Chapitre 21

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Comme promis, le lendemain matin, après avoir passé la nuit dans la chambre d’amis à penser aux paroles de l’homme chez qui elle logeait, sachant pertinemment qu’elle était en danger, Carl l’accompagna chez elle pour faire une valise et y mettre les affaires dont elle aurait besoin pour au moins une bonne semaine. Aucune mission ne leur avait été donné, ce qui permettrait à l’espagnol de se renseigner sur la famille Langlee et de suivre le moindre de leurs mouvements, afin de comprendre ce qu’ils attendaient de leur fille.

En parlant de danger ! Mafia se savait en sursis, mais jusqu’à quand ? Quand craquerait Carl et finirait-il par laisser ses pulsions prendre le pas sur sa raison ? Cette première nuit, Mafia l’avait passé à ne pas chercher à entrer dans le rêve de l’Oni. Ce qu’il lui avait valu une remontrance le lendemain matin, mais elle avait besoin de réfléchir et ce n’était pas en sa présence qu’elle y arriverait.

Sur le chemin pour se rendre à son appartement, le silence avait été pesant, mais une fois dans son logement, elle n’avait pas attendu longtemps pour disparaître et préparer ses affaires.

— T’as besoin de ton pc ? demanda l’homme installé sur le canapé, lorgnant sur l’ordinateur posé sur la table du salon.

— Oui ! J’ai… J’ai une réunion avec le travail ! S’exclama-t-elle depuis la salle de bain, rassemblant son nécessaire de toilette.

— À quelle heure ?

Il l’entendit revenir, fouiller dans son sac pour en extraire son portable et regarder son agenda.

— Vers 10h45, lui montra-t-elle.

— Termine de faire ton sac, pour que tu sois déjà prête pour ta réunion. J’irai courir pendant ta réunion, déclara-t-il. Et ne va pas me sortir que tu veux pas déranger !

Il l’avait vu ouvrir la bouche pour argumenter, devinant assez facilement quels allaient être ses prochains mots. Il la regarda détaler vers la chambre et à peine une demi-heure plus tard, en ressortir, une valise et un sac avec elle. Il attrapa le tout et elle se chargea de ranger le pc portable ainsi que sa charge dans le gros sac, puis ils quittèrent l’appartement pour se rendre dans la forêt. Il monta la valise et le sac dans la chambre d’amis, bien qu’il aurait préféré qu’elle réside dans sa chambre à lui, mais il n’allait pas forcer les choses ni les précipiter. Mafia avait encore besoin de temps et lui de réponses à certaines de ses questions.

— T’as tout ce qu’il te faut ? Demanda-t-il en la regardant installer son matériel sur le bureau de la chambre.

— Oui ! Dit-elle, branchant sa tablette graphique.

— Donne-moi ton téléphone, ordonna-t-il.

Étonnée, elle le lui tendit et il trifouilla dessus avant de lui rendre.

— C’est mon numéro et je t’ai mis un traceur avec. S’il y a le moindre souci, appelle-moi. Je vais m’absenter une petite heure.

— D… D’accord.

Il quitta la chambre et elle l’entendit se diriger vers la sienne, se changer avant d’en ressortir. Soudain, elle pris l’appareil, chercha le numéro de l’homme et l’appela.

Pourquoi tu m’appelles ?

— Je… Je ne t’ai pas donné mon numéro, dit-elle timidement.

Carl soupira.

Merci. Va bosser, petite fée.

Il raccrocha sans savoir qu’il venait de déclencher une multitude de sensations dans le corps, le cœur et l’esprit de la jeune femme qui eut du mal à se concentrer pendant sa réunion.

[…]

Tu es avec nous, Mafia ? appela une femme.

— Oui, pardon, se reprit-elle.

Depuis que Carl était parti courir, elle n’avait cessé de rêvasser. Les paroles de l’Oni lui restait en mémoire et elle n’arrivait pas à s’en défaire. C’était comme un chant qui lui annonçait le futur et celui-ci risquait de signer sa perte.

Mafia ? Mafia ! continua de l’appeler la même femme, visiblement de plus en plus agacée du manque d’implication de la jeune femme. Peut-on savoir ce qu’il se passe ? Tout va bien ?

— Oh, euh… Ou-Oui… bafouilla-t-elle, se confondant en excuses.

Bon, tu n’es visiblement pas encore totalement remise. On reporte la réunion à demain. Est-ce que tu pourras venir ?

— À quelle heure ?

Même horaire qu’aujourd’hui, répondit la femme.

— D’accord. Je suis désolée…

La conversation s’arrêta et Mafia poussa un long soupir.

Qu’est-ce qui lui arrivait pour être à ce point perturbée par un homme, qui plus est celui-ci ?

— Concentre-toi, Mafia…

Elle tenta de dessiner quelque chose, mais son esprit était beaucoup trop en perdition.

— Faut que je prenne l’air, décida-t-elle, éteignant son ordinateur.

Elle se dirigea vers l’armoire où se trouvaient ses affaires, en sortie un manteau pour se protéger du froid de décembre et se rendit sur le perron de la bâtisse. Y trouva un fauteuil à bascule où l’Oni devait sans doute s’installer pour garder un œil sur les entrées et les passages près de leur QG, montant la garde pour prévenir en cas d’invités non désirés ou d’un potentiel danger.

Elle sortie son carnet de croquis et étudia les couleurs qu’elle avait répertoriée depuis toute petite, les observant pour tenter de déterminer celle qui correspondait à son état du moment. Mais aucun ne semblait convenir. Pourquoi ? N’était-elle pas heureuse ? Soulagée de ne plus avoir à subir sa famille ? Les humiliations quotidiennes ? Les trahisons dont elle n’avait même pas eu conscience ? Laquelle pouvait représenter son état d’esprit actuel ? Pourquoi aucune ne convenait ? Qu’est-ce qu’il se passait ?

C’est quand Carl arriva qu’elle comprit.

Ce n’était pas qu’elle n’arrivait pas à trouver, mais que toutes s’entremêlaient en un kaléidoscope de couleurs brillantes. Si elle ne ressentait rien, c’était à cause de son absence à ses côtés. Elle se leva d’un bond, réalisant pourquoi le destin l’avait placé sur son chemin. Mafia quitta le perron pour courir sur la neige et sauter dans les bras de l’Espagnol qui la rattrapa au vol, surpris par ses actions volontaires.

— Mafia ? Qu’est-ce qu’il y a ? On t’as fait du mal ? S’enquit-il, alors qu’elle planquait son visage contre son épaule.

Il la sentit faire non de la tête, mais le serrer fort contre elle ou était-ce elle-même qui se serrait à lui ? Il plaça ses mains sous les fesses de sa belle qui émit un petit hoquet de surprise et la ramena à l’intérieur. Sur le perron, il trouva le carnet de couleurs où elle avait noté chacune des émotions qu’elle leur avait associées et se dit qu’il allait devoir les étudier pour mieux la comprendre.

Pourtant, une fois à l’intérieur, au chaud, Mafia ne le quitta pas.

— Petite fée ? L’appela-t-il.

— J’ai pas réussi à me concentrer, souffla-t-elle contre sa peau, électrisant l’homme qui durcit sa prise sur les cuisses fines de la jeune femme. J’arrive pas à voir les couleurs quand tu n’es pas là…

— Mafia, gronda Carl.

Elle recula son corps pour lui faire face et percuta son regard lumineux dans celui de l’homme terrifiant et féroce qui lui faisait front. D’une main tremblante et timide, elle caressa les traits tirés de cette créature terrible qui pourtant la faisait se sentir vivante. Doucement, elle se pencha pour déposer un baiser léger sur la bouche dure de l’espagnol. Carl ne l’avait pas lâché des yeux, figeant son corps dans une posture statuesque. Il ne savait quoi faire et pourtant tout en lui criait de prendre cette petite chose et de la réclamer comme étant sienne. Barbaros tournait en rond dans sa cage mentale, espérant que son compagnon ne saute le pas.

— Si tu continues, je ne pourrais pas te promettre de m’arrêter, gronda-t-il sombrement, la voix rauque.

Les yeux chocolat de Mafia se posèrent sur lui et ce fut le débat le plus court de sa longue existence. Il céda à son désir le plus fou. Il écrasa ses lèvres sur les siennes pour les posséder avec férocité. Comme s’il s’était retenu depuis des mois, voire des années et qu’il lâchait enfin prise. Cramponnée à ses épaules, Mafia subissait, mais cette fois, ce n’était pas une humiliation ni un viol ou une attaque, mais bien l’acte volontaire de deux personnes qui avaient repoussés trop longtemps leur instinct.

Carl monta à l’étage, la portant contre lui, dévorant sa bouche, sa gorge, l’écoutant soupirer, gémir à chacun de ses assauts. Il entra dans sa chambre et décida de les mener à la douche, mais s’arrêta. Mafia ne l’avait jamais vu nu. Comment réagirait-elle ? De plus, sa première expérience l’avait quasiment mené à la mort. Il eut soudainement peur de ne pas être à la hauteur pour ce petit bout de femme.

— Reste là, dit-il en la ramenant dans la chambre, pour la poser sur le lit. Je vais me doucher, je pue la transpiration. Si tu sors de cette chambre, je te poursuivrais pas, mais ce n’est que partie remise. Réfléchis bien, petite fée, parce que si tu restes… Je ne pourrais pas te promettre de la douceur.

Il la quitta, faisant entrer le froid en elle, tandis qu’il alla s’enfermer dans sa salle de bain privée. Elle écouta l’eau couler, les vêtements qui tombaient pour finir dans une panière. Une main sur sa poitrine, elle sentit son coeur battre à tout rompre. Que devait-elle faire ? Accepter son destin et se donner à cet homme ou bien fuir ? Est-ce qu’elle avait peur ? Oui. Depuis son agression, elle n’arrivait plus à se toucher elle-même ou à imaginer qu’un jour elle laisserait quelqu’un d’autre poser ses mains sur son corps. Pourtant… Oui, pourtant Carl et son démon avaient réussi l’exploit de baisers sans que ça ne la révulse. Bien au contraire ! Elle aurait tant voulu en redemander et approfondir cette découverte sensuelle. Ce qu’on lui avait arraché de force, elle voulait le découvrir autrement.

Quel choix fallait-il faire ? Elle devait vite se décider ou laisser son propre corps le faire pour elle, car le temps était compté et l’eau allait bientôt s’arrêter.

***

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