Chapitre 11

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Mafia se figea totalement.

Ce qui se trouvait devant elle n’était pas ce à quoi elle se serait attendu. Sa première réaction fut de vouloir fuir, mais son corps était comme figé, impossible d’esquisser le moindre mouvement. Elle serra alors la main de son amie, qui ne l’avait toujours pas lâchée.

— Tu as peur, n’est-ce pas ? fit Taeliya, légèrement attristé, mais compréhensive.

Elle était installée sur un siège, président la longue table, son mari debout d’un côté du fauteuil et une créature ignoble de l’autre. Tout autour, installés comme s’ils participaient à un meeting de travail, chaque Oni se trouvait à côté d’un monstre hideux et terrifiant. Était-ce là le terrible secret qu’ils cachaient au monde entier ? Puis, son regard se posa sur Carl et la chose à côté de lui et son corps se détendit légèrement.

— Petite fée, dit la créature, tirant sur son cigare.

— C… C’était… Vous ? bredouilla-t-elle.

La chose sourit, son regard rougeoyant semblant rieur.

— Cela aura prit longtemps avant que nous recollions les morceaux, ma chère, fit la chose au large chapeau de pirate à l’ancienne.

— En… En effet… Na… Naeliya ?

Cette dernière lui sourit, lâchant sa main, pour la tendre à la créature en costume ancien coréen, un masque de démon sur le visage qui n’attendait, visiblement, que ça. Kim entoura la taille de sa compagne de son bras féroce et la guida à leur place, proche de Carl et à la droite de Taeliya. Mafia, debout seule devant cette assemblée terrifiante, voulu la retenir, mais elle compris que quelque chose de très important était en train de se jouer devant elle et qu’elle devait être forte pour encaisser ce qui allait se passer ou lui être dit. Pourtant, les regards des deux femmes pour qui elle s’était pris d’affection, n’avaient pas changé. Ils étaient doux, amicaux et surtout confiants. Elle prit alors une longue respiration et le chef de cette bande lui demanda de prendre place sur un siège, face à eux. Timidement, le corps tremblant, elle s’exécuta. Une fois installée, le dos droit, les mains posées sur ses cuisses, Mafia attendit.

— Tu veux commencer, mon ange ? demanda l’Oni à sa femme.

— Il vaut mieux que ce soit toi qui lui explique. Naeliya et moi, nous nous chargerons du reste, répondit la jeune femme.

— Comme tu le souhaites. Mademoiselle Langlee !

— Ou… Oui ! s’écria-t-elle, surprise et terrifiée par la voix de l’homme qui se redressa de toute sa taille pour lui faire face.

— Doucement, le gronda Taeliya. Souviens toi de mon arrivée ou de celle de Naeliya. Mafia a assez subit pour que tu lui fasses encore plus peur.

— Pardon, pardon, mon amour.

— Mafia, reprit Taeliya. J’imagine que tu as beaucoup de questions à nous poser. Mais sache qu’ici, personne ne te fera de mal. Tu sais qui je suis, n’est-ce pas ? En dehors de mon nom, bien entendu.

La jeune femme hocha la tête. Bien sûr qu’elle avait entendu parler de la princesse qui dirigeait cette bande terrifiante et sanguinaire.

— Bien. Tu connais déjà mon mari, dont le nom ne sera jamais connu, pour une raison qui m’est propre. Les Oni, mon père et moi-même et nos enfants le connaissent, mais je préfère ne pas le divulguer publiquement. Tu comprends, j’espère ?

— Ou… Oui, Ta… Taeliya, répondit la jeune femme qui la remerciait de ne pas le lui dire de peur de se voir mourir le jour où elle oserait le prononcer ou qu’elle l’aurait dit par mégarde.

— Bien, sourit la princesse des démons. D’abords, je pense qu’un tour de table s’impose. Même si tu les connais, tu ne dois probablement pas savoir qui ils sont réellement. Tu connais déjà mon mari, Kim qui est le secrétaire des Oni et l’un des seconds de l’Oni. Carl qui est le deuxième. Messieurs ?

Un homme sur la gauche de Taeliya se leva. Mafia le reconnu.

— Mon nom est Tarik, dit-il. Mais nous nous connaissons, n’est-ce pas ?

— Ou… Oui, monsieur, rougit Mafia.

Un autre se leva, puis un à un elle fut présentée à chacun des Oni. Pui, le chef reprit.

— Avant de vous présenter nos compagnons, il faut que vous sachiez qui ils sont pour nous. Ils représentent notre partie lla plus sombre qui s’est réveillée avec la mort. Nous sommes connu comme les Oni, mais ce qui fait réellement notre réputation est la violence qui nous caractérise et qui vient d’eux. Avez-vous entendu du sauvetage de ma femme, il y a quelques années avec l’éradication de tout un hôtel particulier ?

Mafia réfléchit, puis se figea, blême.

Noah sourit.

— Je vois que c’est le cas.

— Vous voulez dire que…

— En effet, jeune fille, répondit la créature derrière Naeliya. C’était bien nous. Nous ne pouvons sortir de leurs corps, mais pouvons partager leurs esprits et interagir avec leurs corps. Samsarra, pour vous servir.

La créature masquée s’inclina légèrement avec élégance.

— Je… Je vois… bredouilla la jeune femme, mal à l’aise sur son siège.

— Mafia, reprit alors Taeliya. Il est important que tu écoutes cette partie. Grâce à Naeliya, nous avons compris que si nous avons vu la mort en face, il nous est possible d’être liées aux démons des Oni et de devenir leurs compagnes. Pour le cas de Jess, il est le compagnon de Tristan.

Naeliya se leva.

— Ce n’est pas une sorte de magie, ma grande, expliqua cette dernière. Encore moins une hallucination collective. J’aurais clairement préféré me passer de ma première vision en atterrissant dans le rêve de Kim.

— Et qu’auriez-vous préféré voir, Mademoiselle Clark, demanda Noah, amusé.

— Oh ! Kim en maillot de bain allongé sur une plage de sable fin ?

Tout le monde éclata de rire autour de la table.

— Ça peut toujours s’arranger, chérie, la taquina l’homme derrière elle, lui embrassant la gorge.

— Pitié, Nael’ ! s’exclama la princesse, plaçant ses deux mains sur ses yeux, écartant ses doigts, ne pouvant s’empêcher de sourire.

Noah appréciait cette femme pour sa façon de faire rire la sienne et de la comprendre. Son humour décalé et son franc parlé, malgré son passé et les choses qu’elle avait subit tout au long de sa vie, faisaient qu’il avait un respect immense pour elle.

— Quoi qu’imaginer Samsarra en maillot de bain sur la plage ne serait pas de refus non plus, dit alors Naeliya.

— Pitié, Mademoiselle Clark ! l’implora Kaelis totalement illare. Je veux pas voir ça !

— De quoi je me mêle ?! gronda le démon coréen à son ami.

— J’ai une vision d’horreur, merci… se plaignit un démon.

— De rien, sourit l’ancienne non-voyante, un sourire mutin sur les lèvres. Mais revenons à vous Messieurs. Mafia, je sais que tu voyais Barbaros dans tes rêves.

— Barba-ros ?

— Oh, pardon… Taeliya, je pense que…

— Oui. Kaelis ?

— Vos désirs sont des ordres, Princesse, s’inclina la créature réptilienne. Je m’appelle Kaelis. Je suis le démon de cet Oni et le protecteur de leur famille.

— Vous me connaissez déjà, jeune fille, fit Samsarra.

Petit signe de tête.

— Mon nom est Barbaros ! S’exclama la voix sombre et moqueuse du pirate en décomposition, jouant avec la fumée de son cigare. Je suis le démon de ce mercenaire de Carl. Et votre protecteur, ma chère.

Protecteur ? Elle aurait bien quelques plaintes à lui faire, mais étant trop terrorisée pour dire quoi que ce soit, se retint de prononcer le moindre mot, se contentant simplement d’hocher la tête. Un à un, elle fit la rencontre des démons qui habitaient les esprits des Oni. C’était beaucoup d’informations en si peu de temps, mais elle comprenait maintenant tout un tas de choses et pourquoi ces trois là semblaient toujours si complices sans qu’elle ne puisse participer.

— Mademoiselle Langlee, intervint l’Oni en chef. Sachez qu’à partir de maintenant, votre vie ne vous appartient plus entièrement. Notre secret ne dois JAMAIS être divulgué. Bien que ça ne nous ferait rien, nos ennemis pourraient l’utiliser contre le clan ou contre nous en cherchant à maîtriser notre part sombre. Mademoiselle, comprenez-vous ce que je viens de vous dire ?

— Ou… Oui, Monsieur… Mais…

— Ma chérie, fit Naeliya, se levant pour faire le tour de la table et s’agenouiller à côté d’elle. Ce n’est pas une menace de mort, ce que le chef te dit, ma belle. C’est à la fois pour te protéger et pour leur sécurité. Tu te souviens du petit Elios ?

— Oui… souffla Mafia.

— Si le secret est avoué, le petit prince sera en grand danger.

— Lui… Lui aussi peut les… les voir ?

— Oui et il y est très attaché. Notre devoir, en tant que compagnons d’Oni et de démons, est de protéger Taeliya et Elios. Thomas est mis également sous protection.

— Mon plus jeune ne peut pas les voir, avoua Taeliya.

— Oh, je… je vois… Qu’est… Qu’est-ce que je dois faire ? demanda Mafia, comprenant alors l’enjeu terrifiant qui se jouait devant elle depuis, visiblement, des années.

— Il faut d’abord que je t’explique quelque chose de cruciale, reprit son amie. Taeliya, Jess et moi pouvons interagir avec les démons parce que nous avons cotoyé la mort. Ce n’est que comme ça que nous devenons les « moitiés ».

— Co… Comment-ça ? Demanda la jeune femme, intriguée. Je suis…

— Morte dans les bras de Carl, oui. C’est là ton lien avec lui et Barbaros. Même si chaque mort ne mène pas forcément à former un lien avec un Oni, c’est une chose assez complexe. Mais pour les voir, Eux, il faut avoir touché la mort de très prêt.

Mafia, horrifiée, compris alors que ces trois-là l’avaient vécu et que le petit garçon aussi. Des larmes coulèrent sur ses joues, sans interruption. Naeliya se redressa pour la prendre contre elle et lui caresser les cheveux, tentant de l’apaiser.

— Tout va bien, murmura-t-elle. Nous sommes tous en vie et protégés. Nos Oni et nos démons sont ceux qui nous protègent et nous nous devons de faire de même.

— Quel… Quel est ton rôle dans…

— Dans tout ça ? Je suis le bras droit de Taeliya. Ma condition me permet de comprendre le fonctionnement des rêves et du monde particulier des Oni.

— C’est grâce à Naeliya que nous avons pu découvrir tout ce qu’on a pu te dire aujourd’hui, compléta Taeliya avec douceur.

— Mais toi, ma douce. Je sais que tu peux nous aider, fit son amie qui se pencha légèrement.

— Co… Comment ? Je… Je n’ai rien à pro… proposer ! S’exclama Mafia.

— Si, l’assura Naeliya, surprenant tout le monde autour de la table. Tes couleurs, ma belle. Tu sais parler avec les couleurs.

— Nael’ ? L’interpella Taeliya, qui n’arrivait pas à comprendre le lien entre la pathologie mentale de leur amie et sa façon de communiquer avec les Oni.

C’est alors que la jeune femme expliqua :

— Avec de l’entrainement, tu as pu maîtriser les armes, Tael’. Si je m’entraîne assez, après m’être totalement remise, je pourrais faire de même et te protéger, tout comme je pourrais le faire avec ma famille. Mais toi et moi avons une perception du monde différente et une sensibilité qui nous est propre. Pourtant, Mafia a quelque chose que nous n’avons pas. Elle peut utiliser le monde avec une couleur pour décrire son environnement et donc, avertir de danger ou mettre tout le monde à l’abrit.

D’abord perdu, Carl comprit peu à peu où voulait en venir la fiancée de son frère d’armes. Kim tiqua.

— Chérie, tu veux dire que si ton amie est bien entrainée, elle pourrait…

— Oui. Je le crois. Ce sera difficile et ça lui demandera beaucoup d’énergie, mais je sais qu’elle peut être utile à tous et surtout à elle-même.

Le regard brillant de confiance et de certitude qu’elle adressa à Mafia fit refluer des larmes. Quelqu’un croyait en elle. Quelqu’un pensait qu’elle pouvait apporter quelque chose de positif, malgré son handicap. Quelqu’un qui avait vu la mort plusieurs fois et qui l’avait protégé et sauvé souhaitait l’aider pour devenir une personne sur qui cette bande pourrait compter. Elle pourrait enfin être redevable à Carl. Son regard glissa vers l’espagnole et sa créature qui ne la lâchaient pas du regard.

— Tu penses vraiment que c’est possible ? Demanda Jess, quelque peu sceptique.

— Tu es bien devenu un mafieux qui protège Taeliya et ses enfants, répliqua la jeune femme. Pourquoi Mafia ne pourrait pas être notre protection ? Je ne te force pas la main, ma grande. Mais chaque personne qui entre dans ce groupe doit trouver son rôle et surtout prouver son utilité. Notre mission est de faire en sorte que notre princesse et ses petits ne soient pas mis en danger, tout en nous protégeant nous-mêmes. Tu penses pouvoir essayer ?

— Je…

Soudain, Samsarra s’agita.

— Jeune femme ! Quelqu’un essaye de rentrer dans l’appartement.

— Kim.

— J’y vais, répondit l’Oni avant de disparaître.

— Mafia, ceci n’est pas un simple rêve, dit alors Naeliya, la tenant par les épaules. Ici, tu seras en lien avec nous et surtout avec Carl et Barbaros. Je pourrais t’expliquer comment utiliser les rêves, tout comme Taeliya et moi le faisons.

— Si tu as des questions, fit Taeliya, se levant à son tour. Nous y répondrons dans l’après-midi, chez moi. Allons-y.

Mafia paniqua.

— Nael’, co… comment je fais pour me réveiller ?! Je… Je ne sais pas comment faire, je…

— Prends-lui la main, dit-elle en montrant l’espagnol qui s’approchait. Prends une grande inspiration et ferme les yeux. Laisse-toi guider par Carl.

Timidement, la jeune femme glissa ses doigts dans la grande main de l’Oni et obéit.

Quand elle rouvrit les yeux, Carl était assis sur le bord du lit, les coudes sur les genoux et le corps arqué en avant. Dans le salon, une femme criait.

— Ne t’approche pas, petite fée, gronda-t-il. Laisse Kim et Naeliya s’en charger.

***

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