Chapitre 9

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Carl se réveilla, allongé dans le canapé de la jeune femme chez qui il avait dormi. Le soleil commençait à peine à se lever et il pouvait entendre des bruits de pas rôder autour de la porte de l’appartement. Le couple d’hier était-il revenu pour tenter de fouiner ? Il se leva, poussant un long soupir.

Envie de te divertir, mon ami ? demanda le démon à l’Oni.

Je veux juste que Mafia dorme encore un peu.

Laisse-moi m’en occuper.

Carl ne devrait pas, mais sa simple présence ne les avaient visiblement pas suffi la veille à son arrivée, alors pourquoi ne pas tenter l’expérience pour les traumatiser définitivement ?

— Je peux vous aider ? entendit-il derrière la porte alors qu’il s’en approchait.

— Vous êtes qui ?

— Pourquoi je devrais vous répondre ?

Naeliya… pensa Carl.

Il déverrouilla la porte et ouvrit pour s’afficher, un regard assombrit, signe que le démon était de sorti.

— Monsieur, le salua l’ancienne aveugle, un sourire mutin sur les lèvres.

— Mademoiselle Clark, répondit la voix dédoublée de l’Oni qui résonnait sombrement dans le couloir silencieux. Je peux savoir ce qu’il se passe ?

— Je suis tout aussi curieuse que vous, dit Naeliya.

— Êtes-vous venue seule, ma chère ? demanda Barbaros sous les traits de Carl.

— Mon fiancé arrive.

— Un… Un autre Oni arrive ? bégaya la fouineuse.

— J’ai l’air de blaguer ? gronda Naeliya.

— Chérie ?

— Kim, sourit-elle, se tournant vers le coréen qui fixa son regard sur elle, puis le passa sur son ami et l’intruse.

— Il se passe quoi ?

— J’ai trouvé cette personne et un autre tentant de découvrir qui vivait dans ce logement, répondit Carl avec cette voix sombre et caverneuse.

Kim tiqua.

— On devrait rentrer, dit Naeliya. Je devrais demander à Tarik de vérifier la sécurité de son immeuble et de s’assurer que ce genre de chose ne se reproduise pas.

Entendant le nom du propriétaire, Darla se figea. Cette femme le connaissait et parlait de lui avec autant de familiarité ? Qui était-elle ? Comment pouvait-elle convoiter quelqu’un qui n’était pas pour elle ? Sa colère et sa frustration augmentèrent en elle, mais le grondement des deux Oni la fit déguerpir. Qui était cette femme, bordel ?!

— Monsieur Barbaros, le salua Naeliya, un léger sourire sur les lèvres.

Le démon le lui rendit, inclinant légèrement la tête.

— Mademoiselle Clark. Entrons.

Il s’effaça pour les laisser passer et referma derrière lui.

Alors qu’ils entrèrent dans la grande pièce, un bruit se fit entendre dans la chambre.

— Je crois qu’elle est réveillée, sourit Naeliya. Préparez-lui quelque chose, je vais m’occuper d’elle.

Sans attendre que Carl ne fasse la moindre remarque, la compagne de Kim disparue dans la chambre, entrant doucement pour ne pas effrayer son amie qui la salua avec une voix endormie.

— Naeliya ? Qu’est-ce que tu fais là ?

— Je viens en visite, répondit la jeune femme, fermant la porte derrière elle.

Après quelques minutes, elles sortirent et découvrirent une table remplie de nouritures.

— Bonjour, Mademoiselle Langlee, la salua Kim.

— Bon… Bonjou… r bredouilla-t-elle.

Son regard accrocha celui de Carl qui hocha la tête.

— Viens, dit Naeliya en la guidant vers un bout de la table. Mangeons un peu.

Mafia se laissa faire et l’Oni espagnol lui servit une tasse de chocolat chaud, ainsi qu’une petite assiette de pains grillés.

Naeliya et Kim les regardèrent, ne pouvant cacher un sourire complice.

Pendant qu’ils prenaient le petit-déjeuner dans un silence agréable, simplement ponctué de quelques paroles ci et là, Mafia se sentit un peu plus sereine. Son amie était là et l’Oni aussi. Même si Kim la terrifiait toujours autant, le côté adoucit face à sa fiancée rassurait un peu la pauvresse qui n’osait le regarder directement.

Une fois la table débarrassée, Mafia se rendit dans la salle de bain pour se changer. Dans le salon, Carl fixa Naeliya du regard.

— Mon frère, s’exclama Kim de cette voix basse qui attira l’attention de son ami. Si tu as quelque chose à dire, fais-le.

— Je ne sais pas par où commencer, mon frère, souffla Carl. Mais ta compagne est la seule, actuellement à savoir pour nous et à avoir réussi à nous guider dans notre fonctionnement.

— Carl, l’interrompit la jeune femme. Qu’est-ce que tu veux savoir ?

— Naeliya, je sais que je vais en demander beaucoup alors que tu es à peine guéri. Mais…

— C’est à propos d’elle, n’est-ce pas ?

Carl hocha la tête. Il leur expliqua alors cette sensation qui ne le quittait plus depuis sa première rencontre avec la fille dans la salle de torture, puis ce lien qui semblait les réunir depuis des temps anciens. Il leur avoua également que son démon avait l’impression de la connaître aussi, mais n’arrivait pas à se remettre en mémoire le « où ».

Après un moment de monologue, Naeliya se laissa aller contre le dossier de sa chaise, bras croisés contre sa poitrine et se mit à réfléchir.

— Je ne suis pas une professionnelle dans ce domaine, dit-elle après qu’une idée lui vint. Mais je peux essayer quelque chose que mon père m’a appris.

— Me dis pas que tu veux essayer la boite à musique de ton père ! s’exclama Carl.

— Non. Autre chose. Mais j’ai besoin que Mafia y participe.

— Participer à… quoi ? demanda la petite voix de l’intéressée.

— Tu as fini ? Sourit Naeliya en se levant. Viens. J’ai besoin de te poser quelques questions.

Intriguée et peu sereine, elle se laissa guider vers la table, n’osant regarder Kim et Carl.

— Mafia, est-ce que tu as déjà eu la sensation de connaître quelqu’un, sans savoir si tu l’as vraiment vu et où ? l’interrogea Naeliya, mettant directement les pieds dans le plat.

La jeune femme se figea et lui adressa un regard grand ouvert.

— Co… Comment tu le sais ?

Le trio se tut, la dévisageant étrangement.

— Qui ? Kim ? Tarik ? Le chef ou… Carl ?

À chaque nom, Mafia secoua négativement la tête jusqu’au dernier où elle se stoppa net. Son regard timide fit un léger mouvement vers lui.

— Donc tu as aussi cette sensation de le connaître…

— Aussi ?

— Est-ce qu’il t’arrive des choses étranges ? l’interrogea son amie.

— Co… Comme quoi ?

— Des rêves ? tenta Naeliya.

— Oui…

Mafia lui décrivit la grotte et le bateau à moitié détruit et pourrissant sous l’humidité et cette chose qui ne cessait de l’observer dans l’ombre, son regard lumineux et la fumée d’un cigare qui n’avait pas l’air de diminuer.

Le trio se figea.

Ce qu’elle décrivait était parfaitement la zone de rêve de Barbaros et Carl. Comment pouvait-elle savoir ça, sans qu’ils ne l’aient jamais vu ? Le démon chercha à comprendre, mais il ne pouvait y arriver, le frustrant énormément.

— Mafia, j’ai besoin que tu m’aides pour quelque chose, dit alors Naeliya, l’air plus grave. Carl, je pense que je vais devoir avoir besoin que vous soyez tous les deux côte à côte.

— Dis-moi et je fais, petite femme, dit l’Oni.

— Le lit de Mafia est assez grand pour vous deux, dit-elle. Ma chérie, est-ce que tu nous autorise à l’utiliser pour cette expérience ?

Elle hésita, mais curieuse, accepta tout de même. Ils s’y dirigèrent et s’installèrent, l’un à côté de l’autre, dans le grand lit encore chaud de la nuit qu’elle avait passé roulé en boule sous sa couette chaude.

— Je vais avoir besoin d’une totale coopération de tout le monde, même toi, mon amour.

— Je suis à tes ordres, répondit Kim, prenant place sur un fauteuil.

— Je ne sais pas si tu la verras, lui dit-elle, un léger sourire sur les lèvres.

— Fais ce que t’as à faire, Nael’.

— Mafia, tu es prête ?

— Je…

Carl lui toucha les doigts.

— Tout ira bien, je te rassure, fit son amie. Fais-moi confiance. Dites-moi quand vous êtes prêts.

— Vas-y, dit Carl.

Naeliya chercha dans sa mémoire à se rappeler de ce que son père lui avait apprit sur l’hypnose militaire. Elle leur donna des instructions et s’attela à les connecter pour les endormir.

— Carl, Barbaros, Mafia… Cherchez-vous. Rappelez-vous un instant terrifiant qui serait le déclencheur de votre lien. Remontez le fil. Souvenez-vous de ce moment qui vous aurez mené à vous croiser devant la mort. Quand, où et comment ? L’époque est importante, autant que la situation, dit-elle.

Ses paroles se répercutèrent en échos dans l’esprit des deux endormis qui tentaient de respecter ses instructions.

Mais quand Mafia se fit happer dans une période que son esprit avait cherché à supprimer de son cerveau, un cri terrifiant sortie de sa gorge.

— Kim, trouve-les.

***

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