Chapitre 16

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Maintenant !

Barbaros se laissa gider vers la jeune femme, la touchant grâce à Carl.

— Bon voyage, mon ami, murmura l’Oni au démon.

— On se retrouve de l’autre côté, mon ami, répondit le pirate.

Carl sentit une douleur atroce lui vriller le crâne. La douleur était si intense qu’il faillit lâcher la main de Mafia ou la lui broyer.

— Kim, Tarik, ordonna Noah, envoyant ses deux plus robustes hommes contenir leur frère d’armes.

— Carl, essaye de maîtriser ta force, s’exclama Taeliya. Tu vas faire mal à Mafia !

— Carlos Santos, appela Naeliya d’une voix encore plus froide et tranchante qu’une lame.

Sa froideur piqua l’Oni qui sentit sa morsure comme celle d’un serpent. La glace lui transperça la peau, contre balançant avec la douleur immonde qu’il ressentait de la disparition de son compagnon démoniaque. Mais l’attitude de l’interprète choquait. Elle était connue pour son courage, sa joie, ses sourires, ses rires, son franc parlé, mais jamais ils ne l’avaient entendu parler de la sorte.

Mieux valait faire profil bas. Ce qu’ils firent tous. Personne ne parla, aucun Oni, aucun démon. Le silence était total, en dehors des grondements de douleur de Carl.

— Oni, ne m’oblige pas à te paralyser, dit-elle, endossant le vilain rôle.

— Essaye pour voir, la défia l’homme.

Il savait que sa folie le mènerait à sa perte, mais il avait besoin de ça pour ne pas faire de mal à Mafia. Il devait supporter l’absence de sa part sombre pour réveiller sa belle qui devait attendre dans l’ombre, effrayée et seule. Est-ce que Barbaros réussira à passer ?

Mais son erreur était de faire face à Naeliya. Fille d’un ancien colonel des armées, un agent qui connaissait les tortures les plus atroces et elle était fiancée à Kim. Le pire d’entre tous quand il s’agissait de torturer les gens. Il se rappelait encore de l’homme qui avait osé faire du mal à la jeune femme. Son cadavre devait encore pourrir dans cette salle, si tant est que personne ne l’ait trouvé.

Elle sortie une petite sacoche et la déroula pour en sortir des aiguilles assez longues pour faire office d’ustensiles de tricot. Elle les lui planta à des endroits qui le figèrent. Son regard était la seule chose qui pouvait encore bouger, car même la parole lui avait été retirée.

Cette femme était terrifiante. Avec de l’entraînement, elle serait une parfaite gardienne pour la princesse et les petits. Mais même pour elle. Si Kim lui donnait des gosses, elle serait la pire guerrière. Finalement, il se dit que ce n’était pas plus mal qu’elle ait directement agi sur lui. Certes, il allait lui en vouloir pour tout ça, mais elle le faisait pour son amie et surtout pour lui. Kim était attaché à Carl, tout comme Noah et il savait qu’elle le faisait exprès. Endosser le rôle de la méchante était compliqué, mais s’il fallait en passer par là, elle avait visiblement les épaules pour.

Cette nana risque d’être une tueuse, pire que son mec, pensa l’Oni espagnol, braquant son regard dans celui de la jeune femme.

— Joe, souffla Taeliya, inquiète.

— Ses constantes sont bonnes pour l’instant. Elle n’est pas encore dans la phase de semi-mort, mais s’en approche.

— Elle va y entrer dans quelques secondes, avertit Christopher qui regardait les ondes sur son moniteur ne presque plus bouger. Ça y est.

— Carl, ferme les yeux, ordonna Taeliya. C’est l’heure pour toi aussi.

Doucement, l’Oni se laissa aller et son esprit disparu dans le néant.

— Combien de temps ça va prendre, demanda Noah, tendu.

— Je ne peux pas dire, répondit Naeliya, reprenant à peine son souffle. Ne le lâchez pas.

— Compris, répondirent Kim et Tarik.

— Il va leur falloir un bon moment avant que ça ne fonctionne. Tael’, dans une quinzaine on pourra commencer. Tu te sens prête ?

— Non, mais je n’ai pas le choix. Tu seras là, pas vrai ?

— Oui. Je te lâcherais pas, lui promit son amie, reprenant cette voix douce et chaleureuse.

— Vous êtes terrifiante, Mademoiselle Clark, frissonna Dorian.

— J’ai bien cru que j’allais me chier dessus, répliqua Orlan.

— Charmant, les gars, dit Martin. Mais ils ont raison, j’ai jamais ressenti une froideur aussi… féroce venant de quelqu’un comme vous.

— Si jamais je me fritte avec toi, Kim, rappelle-moi que ta nana est capable de tuer un Oni juste avec sa voix, dit Charles.

— Samsarra n’ose même pas sortir de sa cachette, déclara le coréen.

— Désolée, mais c’était nécessaire, dit-elle.

— Au fait ! Les interrompit Jess. Qu’est-ce que la Princesse va faire dans quinze minutes ?

— Dormir, répondirent les deux amies.

[…]

Mafia rouvrit les yeux pour découvrir qu’elle était effectivement dans la baignoire de la salle de bain, chez Carl. Une sorte de soulagement lui fit pousser un long soupir.

— Bon, au moins, ça a fonctionné jusque-là, dit-elle en se levant.

Quittant la bassine en céramique, elle se dirigea vers la porte, mais celle-ci sembla bloquée, comme si quelqu’un l’avait enfermée ici. La fenêtre ? Pareil.

— Oh, non… Est-ce que c’est ça, le blocage dont elles parlaient ? se demanda-t-elle. Il y a quelqu’un ?! Pourquoi je demande ?

Mafia poussa un long soupir.

— J’aurai dû leur dire où je voulais aller…

Soudain, du bruit se fit entendre dans la maison. La porte qui s’ouvre violemment, des pas lourds qui résonnent, Mafia savait, d’instinct, que ce ne pouvait être ni Carl ni son démon. Quand bien même elle ne l’ai jamais entendu marcher. Pour elle, quelque chose n’allait pas. Si son esprit se bloquait c’est qu’il y avait vraiment un traumatisme qui ne voulait pas la lâcher et qu’elle n’arriver pas à passer outre. Mais lequel choisir entre sa vie dans une famille toxique et son agression ainsi que viol par ce fou ? Puis, le rire lui parvint.

— Deuxième option, murmura-t-elle, allant se planquer entre la grande baignoire des invités et la cabine de douche. Il fallait que ce soit lui…

L’angoisse, la panique, les larmes et la douleur, tout affluait en elle comme un tsunami mortel. Elle pouvait l’entendre monter à l’étage et se diriger droit vers la salle de bain. Il fallait qu’elle barricade la porte ! Mais avec quoi ? Elle n’était pas assez forte pour ça et ce qui se trouvait dans la salle de bain ne risquait pas vraiment de la protéger contre ce taré, surtout si son blocage cédait face à lui.

Mais pas le temps, elle quitta sa cachette pour tenter de se protéger un maximum. Si elle ne pouvait pas briser sa barrière mental qui l’empêchait de se rendre auprès de l’Oni espagnol et de son démon pirate, alors elle la garderait pour se protéger de ce fou, gagnant du temps jusqu’à ce que Carl et Barbaros n’arrivent.

Elle tira une commode, la poussa de toutes ses forces pour la plaquer contre la porte et usa de tout ce qu’elle pouvait trouver pour bloquer l’accès. Mais le rire se rapprochait beaucoup trop vite et la terreur commençait à faire effet sur elle. Mafia se força à continuer de bouger, malgré la crise qui tentait de la paralyser. Elle poussa son corps jusqu’à ce que les larmes lui brouillent la vue, puis retourna se cacher.

La poignée tourna, mais la porte ne céda pas. L’homme éclata de rire, s’amusant visiblement, jusqu’à ce que les insultes pleuvent sur la jeune femme en panique.

Qu’avait dit Taeliya au sujet de l’esprit ? On pouvait tout faire, à condition de rester concentrer. Si le démon ou l’Oni devaient arriver, alors elle devait maintenir sa barrière en place et empêcher l’homme de passer ou même de la briser. Le seul problème qui se posait à elle était qu’elle ne se trouvait pas dans une de ces histoires fantaisistes où la magie existait. (Pourtant parler avec une entité sombre qui habitait un mafieux sanguinaire et pouvoir leur parler dans leurs rêves, ça ne semblait pas la perturber pour autant). Naeliya lui avait parlé des couleurs qu’elle utilisait depuis l’enfance pour communiquer avec son monde. Et si…

Pourquoi pas essayer, pensa-t-elle.

Mais quelle couleur représentait sa barrière, pour elle ? Son mental était en si piteux état qu’elle ne savait pas laquelle lui attribuer.

Concentre-toi, Mafia Langlee, se fistugea-t-elle. Tu dois te concentrer ! Quelle couleur tu as donné à Barbaros et Carl ?

Le vert émeraude. Bien-sûr, elle le savait depuis cette première nuit où la créature lui était apparue en rêve. Quand elle avait vu l’Oni dans cette salle, la même couleur s’était imposée à elle. Mafia ne choisissait pas les couleurs, c’était l’inverse.

Ok. Alors, dis-moi, pensa-t-elle. Quelle couleur tu es ?

Fermant les yeux, malgré la panique, l’envie de pleurer et les tremblements, elle tenta de se concentrer. Quand un craquement retentit, elle savait que son temps était compté. Mais ce fut exactement à cet instant qu’elle trouva la réponse.

— Pastel ! Tu es pastel ! s’exclama-t-elle.

La porte vibra, comme pour lui répondre ou bien était-ce le fou derrière qui se jetait dessus pour lui faire lâcher prise, quoi qu’il en soit, Mafia était certaine de son choix et se concentra sur ce qu’elle pouvait pour renforcer la couleur de sa barrière mentale.

Mais alors que la chose s’acharnait à vouloir la détruire, représentant le pire de ses traumatismes, Mafia sentit ses forces la lâcher, jusqu’à ce qu’une sorte d’ombre n’entre dans la pièce.

— Ouf, ce fut long, mais me voici, ma chère, fit une voix profonde et flippante qu’elle ne put que reconnaître comme celle étant du pirate.

— Barbaros, souffla-t-elle, à bout.

Le démon s’approcha d’elle, se pencha à sa hauteur et lui caressa la joue de ses doigts qui perdaient leur peau. Ce simple touché ne la dégoûta pas pour autant. Le savoir ici signifiait que Carl n’allait pas tarder.

— Vous avez été courageuse, ma chère petite fée, déclara le démon en se relevant. Laissez-nous faire, maintenant. Il est temps d’affronter votre peur la plus profonde.

Il retira ses pistolets, son cigare rougeoyant à chaque fois qu’il aspirait le tabac, une sorte de sourire carnassier se dessinant sur sa bouche.

— Il est là, annonça-t-il, se tournant vers la porte. Ma chère, il faut vous laissez aller, maintenant.

— Je… J’ai peur…

Barbaros s’y était attendu. La compagne de Kim et Samsarra lui avait dit que ce trauma était beaucoup trop ancré en elle pour qu’elle arrive à y faire face. Il fallait donc agir avec minutie et surtout ne pas la brusquer au risque que ça ne finisse par la tuer. Alors, le démon revint vers elle, lui prit le menton pour lui faire lever le visage vers lui. Il retira son cigare et se pencha pour capturer sa bouche. Surprise, Mafia se laissa pourtant faire, reconnaissant le goût que le démon avait. Il partageait l’esprit, le corps, mais aussi bien d’autres choses avec Carl. C’était à la fois flippant et pourtant très rassurant.

— Mafia, murmura la créature, fixant son regard rouge sur elle. Nous sommes là pour vous ramener. S’il vous plaît. Laissez-vous faire. Acceptez ce moment de votre vie, pour que nous puissions avancer avec vous. Carl se meurt, je souffre tout comme vous. Et je ne veux pas affronter la femme de Samsarra une nouvelle fois. Sa froideur est terrifiante.

De quoi parlait-il ?

— Douce créature, murmura-t-il, revenant à la charge sur sa bouche. Il est temps de nous accepter dans votre vie.

Mais y arriverait-elle seulement ?

— Ne combattez pas. Laissez-le entrer dans la pièce. Vous devez le regarder une dernière fois avant que nous le fassions disparaître pour toujours.

Captivée par le démon et ses paroles, Mafia hocha la tête. Elle ferma de nouveau les yeux et effaça la couleur de son esprit. La porte s’ouvrit enfin et Barbaros se redressa.

— Tu en as mis du temps, mon ami ! S’exclama-t-il alors qu’un homme arriva, prenant le fou en sandwich.

— Y avait un bouchon, gronda Carl. Mafia ?

— Laissons-la se concentrer un instant, souffla le démon, armant ses pistolets.

— Allons nous amuser.

***

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