Chapitre 19
Les Oni dévisagèrent la femme comme si elle venait de débarquer de la lune ou d’un monde qui cherchait à les envahir. Armes bien visibles, ils se tenaient prêts à dégainer pour abattre les policiers, et la femme par la même occasion.
— Mademoiselle Langlee a disparu, lança alors la psychiatre qui sentait bien que son initiative de venir en personne n’était peut-être pas la bonne chose. Et je sais qu’elle est amie avec vous, Mademoiselle.
— Vous êtes bien renseignée, dit Naeliya, tandis que Taeliya la rejoignait, portant le fusil de son mari sur son épaule, prête à tirer. Vous connaissez aussi la taille de mes strings ?
— Mon ange, tu n’en portes pas, répliqua Kim.
— On avait pas besoin d’avoir cette info, soupira Dorian.
— Nan, fit Jess. Attends, ça m’intéresse !
— Promis, rétorqua Naeliya. À la prochaine réunion tupperware je te prête un truc.
— Attends, t’es sérieuse là ?!
— Tu veux un truc de mon armoire ? proposa Taeliya.
— Princesse, soupira Tristan.
— Où… Où est Mademoiselle Langlee ? demanda la psychiatre, peu à l’aise. J’exige qu’elle soit libérée !
Le silence qui suivit sa demande fut si glacial que les policiers venus en refort, reculèrent d’un pas.
Mafia se tendit.
Allaient-ils décider de l’abandonner à cette femme qui ne devrait pas être là ? Allaient-ils lui en vouloir et croire qu’elle avait vendu la mèche ?
La voix de Carl coupa court à tout ça en l’appelant. Timidement, elle ouvrit la porte pour se montrer et se dirigea vers lui. Mais alors qu’elle allait l’atteindre, la femme se précipita sur elle. Prenant peur, Mafia se figea sur place.
— Restez où vous êtes, si vous ne voulez pas finir comme certaines de nos victimes, gronda-t-il, tendant son bras, la lame en main, pour lui barrer la route. Approche, petite fée.
Effrayée par la situation et fatiguée, elle s’avança jusqu’à ce qu’un bras s’enroule autour de sa taille fine et ne la plaque contre le corps robuste de l’espagnol.
— Vous lui faites peur ! S’écria la psychiatre. Lâchez-la ! Monstre.
Mafia, surprise la dévisagea, blessée.
Carl la serra un peu plus, captant de nouveau son attention sur lui.
— Depuis quand n’avez-vous pas vu cette femme, Mademoiselle Langlee ? demanda Noah.
— De… souffla la jeune femme.
— Depuis un mois et demi, répondit Taeliya. Elle est suivie par Joe.
— Mademoiselle Langlee n’a jamais émi le désir de changer de médecin ! Tenta la femme.
Choquée, Mafia réussi à s’exclamer :
— C’est faux ! Je… Je vous ai dit que j’avais trouvé un autre mé… médecin plus proche de mon logement !
— N-Non, Pas du tout ! Lança la femme.
— S’il y a une chose que je déteste, Madame, dit Noah. C’est qu’on me mente ouvertement. Venir sur notre territoire, consciente que cette jeune femme est ici, n’était déjà pas très intelligent de votre part. Encore moins en venant avec la police, si vous espériez que cela nous arrête.
L’angoisse prit la psychiatre à la gorge. Ils n’allaient tout de même pas s’en prendre à des représentants des forces de l’ordre, tout de même ?! Et surtout pas devant Mafia !
— Carl, appela doucement la jeune femme, tirant légèrement sur la veste de l’homme, captant son attention.
— Qu’est-ce qu’il y a ?
— Tu me crois, pas… pas vrai ?
Le regard inquisiteur de l’Oni se fondit dans le sien, la sondant, mais il passait le plus claire de son temps à la surveiller et à la suivre, bien sûr qu’il savait qu’elle n’avait rien dit et qu’il la croyait. Il lui caressa la joue.
— Oui, répondit-il. Je suis constamment avec toi, comment ne pas te croire ? Chef !
— Je sais, gronda Noah. J’ai des retours de tous le monde sur sa vie. Cependant, j’aimerais savoir comment vous pouviez savoir où nous vivions et comment vous avez pu déterminer qu’elle serait ici ?!
La femme blêmit.
Naeliya la scruta et son regard se fit si froid que l’air lui-même semblait avoir peur d’elle, car le vent s’arrêta de souffler.
— Elle la guetter, murmura-t-elle horrifiée. Mafia, recule !
— Écoute ton amie, indiqua Carl qui l’avait entendu. Va la rejoindre, je vais m’occuper de ce qu’il se passe ici. Et je te promet qu’on pourra passer une soirée tranquille.
Il se pencha vers son oreille pour lui murmurer un « tous les trois » qui la fit rougir. Mafia jeta un dernier regard vers la femme et put lire la couleur qui l’entourrait. Avant de s’éloigner pour rejoindre les deux femmes à l’arrière de la ligne terrifiante, elle dit :
— Gris…
La psychiatre se figea.
— Trahison, dit-elle de nouveau, passant près de Kim.
Car attendit qu’elle soit avec les deux femmes et Jess, mais Noah décida de tirer le premier.
— Il faut croire que la police a oublié chez qui ils ont mit les pieds, dit-il, faisant un pas en avant.
— Nous… nous sommes là que pour aider à retrouver une… une fugueuse, bredouilla un des agents, serrant les cuisses, visiblement trop terrifié pour réussir à contenir son propre corps de le trahir.
— Comme c’est mignon, se moqua Tristan. Vous voulez une berceuse aussi ? Je peux chanter, si vous voulez !
Le plus jeune de la bande ne souriait pas vraiment. Il arborait une sorte de rictus qui signifiait qu’il allait les déchiqueter, par simple plaisir de voir du sang couler.
Mais il y avait une règle. Ne jamais laisser du sang dans le sanctuaire qui pourrait être vu par les enfants de la princesse (et potentiellement les futurs enfants des Oni).
— Mademoiselle Langlee ! Appela ce qui devait être le chef de la brigade venu à sa « rescousse ». Est-ce que vous avez été kidnappée ?
— Ou… Oui ! Répondit-elle. Mais pas par eux !
— Vous arrivez trop tard pour lui demander ça, gronda férocement Carl qui avait du mal à se contenir, le regard braqué sur la femme qui devait vivement réfléchir à un moyen de mettre la main sur son ancienne patiente.
La question était : pourquoi voulait-elle tant la récupérer ? Qu’avait
Mafia pour qu’elle se mette en danger de mort sur le territoire connu des Oni Carlington ? Est-ce que la famille de cette dernière avait enfin compris que quelque chose se passait et faisait un scandale pour retrouver leur larbin ? Il en doutait fort, mais une vérification s’imposait.
— Mafia ! Gronda Carl. Quelle est la couleur pour ta famille ?
— N… Noir, répondit-elle, accrochée à Naeliya et Taeliya comme une enfant terrifiée après un cauchemar. Danger…
— Et cette femme est trahison, dit Kim. Je crois qu’on tient quelque chose d’intéressant, mon frère.
Mafia ne comprit qu’après quelques instants et faillit vomir. Ses parents avaient envoyé la femme et les flics ici ? Ou alors… Non ! C’était pas possible ! Pas depuis tout ce temps ?!
— Vous… Vous travaillez avec eux, bredouilla-t-elle, comprenant la couleur que la femme expulsait.
Oui, « trahison » lui convenait parfaitement.
Pris en faute, la psychiatre détourna le regard une micro seconde, mais elle fut siffisante pour que tout le monde comprenne.
— Je vous laisse deux minutes pour rentrer chez-vous, messieurs, dit-il. Ça ne vous concerne plus. Quant à elle…
— Tu connais la règle, mon frère, lui rappela Noah, touchant son épaule.
— Les petits princes ne verront rien, ne t’en fais pas, chef.
— Bien. Chérie, ramène ton amie à la maison, Carl viendra la chercher quand il aura fini !
— Viens, ma grande. Laisse-le faire ce qu’il a à faire, dit Taeliya en prenant la main de la jeune femme qui n’arrivait pas à quitter l’endroit, regardant le dos large et musclé de l’espagnol. Non, elle ne voulait pas le laisser là. Et si la police décidait de s’en prendre à lui au moment où elle détournerait le regard ?
— Rentre, petite fée ! s’exclama Carl, sortant sa longue lame. Je viens te chercher dans une heure. C’est moi qui cuisine, ce soir !
— Allez, Mafia, l’encouragea Taeliya, poussant son amie vers sa maison devant laquelle l’attendait son époux. Tu ne devrais pas regarder.
Elle se tourna enfin et suivit ses deux amies. Les Oni restant, attendirent de voir la police prendre la fuite, laissant la femme démunie et en panique. Elle se savait dans de beaux draps, mais ne réalisait pas encore à quel point son plan de débarquer chez de parfaits inconnus avec la police venait de plonger la ville, voire le pays tout entier, dans le chaos. Car sans le savoir, elle venait de marcher sur les plates bandes des Oni du clan sombrement réputé, Carlington.
— À nous, Madame la psy, fit Carl, s’approchant d’elle, tenant fermement la poignée de sa lame.
— Non, n’approchez pas ! Aidez-moi ! NON !
***

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