Chapitre 24
Mafia avait mal partout.
Encore endormie, elle pouvait sentir son corps courbaturé et endolori à des endroits qu’elle ne soupçonnait pas être composés de muscles.
Elle était beaucoup trop bien dans ce lit. Était-ce le sien ? Non, c’était celui de Carl.
Carl ?
Réalisant où elle se trouvait et se rappelant de la veille où ils avaient fait l’amour un nombre incalculable de fois jusqu’à ce qu’elle s’évanouisse, épuisée, elle ouvrit les yeux et prit un moment pour s’habituer à son environnement. Une source de chaleur contre elle lui fit comprendre qu’il dormait tout près d’elle, la tenant contre lui, comme s’il avait peur qu’elle ne s’enfuit ou qu’on la lui vole. Un léger sourire fleurit sur sa bouche fine. La jeune femme se tourna pour admirer Carl et se rendit compte que même sur son visage il avait quelques cicatrices. Une au coin de l’œil gauche qui lui mangeait aussi un morceau du sourcil.
Sa respiration était calme, posée, comme s’il était enfin en paix. Elle hésita à approcher ses doigts de son visage, puis finalement s’y résigna et resta statique, l’admirant simplement.
— Ce que tu vois te plaît, petite fée ? dit-il, d’une voix rauque.
Mafia sursauta et chercha à se reculer, mais le bras qu’il avait derrière elle la rapprocha pour la plaquer sur le buste de l’Oni qui n’ouvrit pas pour autant les yeux. Il apprécia son poids, pourtant léger, sur lui et leurs peaux se touchant dès le matin. Tout en lui s’était réveillé dès l’instant où il avait ouvert les yeux, il y a bien des heures de ça. Il avait passé quatre heures à la regarder et écouter les deux démons, heureux débattre de ce qu’il s’était passé la veille. Mais Carl avait eu envie d’elle dès l’instant où son regard s’était posé sur cette femme douce, fragile et pourtant courageuse, à l’image de Taeliya.
Quand elle s’était réveillée, il avait feint le sommeil, attendant de voir ce qu’elle allait tenter. Mais comme rien ne se passait, il s’était finalement décidé à agir. Maintenant qu’ils étaient tous les deux réveillés, Carl allait devoir faire face à son propre corps qui la voulait de nouveau.
— Est-ce que tu as mal ? demanda-t-il d’une voix basse et concernée.
— Quelques courbatures, avoua Mafia, le rouge aux joues.
Il la trouvait beaucoup trop adorable pour son propre bien. Et le témoin silencieux de son désir pour elle alla se frotter contre son corps. Il l’entendit souffler et la sentit frissonner. Leurs regards se percutèrent enfin. Luisant, brillant de quelque chose qu’ils savaient dangereux.
Carl installa Mafia sur lui et l’attira pour embrasser ses lèvres gonflées par les assauts sauvages et répétés de l’homme.
— Round combien, déjà ? sourit-il.
— 7, murmura-t-elle.
— J’aurai dit plus.
[…]
Combien de temps allait encore durer cette réunion ? Mafia n’en pouvait plus.
Après cette nuit et matinée torride, il y en eut d’autres. Certes, elle était encore sensible et ils prenaient leur temps, mais son expérience avec l’Oni et ses deux créatures l’avait tellement chamboulée, qu’elle savait sa vie différente à présent et plus jamais elle ne sera la même.
Une semaine avait passé et elle n’avait sur son corps, que l’odeur de l’espagnol et sur la langue le goût de leurs baisers. Échanger avec Rubis et Barbaros fut aussi quelque chose d’extraordinaire et sa première visite dans le rêve de l’Oni fut un moment épique. Elle avait enfin découvert ce que ses amis disaient sur le domaine des démons et en avait apprécié chaque instant. Elle y avait retrouvé Naeliya, Taeliya, seul Jess manquait, à cause d’une mission qui l’empêchait de dormir. Elle avait même découvert Elios, le fils aîné de la princesse et du chef des Oni. Barbaros ne l’avait pas lâché, tandis que Carl s’était contenté de la tenir contre lui, caressant son bras, signe qu’elle était totalement intégrée.
Tout semblait nouveau et pourtant si familier pour elle, à tel point que quand la nuit elle rencontrait Barbaros dans la grotte et sur son bateau à moitié détruit, elle s’y sentait comme chez elle. Avec tout ça, Mafia avait réussi à oublier la trahison de sa psychiatre et surtout que sa famille ne cherchait pas à savoir si elle était vivante ou morte.
Carl lui avait avoué avoir fait des recherches sur eux et surtout qu’il les gardait à l’oeil. S’ils tentaient quoi que ce soit, l’Oni serait avertit et il agirait en conséquence. Mafia n’avait pas forcément trouvé ça rassurant de se dire que « potentiellement » sa famille chercherait à la retrouver pour essayer un coup humiliant sur elle, auprès des Oni ou même du clan Carlington.
— Mademoiselle Langlee, est-ce que vous êtes partantes ? Demanda sa supérieure.
— Pardon ? Bredouilla-t-elle, sortant brusquement de ses pensées.
— Vous êtes très distraite depuis quelques temps, est-ce que tout va bien ?
— J’ai… quelques problèmes personnelles qui me tiennent éveillée… Excusez-moi, Madame Lambert, répondit la jeune femme, honteuse.
Ce n’était pas tellement un mensonge, car le « problème personnel qui la tenait éveillée » s’appelait Carlos Santos, Barbaros et Rubis. Et dieu qu’elle avait du mal à les suivre quand ils décidaient de vouloir la faire crier dans la maison de l’Oni, et ce, durant toute la nuit.
— Si vous avez besoin de temps pour régler vos soucis, n’hésitez pas à m’en informer, lui dit la femme, un sourire attendrit sur le visage.
Oui, je vais clairement vous demander des jours de congés pour faire l’amour avec des démons, pensa-t-elle. Si elle savait pourquoi j’ai du mal à me concentrer, elle serait choquée.
Qui ne le serait pas ?
— N… Non, merci, Madame Lambert, dit-elle. Ça devrait a…
— J’insiste, la coupa sa supérieure, faisant taire tout le monde. Depuis que vous travaillez pour nous, vous n’avez pris aucun jour de congé ni pause. Même pendant votre séjour à l’hôpital, vous avez continué à travailler. Je vais vous donner deux semaines, en espérant que vous nous reviendrez un peu plus disposée. Vous pouvez y aller, la réunion est finie. Bonne journée à tous !
Sonnée, la jeune femme ne sut comment réagir à l’annonce de ses vacances forcées. Elle ramassa ses affaires, les rangea dans son sac et quitta la salle de réunion avant qu’on ne l’alpague, mais son téléphone sonna pile à cet instant, lui offrant un échapatoire.
— Allô ?
— T’as fini ? demanda Carl, à l’autre bout du fil.
Mafia se mit à sourire.
— Oui, je viens juste de sortir. Pourquoi ?
— Je suis dehors. Je t’attends.
— J’arrive !
En panique, elle raccrocha et fonça droit vers les ascenseurs, mais encore une fois, on l’arrêta.
— Mademoiselle Langlee.
— Madame Lambert. Désolée pour la réunion…
— Avec tout ce qui vous arrive depuis l’an dernier, je comprends bien que vous avez encore besoin de temps, lui dit la femme de manière douce. Vous êtes pressée ?
— Oui, on vient de m’appeler pour me dire que quelqu’un venait me chercher, répondit la jeune femme, le rouge aux joues.
— Oh ? Un petit-ami ?
Le sourire amusé et taquin de sa supérieure la fit encore plus rougir.
L’étaient-ils ? Carl n’allait clairement pas coucher avec elle comme il le faisait déjà depuis plusieurs jours, sans avoir le désir d’aller plus loin. Lui, tout comme ses démons, l’avait revendiqué comme étant à lui. Pouvait-elle traduire ça pour une relation officielle ?
— Oui, bredouilla la jeune femme.
— Voilà une bonne nouvelle ! Mais j’espère que ce n’est pas à cause de ça que vous êtes distraite ?
Je lui dis que c’est parce que je vis actuellement chez un des membres des Oni Carlington qui est possédé par deux démons ? Mafia, tais-toi.
— Non, Madame, répondit-elle, changeant pour un air plus triste.
— Oh, d’accord. Allons-y, descendons.
Elle va vraiment m’accompagner ?! Mais elle est folle !!
Mafia n’avait pourtant pas le courage et la force de refuser la présence de la femme à ses côtés. Elles grimpèrent dans la cage qui referma ses portes et les fit descendre au rez-de-chaussée.
Dans le grand hall lumineux du building, du monde semblait se pousser pour se précipiter vers les canapés d’attentes, dans un coin de la pièce, sans pour autant s’approcher. Que se passait-il ? Mafia le vit et compris rapidement que c’était lui, le centre de l’attention. Lui et son aura sauvage. Son coeur fit un bond dans sa poitrine. Quand il croisa son regard, Carl déploya son grand corps et marcha droit vers elle.
— Salut, dit-il. T’es partie avec Naeliya, ce matin ?
— Oui, souffla-t-elle, gênée d’être le centre d’attention. Ma réunion était assez tôt et elle m’avait proposé de m’accompagner. Elle avait un rendez-vous à l’hôpital. Louisa était avec nous.
— Ok. Je dois passer…
Il s’arrêta, se rendant compte qu’elle n’était pas seule et que visiblement, personne ne semblait le reconnaître.
— Bonjour, fit la femme à la droite de Mafia, tendant une main vers lui. Je suis Lucia Lambert, sa supérieure. Vous devez être son petit-ami ?
Carl et Barbaros sentirent que tout en eux se secouaient. « Petit-ami ». Pourquoi ce titre leur faisait tant plaisir ?
— Oui, répondit Mafia.
L’affirmation de leur petit fée termina de les mettre dans un état épouvantable et à la fois, souleva en eux une joie profonde.
— Carl, voilà ma cheffe de service, les présenta-t-elle, timidement, à voix modérée.
— Enchantée, fit Lucia Lambert quand l’Oni lui serra la main.
— De même, répondit-il.
— Pouvons-nous discuter quelques instants ? Demanda la femme, leur montrant une petite salle de réunion vide non loin de là. Un peu plus d’intimité ne serait pas de refus, je pense.
Carl jeta un coup d’oeil à sa belle qui s’approcha de lui pour lui attraper la manche du manteau. Il glissa ses doigts entre les siens, refermant sa petite main dans sa poigne chaude. Il la guida, suivant Lucia Lambert, jusqu’à la porte transparente. Elle ouvrit la porte et les fit entrer, puis ferma et leur proposa de s’installer. Quand bien même Carl aurait voulu être lui-même ici, il se retint de prendre Mafia sur ses cuisses. Assis l’un à côté de l’autre, il n’avait pas lâché sa main, apportant une présence forte et chaude à la jeune femme qui n’était pas à l’aise.
— Qu’est-ce que vous vouliez me dire ? Commença l’Oni. J’ai moi-même une réunion importante dans quelques minutes.
— Je ne prendrais pas longtemps. Je suis au courant de ce qu’à traversé Mademoiselle Langlee, l’an dernier.
Carl serra la machoire. Il aurait préféré ne rien entendre.
— Depuis quelques jours, elle semble un peu absente, voire distraite je dirais. Je m’inquiète pour elle et comme Mademoiselle Langlee n’a jamais utilisé un seul jour de congé, je lui ai imposé deux semaines. J’espère que vous comprenez que, même si elle a continué à travaillé pour nous, malgré son hospitalisation, etc. Tout être humain ne peut vivre en se lançant, tête baissée, dans le travail pour fuir certains problèmes.
Carl serra le poing.
— Et donc ?
— Pendant ces deux semaines de vacances forcées que je lui donne, j’espère que vous pourriez l’aider à trouver un médecin capable de l’aider à parler des problèmes qu’elle rencontre et de pouvoir l’aider à avancer.
Carl poussa un long soupir, caressant les doigts de sa belle.
— Inutile de vous inquiéter pour ça, dit-il en se levant.
Mafia l’imita, en panique.
— D’D’accord, bredouilla la supérieure, peu sûre de ce qu’il voulait dire par « ne pas s’inquiéter ».
Est-ce que Mafia était bien traitée ? Devait-elle s’inquiéter ? Prévenir la police ? Puis, l’homme s’approcha d’elle, tenant toujours la main de la jeune femme dans la sienne et lui tendit une carte. Il se pencha à son oreille et dit :
— Je vous conseille de garder ça très précieusement avec vous. Il se pourrait que le mal frappe les curieux.
Figée sur place, Lucia, tenant la petite carte, n’osa bouger, tétanisée par la peur de cette phrase et le timbre de sa voix menaçante.
Le couple quitta la pièce, traversa le hall bondé pour se rendre vers le SUV garé devant les portes du building. Carl l’aida à monter dans le véhicule, puis fit le tour pour prendre place derrière le volant.
— Pourquoi tu lui as dit ça ? Paniqua la jeune femme.
Carl posa sa large main sur sa cuisse, faisant sursauter Mafia.
— Ta cheffe va comprendre très vite que je suis capable de beaucoup de choses, sourit-il.
Lucia reprit ses esprits et lu la petite carte. Son sang se glaça.
« Carlos Santos « Carl » Carlington ».
Non, c’est impossible ! Mafia sortirait avec un des hommes de… Carl ? LE Carl ?
Elle quitta rapidement la salle pour quitter le bâtiment et voir le véhicule quitter sa place. Ce qu’elle vit à l’intérieur la figea. L’Oni embrassant la main de l’illustratrice qui souriait, véritablement heureuse.
Mafia sortirait avec un Oni ?
Se rappelant des mots de ce dernier et le regard qu’il lui jeta avant de quitter les lieux, Lucia Lambert comprit qu’il lui offrait là, une possibilité de faire preuve d’intelligence et surtout de prouver qu’elle se souciait vraiment de Mafia Langlee. Serait-elle loyale ou ferait-elle partie des nombreux cadavres qui devaient s’empiler dans son jardin ?
Elle avait deux semaines de calme pour réfléchir.
***

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