Chapitre 17

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Quand Carl s’était réveillé, il avait trouvé étrange de ne pas s’être directement trouvé chez lui ou dans le logement de Mafia, là où elle se sentait le plus en sécurité, mais dans cette salle de torture dont il l’avait sortie, des mois plus tôt. Barbaros ne se trouvant pas avec lui, il dû réfléchir rapidement à l’endroit où aller pour retrouver Mafia et l’aider à se libérer de ce blocage qui semblait être le danger mortel par excellence pour elle comme pour lui et son démon.

— Heureusement que Kim a une femme comme la sienne pour nous guider… Mais elle est flippante. Bien, où est-ce que tu te caches, petite fée ?

Mais une pensée le stoppa dans sa marche pour quitter la pièce.

— Attends. Pourquoi j’ai atterri ici ? Qu’est-ce que tu veux nous dire, petite fée, avec cette pièce ? Est-ce que le traumatisme qui t’empêche de t’ouvrir c’est ça ? Si c’est le cas, ce n’est aps chez toi que tu te sentiras en sécurité, mais… Le QG !

La piste était solide, selon lui. La réflexion était assez simple. Après son sauvetage, la jeune femme ne l’avait pas quitté, le regardant à chaque fois qu’on interagissait avec elle ou qu’un médecin devait l’examiner. Si elle bougeait, elle devait se tenir à lui, comme une enfant à son grand-frère, par timidité. Chez elle, Mafia n’avait rien de tout ça. Quand Stein avait pris la décision de la renvoyer chez elle, la jeune femme avait choisi de se rendre en centre psy pour tenter de s’aider et de se soigner. Mais il avait vu son regard émerveillé quand elle visitait sa maison, dans la forêt. Ses yeux pétillants d’admiration quand elle découvrait les lieux ne pouvaient que lui indiquer qu’elle appréciait l’endroit. Cependant, il fallait qu’il sache où elle s’était planquée, si elle était vraiment chez lui.

Il se précipita dehors pour trouver l’endroit aussi désert que ce jour-là. Le silence était assourdissant. Il ferma les yeux un instant pour penser à sa maison et le rêve changea de scène. En les rouvrant, il se trouvait devant le perron. La porte était grande ouverte, comme si quelqu’un avait donné un grand coup pour la défoncer. Il était arrivé trop tard.

La douleur de l’absence de Barbaros s’atténua une fois qu’il mit un pied dans l’entrée.

— Il est là, sourit l’Oni espagnol. Je suis pas si en retard que ça. J’arrive pour jouer.

Il tira de sa ceinture, la longue lame qui ne le quittait jamais et s’approcha de l’escalier. À l’étage, il pouvait entendre ce taré d’écureuil volant rire et frapper contre une porte. Mafia devait être retranchée dans une pièce. Sa chambre ? Non. Comment pouvait-il en être aussi sûr ? Il ne le savait pas, mais son instinct ne le trahissait jamais. Il grimpa les marches quatre à quatre et le trouva, frappant sur la porte de la salle de bain des invités. Voilà où elle se trouvait. Pourtant, Barbaros ne semblait pas se trouver dans les parages. Où était ce pirate de malheur ?

— Oni ! S’exclama la voix de son démon.

— Désolé pour le retard, gronda Carl. Ça bouchait. Mais je suis là pour jouer.

— Petite fée, entendit Carl. Il est temps de lâcher prise.

— D… D’accord, répondit la petite voix effrayée de la jeune femme.

— Mafia ! S’exclama-t-il. Je suis juste là !

— Carl…

— On ne te lâche pas ! Laisse-moi entrer !

Le fou fit sauter la porte.

— ENFIN ! s’écria-t-il, se précipitant à l’intérieur.

Mais un bruit de tire se fit entendre. Le démon venait de tirer. Pourtant, le traumatisme de Mafia était tenace. À l’image des démons de Taeliya quand elle était arrivée au manoir, Kaelis et Noah s’étaient battu pour qu’elle soit enfin libérée.

Carl se précipita sur le fou qui éclatait de rire, s’approchant encore de la jeune femme. De sa lame, l’Oni lui trancha la tête, mais tout comme l’Hydre, elle repoussa ou se rattacha à son cou. Un véritable film d’horreur. Puis, une voix qu’il connaissait que trop bien l’appela.

— Princesse ?

— Mafia doit sortir de là, dit-elle en s’approchant de la jeune femme. Tu dois venir avec moi, ma chérie. Naeliya a dit qu’il n’y a qu’un endroit où il est vulnérable.

Non. Mafia refusait de retourner dans cette salle. Carl comprit qu’il n’y avait pas attérit pour rien. C’était la réponse à leur situation.

— Petite fée ! appela-t-il. Prends ma main ! Barbaros !

— Je m’en occupe. Poussez-vous, Princesse ! lança le démon.

Mafia sentit une dernière once de courage l’étreindre et se précipita pour sortir de la salle de bain et se jeter dans les bras de l’Oni qui l’attrapa au vol, esquivant les bras du fou qui faillit l’attraper. Elle avait réussi à sortir ! La barrière avait cédée et elle avait réussi à esquiver le fou pour se jeter sur l’Oni. Le contact avec l’homme la soulagea, mais la partie la plus importante allait probablement la mettre dans un état critique.

— On doit y aller, ma belle, dit-il.

— Je… Je veux pas… bredouilla-t-elle, accrochée à son cou.

— Y a pas le choix, petite fée. Si on veut en fini, faut y passer. Ferme les yeux et rappelle-toi la salle.

Carl la sentit trembler comme une feuille sous une tempête de vent et eut le réflexe de lui baiser la tempe pour l’aider à se concentrer. Après le baiser échangé avec Barbaros, le geste doux de Carl fut le coup fatal pour son petit cœur fragile. Mais s’ils voulaient survivre, elle devait faire face à la pire expérience de sa vie. Bien sûr, son traumatisme ne disparaîtrait jamais, elle le porterait en elle et sur elle pour toujours, mais au moins, elle pourra voguer à travers ses rêves et vivre auprès de cette nouvelle famille qui l’avait accueillit à bras ouverts et qui tentait, par tous les moyens, de lui venir en aide. Si elle voulait sauver l’homme qui se tenait à ses côtés, ainsi que sa créature, alors elle subirait.

Mafia ferma les yeux et chercha dans sa mémoire, les détails exacts de la salle dans laquelle elle avait vécu un moment. Carl vit la scène changer à nouveau et prendre une nouvelle forme. Mafia était étonnée d’une chose. Sa famille n’était visiblement pas le pire de ses traumatismes. Elle qui avait vécu toute sa vie à être rejetée, moquée et insultée, voire humiliée, n’avait finalement pas été bloquée par ce souvenir. Non, il fallait que ce soit celui-ci. Mais soyons honnête, entre une vie dans une famille toxique, depuis la naissance et un kidnapping avec viols à répétition et maltraitances physiques autant que morales, qu’est-ce qui vous collerait le plus à la peau et vous donnerait des cauchemars ?

La famille n’était, au final, que du menu fretin.

Au moins pourrait-elle mieux les affronter, si ce jour venait à arriver. Bien qu’elle en doutât.

— Chouette endroit, dit Barbaros, tirant une nouvelle fois dans la tête du fou, tout en détaillant la pièce d’un regard critique. J’aurai ajouté deux ou trois fûts de rhum par-ci par-là et un peu de décoration.

— Depuis quand tu te lances dans la décoration d’intérieur Barbatruc ? Lança Carl, déposant la jeune femme sur le sol.

— Oh, tu sais… fit le démon, haussant les épaules, rechargeant ses armes. Kaelis aime regarder ce genre d’émotions avec le petit Prince.

— Et tu t’es dit que t’allais prendre des notes ? S’amusa Carl. Petite fée, reste dans un coin et ferme bien les yeux. Amuse-toi avec tes couleurs, papa va faire mumuse.

Barbaros le dévisagea avant d’éclater d’un rire sonore et effrayant. Les deux hommes se lancèrent dans une bataille sans merci ou le fou relié à Mafia semblait battre en retraite à chaque impacte, mais il n’avait clairement pas dit son dernier mot. Et c’est dans une ultime tentative que la scène se modifia très légèrement pour emprisonner la jeune femme dans des chaînes dont elle n’arrivait pas à se défaire.

— Je n’ai pas pu avoir ma cible ! s’exclama-t-il, admirant son œuvre. Mais toi tu vas la remplacer ! Je détruirais tout sur ton corps et ton esprit, ma jolie !

La peur, les larmes et l’angoisse explosèrent en elle, la faisant crier et trembler au point où elle pourrait convulser. Pourtant, une voix calme et douce se posa sur elle.

Taeliya.

— Il n’est pas réel, Mafia, lui dit la mère. Tout comme mes propres démons, il est mort. Tu peux l’effacer. Tu peux t’échapper et en finir.

Mais comment ?! Comment le pouvait-elle alors qu’elle était si terrifiée et revivait sans cesse ce même cauchemar qui n’avait qu’une envie, la détruire encore plus ?! Ici, les couleurs ne lui servaient à rien pour se défendre ! Tout ce qu’elle avait c’était…

— Il n’existe pas, Mafia, répéta Taeliya avec douceur. Naeliya l’a confirmé. Nos traumatismes ne vivent qu’à travers nous parce qu’on s’y est accroché. On a pris l’habitude de vivre avec eux. Tu dois t’en défaire. C’est douloureux et trop facile à dire, mais une fois que tu as pris la décision d’y faire face et de dire qu’il n’est pas réel, tu pourras aider Carl et Barbaros à l’exterminer une bonne fois pour toutes. Mafia, cet homme est mort, dépouillé de ce qui fait de lui un être humain. Kim l’a dépecé comme un animal et l’a ouvert à la manière des tortures vikings pour venger Naeliya.

Mort. Ce simple mot fit une sorte d’électrochoc sur elle. Oui, cet homme était mort. Il n’existait plus que dans sa tête, dans son esprit embrouillé par la terreur de vivre parmi les êtres humains.

— Tu n’existes pas, murmura Mafia.

Cette petite phrase lui donna un nouveau souffle.

Attachée comme une prisonnière moquée, les bras au-dessus d’elle, enchaînées l’une contre l’autre, puis les chevilles reliées, elle avait encore trop peur de le regarder, mais sentit au plus profond d’elle que quelque chose bougeait.

— Tu n’existes pas, répéta-t-elle. Tu n’es plus vivant.

— Qu’est-ce que tu dis, petite garce ? fit l’homme, perdant de sa superbe.

Carl regarda la jeune femme parler, relevant doucement la tête, fuyant encore le regard de ce traumatisme qui lui faisait face.

— Tu es mort dans cette salle, déclara alors Mafia, braquant son regard droit dans le sien, figeant l’entité, la voix plus ferme. Tu n’existes plus que dans ma tête.

— Et je compte bien y rester, ma jolie, sourit le fou.

— Non, dit-elle d’une voix étrangement plus forte et posée. Plus rien de tout ça n’existe, à présent. Tu n’es plus rien qu’un mauvais souvenir que je bannis de mon esprit. Cette salle sera oubliée, ces chaînes ne m’emprisonneront plus et tu ne seras plus rien.

— Tu peux pas ! vociféra l’homme cherchant à s’approcher d’elle.

— Tu n’es plus rien ! cria-t-elle. Tu ne peux plus me faire de mal ! Ni à moi ni à Naeliya !

Carl serrait la poigne de son arme et donna un coup sec qui décapita réellement l’homme dont la tête roula sur le sol, avant de finalement disparaître et laisser un silence pesant entre eux.

— Plus rien n’existe, murmura-t-elle une dernière fois avant de voir tout s’effondrer autour d’elle et de basculer dans le néant.

Carl la rattrapa, mais elle disparue à son tour.

Il se réveilla en sursaut pour trouver Mafia, allongée, Joe exécutant une tentative de massage cardiaque pour la réanimer.

—Qu’est-ce qu’il s’est passé ? S’exclama-t-il affolé.

— Elle a utilisé beaucoup de ses forces pour se défaire de son emprise, expliqua Noah. Son coeur a lâché.

— Mais bordel amenez-la à l’hosot ! Merde ! gronda-t-il, se défaisant de l’emprise de ses amis qu’il n’eut aucun mal à repousser pour se précipiter sur elle et dégager le pauvre médecin qui tomba à la renverse.

Christopher l’aida à se relever, tandis que Carl reprenait les soins, appelant la belle, espérant qu’elle l’entende et qu’elle ouvre les yeux. Son enfer dura un moment avant qu’il ne se mette à pousser un cri tout droit sortit des enfers. Mafia ouvrit brusquement les yeux et reprit sa respiration après l’avoir trop longtemps gardé coupée.

— Bordel, Mafia, souffla Carl la prenant contre lui.

Mafia s’accrocha à lui et pleura comme une enfant, laissant les murs de la baraque s’imprégner de ses sons jusqu’à ce qu’elle se calme, une bonne heure plus tard.

***

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