Chapitre 10

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Où était-elle ? Mafia avait l’impression que le néant l’avait noyé et qu’elle n’arriverait jamais à s’en sortir.

— N… Naeliya ? appela-t-elle. Naeliya ?! Où tu es ?! Naeliya…

Les larmes commencèrent à couler sur ses joues, lui brouillant la vue.

— Où est-ce que je suis ? J’ai peur…

Elle s’entoura de ses bras, comme pour se protéger d’un froid imaginaire, mais qui pourtant la gelait réellement.

Trouvez la période qui a été la plus traumatisante, entendit-elle provenir de loin. Il faut que vous vous souveniez de la fois où vous avez rencontré la mort, ensemble.

Très rassurantes comme paroles, pensa Mafia.

Mais elle était intriguée par les directives. Quelle période traumatisante ? Sa vie l’était depuis le début. Il n’y avait aucune fin à son trauma, alors quelle période pouvait bien être celle dont parlait Naeliya ? Était-ce quelque chose qu’elle avait oublié volontairement ou parce qu’elle était beaucoup trop petite pour ça ?

Mafia. Trouve la chose qui t’observe depuis le bateau, indiqua Naeliya. Essaye de te rappeler depuis quand tu la vois. Il faut que tu te souviennes.

Facile à dire. Elle-même ne savait pas depuis quand elle voyait cette chose l’observer dans l’ombre. Mais pourquoi pas essayer de recréer la scène du bateau ? Peut-être que ça pourrait la mener à quelque chose de tangible ? Mafia ferma les yeux et tenta de se rappeler la scène du bateau, dans cette grotte sombre et pourtant incroyable.

Doucement, l’ambiance changea et quand elle ouvrit les yeux, elle ne put s’empêcher de pousser un soupir. Ce n’était pas vraiment le bateau, mais elle était effectivement bien dans la grotte.

— Qu’est-ce que tu fais là, petite fille ? Entendit-elle provenir d’un coin sombre où deux yeux d’un vert émeraude éclatant l’observait.

— Qui… Qui êtes-vous ? Pou… Pourquoi vous m’observez ? Bredouilla-t-elle, surprise que la chose lui parle enfin, après des années de silence.

— Tu devrais le lui demander, l’entendit-elle sourire tout en regardant quelque chose derrière elle.

Alors qu’elle tourna la tête pour voir de qui ou de quoi la chose parlait, Mafia se figea. Carl était là, l’observant comme s’il n’y croyait pas ou qu’il avait vu un fantôme.

— Bordel, gronda-t-il. T’es vraiment là, petite fée…

Tremblante, elle n’osa bouger.

Que devait-elle dire ou faire ? Où étaient-ils ? Qu’est-ce que c’était que tout ça ? Puis une douleur lui vrilla le cerveau, lui faisant pousser un cri strident et terrifiant avant de s’effondrer sur la pierre de la grotte.

— Mafia ! s’écrièrent démon et Oni en chœur, se précipitant sur elle pour la rattraper.

[…]

J’en peux plus de cette gosse ! s’exclama une femme, hurlant comme si le monde lui en voulait, faisant de grands gestes théâtraux.

Mafia ouvrit les yeux et vit sa mère, hurler dans la rue, la tirant comme si elle était un boulet accroché à sa cheville.

Fallait pas me demander d’en faire, grommela un homme juste à côté d’elle, marchant les mains dans les poches.

Parce que tu crois que j’en avais envie ? Regarde-la ? Elle est même pas jolie en plus ! Elle me ressemble pas !

T’as qu’à la vendre, proposa son compagnon qui se trouvait être le père de Mafia.

Pourquoi se rappelait-elle de ce moment ? Elle se rappelait vaguement de cette journée, mais très clairement de la conversation que ses parents avaient eu tout en l’accompagnant à l’école. Elle était âgée d’à peine 8 ans.

Toi ferme bien ta grande gueule, gronda la femme, adressant un regard noir à son compagnon qui haussa les épaules.

Arrête de te plaindre, alors.

Quant à toi, dit la femme en se tournant vers la petite qu’elle tirait avec force. T’as pas intérêt à ouvrir ta bouche à l’école. T’as compris ?! Sinon, crois-moi que tu ne reverras plus jamais le jour !

La menace. Oui, Mafia se souvenait de cette phrase, mais n’arrivait plus à se rappeler de ce qui venait ensuite.

Soudain, une voiture explosa juste à côté d’eux, soufflant le couple. Mafia fut propulsée sur la route, sa tête tapant le bitume trop fortement, lui causant une comotion. Du sang coulait de son front, comme une chute d’eau.Hébétée, Elle tourna la tête, cherchant ses parents du regard, mais ceux-ci s'étaient probablement enfuit, la laissant seule sur cette route, une voiture en feu juste à côté et des gens en paniques qui courraient partout.

Maman ! pleura-t-elle. Papa ! J’ai mal !

Mais personne ne l’écoutait et ses parents encore moins. De toute façon, l’avaient-ils déjà fait ? Bien sûr que non…

Mais alors qu’une seconde explosion retentit, lui soufflant au visage un air chaud, voire brûlant, une paire de bras robuste la souleva, tandis qu’elle perdait conscience.

Eh, petite, retenti une voix grave et forte. Tu m’entends ? Eh ! Reste avec moi ! Où sont tes parents ?

La seule chose que la petite vit avant de sombrer dans le néant, fut les yeux vert émeraude du jeune homme. Puis… Plus rien.

Sans doute était-elle morte ou juste dans un coma relativement profond, mais à son réveil, ses parents étaient là, feignants l’inquiétude.

Oh, ma chérie ! s’exclama la mère venant lui prendre la main et caresser du bout des doigts sa joue. Tu es enfin réveillée !

Dommage, grommela le père, un peu plus loin, installé sur un siège, téléphone à la main. Ils ont dit que tu étais morte durant quelques minutes. Un soi-disant « bienfaiteur » t’aurais sauvé et amené ici…

Mais ferme-la, bon sang ! On va nous entendre ! gronda la femme cherchant à faire bonne figure pour donner l’illusion d’une famille soudée et non de montrer la maltraitance que subissait cette enfant.

L’homme se leva, posa sa main sur le bras endolori de Mafia et serra un peu trop fort, puis se pencha pour dire d’une voix assez forte :

Je suis si heureux que mon petit cœur soit enfin de retour parmi nous !

Mafia en eut la nausée et le cœur brisé. Mais rien ne valait les visages emplis de dégoût du père et de la mère.

Quand Mafia se rendormir, elle préféra taire ce souvenir ainsi que ce regard émeraude qui lui avait porté secours.

[…]

La jeune femme se réveilla enfin. Son regard chercha à se raccrocher à quelque chose, mais tout ce qu’elle vit fut cette grotte et le bateau, puis la chose au regard rougeoyant qui la fixait, mais l’atmosphère avait changé.

— Bon retour, ma chérie, entendit-elle.

Son visage se tourna pour voir qu’elle avait la tête posée sur les cuisses de Naeliya et que Kim était également dans son rêve.

— Co…

— Est-ce que tu te rappelles, maintenant ? lui demanda la jeune femme, caressant tendrement ses cheveux, un doux sourire sur les lèvres.

Mafia hocha la tête et se mit à pleurer. Son amie la prit dans ses bras, cherchant à l’apaiser.

— Je suis morte, dit-elle, après quelques instants.

Elle raconta ce souvenir qu’elle avait enfoui au plus profond de son esprit, pour ne plus avoir à y faire face, les larmes noyant son visage.

— Donc, fit une voix que Mafia ne reconnut pas. Son lien avec nous et surtout eux, c’est l’attaque ?

— C'est bien ça, Monsieur Samsarra, dit Naeliya.

— Qu’est-ce qu’on doit faire ? repris la voix.

— Elle doit savoir. Son lien avec Carl et Monsieur Barbaros est ce souvenir et son sauvetage, expliqua Naeliya.

— Restez ici, dit alors Kim. Je reviens.

Perdue, Mafia voulu tourner la tête pour comprendre ce qu’il se passait, mais son amie m'en empêcha.

— Pas encore, lui dit-elle avec douceur. Attends encore un peu et tu comprendras tout. Je te le promets.

Est-ce que Mafia pouvait lui faire réellement confiance ? Que lui cachait-elle ? Pourquoi la chose qui l’épiait dans ses rêves était-elle là ? Qui était ce fameux « Monsieur Samsarra » à qui parlait Naeliya, juste avant ? Et pourquoi se retrouvaient-ils tous dans son rêve ?! Tant de questions auxquelles son amie était visiblement résolue à ne pas répondre, pour l’instant du moins.

[…]

Il fallut attendre une bonne demi-heure, avant que Kim ne revienne. Mais il n’était pas seul. Du bruit se fit entendre et la voix de Taeliya retentit :

— Mafia ! Naeliya !

— Coucou, sourit l’ancienne aveugle, accueillant son amie. Elle va bien, pour le moment, mais je ne pouvais pas faire ça sans votre accord.

— Vous avez bien fait, Mademoiselle Clark, tonna la voix sombre et grave de l’Oni en chef qui salua celle-ci.

— S’il y a bien une chose que j’ai apprise avec les Oni, c’est qu’un secret ne se dit jamais seul, sourit-elle.

Taeliya lui renvoya le même sourire complice, se rappelant de la façon dont elle-même avait découvert leurs existences.

— Femme intelligente, confirma Noah, jetant un coup d’œil à Kim.

— Qui… tenta Mafia.

Mais la jeune femme fut coupée par le chef de cette bande impressionnante et dangereuse.

— Nous devrions changer de rêve. Chérie, est-ce que tu peux nous ramener au QG ?

— Je… Je vais essayer. Naeliya ? Répondit Taeliya, peu assurée de pouvoir y arriver.

Son amie lui tendit la main, restant assise sur sa pierre, Mafia contre elle, lui bloquant toujours la vue.

— Tu vas réussir, l’encouragea l’ancienne non-voyante. Prend une grande inspiration et ferme les yeux. Tu es celle qui guide. Il te suffit d’y penser pour que la scène change.

Encouragée, Taeliya suivit les instructions de son amie et s’exécuta. Comme si la magie existait, la grotte devint une forêt sombre et pourtant paisible.

— Tu es superbe, mon ange, dit Noah, venant lui embrasser le front.

Avec l’arrivée de Naeliya dans leurs vies, beaucoup de choses avaient changé et ils avaient pu comprendre encore plus sur le fonctionnement de leurs rêves et de leurs destinées. Savoir que leur princesse avait cette dernière en tant qu’aide principale, rassurait grandement Noah et ses Oni. Mais quel rôle aurait Mafia ? Si tant est qu’elle ait vraiment un rôle à tenir…

— Descendons, ordonna sa belle, ouvrant la marche. Kim et Naeliya restèrent en arrière, cachant toujours la vue à la petite accrochée à son amie.

Carl passa devant avec son démon et Samsarra, afin d’éviter de la faire paniquer. Kim ferma définitivement la marche. Ils déboulèrent dans une salle qui ressemblait à une pièce de réunion dans un bunker fortifier. Une fois la porte coupe-feu fermée, Naeliya et son amie ne bougèrent pas.

— Naeliya, dit la princesse. Laisse-la les voir.

Inclinant légèrement la tête, celle-ci s’écarta de Mafia qui se raidit.

— Tout ira bien, ma chérie. Personne ne te fera du mal, tu as ma parole, lui assura la compagne de Kim, un sourire tendre sur le visage. Je te tiens la main. Quand tu te sens prête, tourne toi, doucement.

Mafia hocha la tête, mais était-elle vraiment prête à découvrir ce secret que les deux femmes semblaient partager et qui avait l’air si lourd que les Oni semblaient tendus ?

— Je suis avec toi. Je n’en ai pas peur, lui dit Naeliya. Taeliya et Jess non plus.

Naeliya s’écarta d’un pas, sans lui lâcher la main. Mafia ferma les yeux et chercha à ralentir sa respiration beaucoup trop rapide.

Elle se tourna enfin et releva la tête pour affronter le spectacle horrifiant qui lui faisait face.

***

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