui adressa un clin d’œil complice. Carl lui fit un doigt d’honneur.

— Tu as pu prendre une douche tranquillement ? demanda Naeliya à son amie. Viens, je vais te sécher les cheveux.

Elles disparurent dans la chambre, laissant les deux Oni entre eux.

— Qu’est-ce que tu en penses, mon frère ? Demanda Kim à son ami.

— Tarik a un goût très sûr et je sais que ta technologie est la plus avancée, répondit Carl, bras croisés contre sa poitrine, adossé contre un des murs du salon. Mais…

— Tu ressens le besoin d’être là, sourit Kim qui comprenait très bien ce que ressentait son ami. Cette petite t’a retournée l’esprit.

— Je sais pas comment expliquer la sensation que j’ai…

— Tu veux m’en parler ? Proposa Kim, écoutant sa compagne rire avec son amie dont la voix était étrangement un peu plus audible.

— Elle aime vraiment Naeliya, sourit Carl.

— Alors qu’elle devrait la détester… Je suis soulagé que ce ne soit pas le cas, lui confia le coréen.

La détester ? Oui. Si on devait être honnête, il aurait été préférable qu’elle déteste la responsable de son enlèvement, même si Naeliya était une totale innocente dans cette histoire. Mais elle avait su donner de l’espoir et avait subit une torture que Mafia pensait être de sa faute. Carl le savait, parce qu’il l’avait vu plus d’une fois dans son regard. Mais peut-être que sa condition mentale ou bien son histoire l’empêche de voir Naeliya comme la cause de ce nouveau traumatisme.

— Quoi ?! s’exclama l’ancienne aveugle, visiblement outrée par ce que venait de lui confier la jeune femme. Je vais lui faire bouffer ses yeux à ce connard !

Que pouvaient-elles bien se dire pour que la compagne de Kim se mette soudainement en colère ? La porte de la chambre s’ouvrit en grand devant une Naeliya furax qui se posta droite devant son fiancé, poings serrés sur les hanches.

— Dis-moi qu’il est encore en vie, lui demanda-t-elle avec fureur.

Kim allait passer un sale quart d’heure à devoir se retenir de la prendre dans le salon de Mafia. Elle était si sexy quand elle se mettait en colère.

— De qui tu parles, chérie ?

— N… Naeliya, la supplia Mafia, accrochée à son bras, tentant de la retenir de faire une bêtise.

— Le directeur du centre où elle était, répondit l’interprète.

Kim réfléchit quelques secondes puis lui assura qu’il l’avait effectivement laissé en vie, intrigué, Carl chercha à demander ce qu’il s’était passé, mais le regard que Naeliya lui envoya le fit taire.

— Ma belle, demain je veux que tu restes ici, reprit-elle, plus douce cette fois en s’adressant à son amie. Taeliya sera occupée, mais Laly et ma mère viendront te rendre visite.

— Qu-Qu’est-ce que tu vas faire ?

— Rendre une petite visite à quelqu’un…

***

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