Chapitre 18

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L’air n’était plus aussi lourd qu’avant. Comme un poids qui se lève et vous laisse enfin respirer. Cette impression de se trouver dans une région où l’air est la plus pure et où le corps se laisse enfin guérir autant que l’esprit. Prenant une grande inspiration, Mafia sentit ses poumons se gonfler tranquillement et se vider en douceur. Elle ouvrit les yeux et se trouva un peu en panique, l’espace de quelques secondes. Où était-elle ? Elle tourna la tête et se rendit compte qu’elle n’était plus dans le canapé du salon de Carl, mais dans une chambre. Était-ce chez elle ? Non. Faisant attention aux détails de la décoration, elle pouvait facilement dire que ce n’était pas le cas. Où, alors ?

Du bruit la fit se relever brusquement. Des voix semblaient être en grande discussion. Elle se leva, quittant le lit confortable dans lequel elle se trouvait, pour sortir dans le couloir et découvrit qu’elle n’avait pas quitté la maison de l’espagnol. L’avait-il monté ? Étaient-ils sauvés ? Et elle ? Est-ce que son blocage était résolu ?

Mafia descendit les escaliers jusqu’à ce qu’une voix l’appelle et que son corps ne se mette à frissonner. Son regard timide se leva vers lui pour ne plus le lâcher.

— Tu es réveillée, petite fée ?

Ne sachant que dire et si sa voix pouvait se faire entendre, elle se contenta de hocher la tête, refusant de quitter la marche sur laquelle elle se trouvait.

Carl se leva de son fauteuil, déployant son large corps massif et bâtit dans la roche la plus brute, s’approcha d’elle d’un pas lent, mais calculé. Son regard acéré fiché dans le sien tentait de se rassurer qu’elle était bien là et que cette histoire était derrière eux. Mais ce qui inquiétait l’Oni espagnol était surtout de savoir si la jeune femme allait bien. Serait-elle effrayée s’il la touchait ? Est-ce que maintenant qu’elle avait revécu l’horreur, voudrait-elle encore de lui ou même de Barbaros ? Resterait-elle ou prendrait-elle la fuite ?

Il se planta en bas des marches, la regardant avec appréhension.

— Comment tu te sens ?

— Je…

Sa voix, sans doute encore trop faible dû aux derniers évènements, ne sortie pas plus fort qu’un souffle. Carl leva sa main, mais s’arrêta en court de route. Accepterait-elle son touché ou le fuirait-elle ? En aurait-elle peur ? Il l’observa baisser son joli regard lumineux vers sa main suspendue dans les airs attendant un geste de sa part. Mafia ne se posa pas plus de questions, elle descendit une marche pour se trouver à la hauteur de cette main tendue et posa sa joue contre la paume de cette dernière. La douceur de sa peau contre les callosités de celle de l’Oni, due au maniement des armes ou des barres de tractions à répétition, était un contraste beaucoup trop puissant pour Carl qui se tendit.

Elle ne fuyait pas, elle l’acceptait. Barbaros s’anima d’un désir de la sentir contre cette paume ouverte. Mais à peine se montra-t-il que la douceur de la jeune femme l’électrifia.

À nous, gronda le démon. Elle est à nous !

Kim et Noah, tout comme Tristan avaient déjà raconté à Carl et aux autres les réactions brutales de leurs démons quand ils déclaraient que leurs moitiés devenaient leurs propriétés. C’était à la fois primitif et difficile à contredire. L’Oni ne pouvait qu’accepter le fait qu’ils avaient raison, car ce que le démon lui transmettait se répercutait dans tout son corps. Il désirait cette petite chose et voulait la protéger, l’adorer, la garder rien que pour lui, ne voulant plus la laisser sortir sans qu’il ne puisse la maintenir en sécurité. Ce désir féroce lui donna une impression de force immense et indestructible. C’était grisant, enivrant et terrifiant à la fois. Il avait peur de ne pas réussir à se maîtriser face à tout ça et surtout face à elle.

Cette petite femme avait un don de le mettre dans des états incroyables, alors qu’il ne la connaissait même pas, au final ! Mais…

Il l’aida à descendre et Mafia se rendit compte qu’ils étaient encore tous là. Personne n’était partit, sans doute n’avait-elle pas dormi aussi longtemps qu’elle le pensait.

— Comment tu te sens ? demanda Taeliya avec douceur, un léger sourire sur les lèvres.

— Je…

— Tael’, laisse-la pour le moment, la coupa Naeliya qui la scrutait d’un regard étrangement sombre et inquisiteur.

Est-ce que c’était de ça que le démon et l’Oni avaient mentionné dans le rêve ? Cette aura glaciale, tranchante et dangereuse que l’ancienne aveugle possédait tout en la dévisageant, bras croisés contre sa poitrine, debout auprès de la princesse des mafieux. Pourquoi, d’instinct, Mafia se laissa guider vers elle pour se perdre contre son corps tendu et rude ? Naeliya ne bougea pas, attendant quelque chose. Puis, poussa un long soupir, avant d’écarter ses bras et d’entourer son amie.

— Pas d’inquiétude, dit-elle enfin, caressant les cheveux de Mafia. Elle ira bien cette nuit.

Le groupe en entier, Joe et Christopher comprit, expulsèrent un air qu’ils avaient trop longtemps gardé bloqué dans leurs poumons.

— Putain ! S’exclama Orlan, se tenant à son camarade. J’ai cru que j’allais clamser d’asphyxie !

— Quitte à choisir, rétorqua Martin. Je préfère ça que de devoir affronter la compagne de Kim. Vous êtes absolument terrifiantes, Mademoiselle.

— C’était nécessaire, répliqua doucement la jeune femme.

— Ne fais plus ça, Nael’, la supplia la jeune mère, s’ajoutant au câlin général féminin autour de
Mafia.

— Je peux pas te le promettre, désolée, annonça Naeliya avec sérieux.

Le silence fut pesant, mais Taeliya comprenait très bien pourquoi son amie ne pouvait pas lui promettre d’endosser le rôle de la méchante. Pourtant, Mafia s’accrochait à cette femme, malgré le traitement rude qu’elle avait reçu de sa part. Que voyait-elle en Naeliya ? Aucune idée, mais peut-être que l’indifférence toxique de sa famille durant toute sa vie l’avait rongé et qu’elle avait besoin des réactions rudes et brutes de Naeliya pour se sentir humaine et en vie. De savoir qu’elle comptait et qu’on l’encadrait enfin pour lui expliquer comment vivre normalement parmi ses semblables, tout en portant ses cicatrices. Taeliya pouvait le comprendre, elle qui avait réapprit à vivre une vie plus ou moins normale au contact d’un clan entier de tueurs dont le chef n’était autre que son père biologique ! Son époux se trouvant être lle chef de la bande d’Oni et l’un des pires, elle ne pouvait blâmer qui que ce soit de préférer cette forme de vie que de rester reclus ou de choisir de vivre dans l’ignorance et l’impudence. Oui, elle comprenait au final pourquoi Mafia était accrochée à Naeliya. Sa propre douceur ne pouvait aider leur nouvelle amie à grandir et à vivre, encore moins parmi eux. Mais elle pouvait la guider à la moindre chute, tandis que Naeliya se chargerait de lui montrer la voie sur un chemin qu’elles-mêmes avaient empruntées en se liant à ces démons.

— Il se fait tard, dit alors Noah. Nous devrions les laisser.

— Tu as raison, dit sa femme, s’écartant de ses amies. Si tu as besoin de quoi que ce soit, surtout n’hésite pas, d’accord, ma chérie ?

— Ou…

— Laisse ta voix tranquille ou Naeliya va me gronder, pouffa Taeliya.

Mafia cacha son visage souriant contre la poitrine de l’ancienne aveugle, déclenchant un grondement possessif chez Kim.

— Doucement, vous deux, soupira la concernée. Mafia appartient à cet Oni et son démon.

— Désolé, chérie, soupira Kim qui avait toujours autant de mal à se maîtriser face à sa belle.

— On va rentrer, déclara-t-elle. Maman nous attend à la maison.

— Je vais ramener le doc au manoir, déclara Tarik.

— Merci, fit Joe, ramassant son matériel, pour le suivre à l’extérieur après avoir salué tout le monde.

La bande se dispersa, laissant Carl et Mafia, debout dans le salon silencieux.

— Tu veux boire quelque chose, petite fée ? Proposa-t-il, ne sachant vraiment quoi lui dire.

Mafia secoua négativement la tête.

Tendu, il voulut la prendre contre lui, mais se retint. Pourtant, quand elle se tourna pour lui faire face, le regard timide, triturant ses doigts, son désir augmenta d’un cran et il ne su s’arrêter de la vouloir. Il fit un pas dans sa direction, puis un deuxième et se figea devant la femme qu’il domina de sa grande taille, le regard chauffé. Carl posa sa main sur la joue de la belle intimidée qui n’avait pas bronché, le regardant faire, se laissant caresser par cet homme impressionnant.

— Je vais vraiment finir par mourir, soupira-t-il, baissant son regard sur sa bouche fine légèrement ouverte. Mafia…

Un grondement sourd et possessif quitta sa gorge. Elle sursauta, mais n’eut pas le temps de réagir que l’Oni l’embrassait déjà. Rien avoir avec la douceur qu’il avait pu mettre dans leur premier baiser ni même avec celui qu’elle avait eu avec Barbaros dans son rêve. C’était primitif, brutal et fiévreux, comme s’il en avait besoin pour respirer. Une main lui empoigna fermement la nuque, l’approchant un peu plus du géant terrifiant qui glissait déjà sa langue vers la sienne pour jouer un ballet endiablé qui allait la laisser pantelante. Mafia dû s’accrocher à la veste de Carl pour ne pas tomber à la renverse, quoi qu’il l’aurait rattrapé sans effort.

Quand il se sépara d’elle, l’Oni se figea. Que venait-il de faire ? Il avait forcé une jeune femme terrorisée par le monde ! Il ne valait pas mieux que celui qui lui avait fait du mal…

— Non, souffla-t-elle quand il chercha à s’éloigner d’elle.

— Merde… Mafia… gronda-t-il.

Le baiser suivant fut moins dur, car il cherchait à se contenir pour elle, mais avec la présence de son démon dans son corps, ce n’était pas la chose la plus facile à faire et avec la femme en face de lui, c’était même mission impossible. Pourtant…

Du bruit attira leur attention à l’extérieur. Carl quitta la bouche de la jeune femme pour tourner son regard sur la fenêtre qui donnait sur l’entrée de leur QG. Plusieurs voitures venaient d’y entrer. Carl ne reconnaissait pas du tout les véhicules. Il porta sa main à sa lame, coincée dans son étui à l’arrière de son dos. Mafia sursauta.

— Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda-t-elle timidement.

— J’en sais rien, mais les caisses qui viennent de débouler chez nous n’appartiennent pas au clan ni à mon équipe.

Mafia tourna la tête, mais tout comme l’Oni, elle ne connaissait pas les voitures qui venaient de pénétrer les lieux privés.

Carl qui habitait la maison qui servait de garde, ouvrit la porte et alla se poster devant les voitures qui s’arrêtèrent à quelques mètres de lui. Mafia accrochée à la porte d’entrée, n’osa se montrer, mais garda son regard braqué sur l’espagnol, apeurée qu’il lui arrive quelque chose.

— Vous êtes qui et qu’est-ce que vous foutez sur un terrain privé ?! gronda l’Oni, la main derrière lui, entourant le manche de son arme, prêt à la sortir pour attaquer.

Une portière s’ouvrit et plusieurs personnes en sortirent.

— Des flics ? S’étonna-t-il. Qu’est-ce que des flics viennent faire sur notre territoire ?

La voix féroce de l’homme attira ses camarades qui ouvrirent leurs portes, armes aux poings. Naeliya et Taeliya se tenaient sur le perron de leurs maisons, observant les Oni se rejoindre, formant comme une ligne terrifiante qui faisait barrage au moindre danger.

— C’est quoi ce bordel ? gronda Noah, imposant son aura violente et dominante sur les invités non désirés. On avait prévu un nouveau massacre, aujourd’hui ?

— Pas que je sache, répondit Martin. Kim ?

— Rien de noté, répondit le coréen. Chérie, le Boss t’as prévenu d’un truc ?!

Sa fiancée répondit à la négative. Même question pour la fille Carlington qui eut la même réponse.

— Alors, reprit Noah, son regard s’assombrissant dangereusement. Pourquoi la police vient mettre un pied chez nous ?

Une porte s’ouvrit et une femme en descendit. Mafia se figea.

C’était sa psychiatre ! Que faisait cette femme ici et entourée de policiers qui plus est ?! La panique la prit, car elle avait toujours fait très attention de ne jamais rien divulguer durant le peu de séances qu’elle avait eut, avant de demander à Taeliya si elle pouvait être suivit par le médecin du clan, afin de s’assurer de ne pas faire de bourdes. Depuis donc plusieurs semaines, Joe suivait Mafia, à raison d’une fois par semaine, dans des séances chez elle ou à son cabinet à l’hôpital internationnal. Elle avait prévenu sa psychiatre qu’elle ne pouvait plus venir, car elle avait trouvé un médecin agréé qui se trouvait être bien plus proche de son lieu de vie et donc qu’elle transférait tout son dossier à ce nouveau practicien. Quand elle le lui avait dit, la femme avait semblé un peu déçue, mais compréhensive. Elles s’étaient quittées en bons thermes et Mafia avait pu souffler auprès du médecin du clan.

— Je sais qui c’est, fit Naeliya, le regard féroce, fixé sur la femme.

— Mademoiselle Clark ? appela Noah.

— Une fouineuse, déclara la femme en s’approchant. C’est l’ancienne psychiatre de Mafia.

***

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