Chapitre 22

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Dans sa douche, Carl hésitait, mais son corps lui faisait si mal que se contenir devenait terriblement difficile. L’avoir vu se jeter sur lui, de son propre chef, pour l’embrasser ensuite, s’accrochant à son corps comme si sa vie en dépendait, l’avait pas mal secoué. Pourtant, ce qui le tuait actuellement était sa propre hésitation. Il la voulait, bien évidemment ! Mais une fois sortit de la douche, est-ce qu’il trouverait une chambre vide ou bien la trouverait-il toujours au même endroit ?

Quand il faut y aller…

Carl quitta sa douche, attrapa une serviette pour se sécher et entoura sa taille avec. Il figea devant la porte. Devait-il ouvrir ou faire l’enfant et rester dans la salle de bain jusqu’au lendemain ? Pourquoi agissait-il comme un gamin alors que la seconde avant il aurait possédé Mafia dans l’entrée de sa maison ? Était-il devenu si faible ? Ce simple petit bout de femme arrivait à maîtriser le bras armé du chef des Oni ? Est-ce que ses trois amis casés avaient ressenti ça ? Il avait tant de questions, mais pour l’heure, il devait prendre le courage d’ouvrir cette porte et de voir si la fatalité lui serait douce ou brutale. Il empoigna la poignée et la tourné pour ouvrir la porte. La chambre était calme. Une sorte de déception le pris aux tripes, jusqu’à ce que son regard se pose sur le lit et son coeur rata un battement.

Elle n’était pas partie ! Mafia n’avait pas bougé, ou plutôt… Elle s’était mise à lire le bouquin qu’il avait laissé sur la table de chevet, pour ses insomnies ou ses tours de garde.

— T’es encore là, souffla-t-il.

Mafia sursauta, mais n’osa pas tourner la tête. Elle ne voulait pas lui montrer son visage rouge, ni les réactions de son corps, ce traître, mais l’homme s’approcha tout de même. Tête baissée, yeux fermés très fort, Mafia essayait de gagner un peu de temps, afin de se préparer mentalement à ce qui allait se passer ensuite, mais quand les doigts rugueux de l’Oni lui prirent le menton, lui faisant redresser la tête, elle ne put que les ouvrir et admirer un homme quasi nu dans toute sa puissance. Cicatrices sur le corps et des tatouages impressionnant. Carl était la définition même du mafieux sanguinaire et elle se demandait ce qui pouvait bien l’attirer chez elle pour qu’il en soit si obsédé ? Elle n’en avait aucune idée, mais quand son regard se posa sur ce corps tout en muscle, sa gorge s’assécha immédiatement.

— Me regarde pas comme ça, petite fée, gronda-t-il.

Elle voulut répliquer, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Le pire fut quand il se pencha vers elle, approchant son visage du sien, fixant son regard avec une intensité déconcertante qui lui fit battre le cœur si fort et si vite qu’elle en eut le vertige.

— Mafia, murmura-t-il d’une voix rauque. Dis quelque chose… J’ai l’impression que tu vas fuir ou me claquer entre les doigts.

Subjuguée par le corps, la voix et le regard de cet homme qui n’était visiblement pas conscient du pouvoir de séduction qu’il avait sur elle ni même qu’il possédait naturellement, la jeune femme n’avait de mot à lui offrir, mais elle tendit la main vers son ventre où se trouvaient les reliefs de ses abdominaux, traversés par des cicatrices en tout genre. Grandes, fines, longues ou courtes, profondes ou non, tout y était et Mafia se demandait s’il en avait souffert. Ses doigts froid le touchèrent. La peau de l’homme était brûlante, contrastant avec sa propre fraîcheur due à ses angoisses de ne pas pouvoir lui plaire ou de ne pas être à la hauteur d’un personnage aussi illustre que celui qui lui faisait face. Elle l’entendit souffler et sentit tout son corps se contracter à son contact. Détestait-il cela ? Quand elle retira sa main, Carl la lui plaqua sur son ventre, refusant visiblement qu’elle arrête.

— Continue, petite fée, ordonna-t-il d’une voix rauque et étrange.

C’est alors qu’elle leva vers lui un regard inquiet, ce qui le mit dans tous ses états.

— Est-ce que tu as eu mal ? murmura-t-elle, touchant une longue balafre qui lui traversait les reins.

— Certaines oui, mais pas toutes, répondit-il, dents serrées.

Sans comprendre pourquoi elle le faisait, Mafia approcha son visage de la longue trace et déposa sa bouche dessus. Carl cru mourir à cet instant précis. Il serra les poings aussi fort que possible, tentant de retarder le moment où il ne pourrait plus se contrôler, mais Barbaros apparu et le challenge en fut que plus difficile encore, surtout qu’ils sentirent une autre présence avec eux. Carl ne savait pas ce que c’était, mais ça ne venait pas de l’extérieur. C’était en lui. Qu’est-ce que c’était ? Ça grondait, demandait quelque chose qu’il n’arrivait pas à identifier, hormis son obsession pour Mafia et cette bouche sur son corps.

— Petite fée, gronda l’Oni. Tu vas me faire claquer avant d’avoir pris une balle.

Mafia se figea, releva vers lui son regard brillant d’incompréhension et d’horreur. Il lui attrapa le bras et l’attira à lui. Debout, face à face avec aucun moyen de fuir, elle se sentait piégée.

— Ton cœur bat vite, dit-il. Tu as peur ?

— Nerveuse, murmura-t-elle.

— J’aurais voulu te donner plus de temps, mais le miens est compté, avoua-t-il. Mafia, tu n’es pas partie, pourquoi ?

— Parce que j’ai envie de rester, souffla la jeune femme.

— Putain… grogna l’homme. J’espère ne pas être le seul à vivre ça.

— Hm ?

— J’ai envie de te prendre là. Chaque mot, chaque regard ou geste que tu fais sont une provocation pour moi et mon démon, expliqua Carl, la voix de plus en plus étrange. Mais… J’ai aussi l’impression d’être un gosse terrifié de faire l’amour pour la première fois. Avec ce qu’il t’a fait, je suis terrifié que tu penses à ça si je me lance. Peur que tu te mettes à pleurer et implorer d’être sauvée ou que tu me rejette parce que ton trauma reste encore très frais.

Voilà pourquoi il avait hésité à sortir de cette salle de bain ? Mafia savait que cet homme était bon, malgré son passé et son travail. Les Oni n’étaient pas méchants pas désir et amusement, mais parce que c’était leur seul moyen de survie dans ce monde qui les avait abandonné et ignoré. La seule façon pour eux de ne pas mourir avait été de rencontrer la mort et de former un pacte avec elle. Celui de tuer pour elle. Mais avec l’arrivée de Taeliya, la douceur avait reprit sa place sur leur noirceur. Pour trois d’entre eux, la vie avait même offert l’amour et une famille. Pour les autres, elle leur avait donné une princesse à protéger. Mais Carl était terrifié qu’elle, une traumatisée de l’humain et brisée par la gent masculine, le fuit.

Touchée, elle lui offrit un doux sourire, allongea son bras pour poser sa main sur sa joue, lui caressant la peau, jusqu’à glisser à l’arrière de sa nuque. Elle y exerça une petite pression qui lui fit comprendre de se baisser. Leurs bouches se rencontrèrent, leurs regards s’accrochèrent sans réussir à se quitter tandis que le baiser se faisait doux.

— Mafia, souffla-t-il contre ses lèvres.

Il pouvait la sentir lui caresser la nuque et son épiderme se couvrir de frissons agréables.

Barbaros s’agita. Lui et la chose voulurent participer à ce baiser dont la douceur leur manquait. L’avaient-ils même déjà connu, au moins une fois ? Non, c’était peu probable.

— Je n’ai pas peur, murmura-t-elle enfin, les surprenant tous les trois. Pas de toi.

— Barbaros ?

— Non plus…

— Mafia, il y en a un troisième, avoua-t-il. Mais je ne sais pas ce que c’est.

— Naeliya, Jess et Taeliya m’en ont déjà parlé, déclara-t-elle. C’est la Créature qui représente la part la plus douce et la plus sauvage que tu aies.

— C’est quoi ce bordel, encore ?!

— Taeliya l’appelle Luxure. Jess, l’Enchaîné.

— Et pour Naeliya ?

— Elle ne m’a jamais dit comment elle l’appelait. Mais de ce qu’elle nous a raconté, il est terrifiant, raconta la jeune femme.

— Connaissant Kim, je suis pas surpris, se moqua Carl. Luxure, hein ? Voyons voir quel nom tu vas lui donner, petite fée.

Sa bouche s’écrasa une nouvelle fois sur la sienne, mais la douceur d’antan fut totalement ignorée pour être remplacée par une faim dévorante qu’il avait du mal à éteindre. La langue de Carl passa pour rejoindre sa compagne et alla s’enrouler autour d’elle, l’embarquant dans une danse folle. L’espagnol enroula un bras autour de la taille de la jeune femme suspendue à son cou, plongeant l’autre dans ses cheveux. Il pouvait aisément sentir les deux entités en lui se battre pour prendre le dessus. Il devait résister pour faire durer l’instant le plus longtemps possible, mais avec les formes féminines de sa partenaire contre lui, rendait le tout difficile et son self-control devint très affaibli.

— Mafia, gronda-t-il, sa voix prenant un timbre encore plus étrange et menaçant qu’avant. Je ne vais pas tenir très longtemps. Ils se battent pour participer. Je suis pas fan des gang bang, mais je peux pas les arrêter.

— Laisse-les venir, murmura-t-elle, faisant instinctivement céder le moindre barreau mental de l’Oni qui s’était figé.

— Tu sais pas ce que tu demandes, gronda-t-il.

— Si. J’ai peur, je suis nerveuse, mais… Je sais qu’aucun de vous trois ne me blessera.

— T’as un peu trop confiance en nous. Je suis un Oni, rappelle-toi.

— Un Oni qui me protège.

Cette dernière phrase fut le déclencheur de sa folie. D’un geste sec, il déchira le t-shirt de la jeune femme, tirant dessus avec force, jetant au sol, son gilet et le reste du vêtement, dévoilant une poitrine qui aurait pu faire rire certains cons, dont les standards auraient été à l’image de ceux de
Naeliya ou Sonia, mais pour lui, ils étaient parfaits, cachés derrière leur écrin de coton à la couleur passée. Ils en eurent l’eau à la bouche, lui et les deux créatures qui se battaient en lui pour prendre possession de son corps afin d’être l’acteur principal de cet échange. Le hoquet de surprise que poussa Mafia le refroidit légèrement, mais elle ne le lâcha pas pour autant, fixant son regard sur son visage dur dont les yeux changèrent de couleur. Le démon et la chose semblaient se battre pour avoir le plaisir de la toucher en premier.

Carl la souleva, l’attrapant par les cuisses, serrant la rondeur de ses fesses dans ses mains largement ouvertes, appréciant les formes de la femme qu’il allongea sur le lit, la dominant de sa taille, possédant sa bouche, grognant contre sa langue. Le sang lui montait à la tête et son cœur battait de façon si folle qu’il avait l’impression qu’il allait exploser ou sortir de sa poitrine pour se jeter sur Mafia. La jeune femme n’en menait pas large, disputant l’inquiétude, la nervosité et l’excitation dans son propre esprit.

— Mafia, gronda-t-il, baissant la tête vers sa poitrine contre laquelle il perdit son visage pour sentir l’odeur de sa peau, léchant même le tissu qui protégeait ses seins.

Il l’entendit soupirer, se tendre et frissonner, agitant les jambes comme si elle cherchait à lui résister sans pour autant le toucher.

— Arrête-moi, ordonna-t-il d’une voix sombre et menaçante, le regard plus sombre que la nuit. Petite fée, arrête-moi maintenant.

Elle le dévisagea et fit non de la tête.

Non, elle ne voulait pas s’arrêter là. Son corps était couvert de frissons et elle sentait son intimité se réveiller à chaque caresse de l’Oni. Une sorte de chaleur liquide glissait de son entre-jambe, d’où ses jambes qui s’agitaient, cherchant à retenir ce liquide qui avait décidé de la quitter. C’était la première fois qu’elle ressentait ça. Forcément, elle ne savait pas ce qu’il se passait en elle et ne voulait pas le dégoûter. Et dans ses gestes, Carl avait dû le prendre comme un signe de résistance ? Sûrement.

Elle allongea ses bras vers lui pour lui prendre la nuque et l’obligea à se pencher vers elle, collant son visage contre sa poitrine. Carl et ses démons se figèrent quelques instants, s’attendant sûrement à entendre des supplications d’être sauvée ou des « pardons » à répétition, mais rien. Juste ses hanches fines qui ondulaient d’elles-mêmes contre lui, arquant son petit corps contre le sien, l’incitant à poursuivre son exploration.

Le grognement que l’homme poussa la fit trembler. Tout son être lui criait de fuir, de partir et de mettre un terme à cette folie, mais son coeur, lui, l’avait déjà choisi depuis longtemps et ne désirait qu’une chose. Qu’elle se donne à cet homme qui ne voyait qu’elle. Carl prenait continuellement soin d’elle, la protégeait et s’était mit en danger pour lui laisser le temps de faire face à ce qui la terrifiait le plus. Il lui avait fait découvrir un monde encore plus effrayant, mais dont elle ne semblait pas avoir peur. Bien au contraire, elle aspirait même à y entrer et à en faire partie intégrante, sans aucun moyen de faire marche arrière. Sa vie d’avant n’était qu’échecs, déceptions et humiliations. Celle qu’il lui proposait de vivre lui donnait l’impression de devenir enfin humaine et surtout vivante.

— Carl… Barbaros… Rubis, murmura-t-elle.

L’Oni se figea.

— Qui appelles-tu rubis, petite fée ? Grogna l’homme dont la voix ne lui appartenait plus.

— Ton autre démon, avoua-t-elle. Je le vois rouge, mais pas comme le danger. Il n’est pas noir comme la peur. Il est d’un rubis étincelant de désir.

— Putain ! Tu veux ma mort !

Il dévora sa gorge, mordit son épaule, l’écoutant feuler tel un animal blessé, l’appelant comme une supplique de mettre un terme à sa souffrance.

Rubis, souffla la créature. Je suis Rubis.

Calme-toi, l’ami. Elle est à nous, gronda Barbaros, montrant ses armes chargées. Prends un ticket, t’es en dernier.

Rubis, souffla encore l’entité qui devait vraiment apprécier que quelqu’un lui donne un nom et reconnaisse sa présence.

Enfin.

***

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