Chapitre 26

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L’annonce de la fausse-couche fit le tour du clan et des Oni. Mais personne ne vint voir Naeliya, car Kim refusait de rajouter du poids sur l’esprit et le cœur de sa femme.

Ce même matin, Mafia se réveilla et trouva le lit vide. Elle entendit du bruit dans la cuisine ce qui la poussa à se lever pour trouver l’Oni en train de préparer le petit-déjeuner.

— T’es debout ?

Elle se planta devant lui, le regard sérieux et dit :

— Je veux que tu m’apprennes à me défendre et que Barbaros m’aide à utiliser les couleurs pour vous aider.

Le regard décidé, la pose sérieuse, tout en elle transpirait une attitude franche de quelqu’un qui avait passé la nuit à réfléchir sur sa situation et qui avait pesé le pour et le contre pour arriver à une conclusion sinistre comme celle-ci.

— Pourquoi ? demanda l’Oni.

— Parce que je ne veux pas rester sans rien faire.

Carl posa l’assiette de pain grillé qu’il tenait sur le comptoir de la cuisine et la dévisagea, sondant son regard.

— Est-ce que tu te sens vraiment prête à te battre, blesser et potentiellement tuer quelqu’un ?

La question était légitime, mais Mafia était décidée. Après avoir passé la nuit à discuter avec Barbaros, pendant que Carl montait la garde, occupé à travailler sur sa prochaine mission, elle s’était confiée au démon et il lui avait suggéré d’en discuter avec le mafieux, afin de le faire plier.

Ils se jaugèrent tels deux gladiateurs se tournant autour pour savoir qui allait attaquer en premier.

— Tu es sûre que tu vas pouvoir supporter de blesser ou de tuer quelqu’un ? Répéta-t-il.

— Non, mais je ne veux pas être sur le banc de touche. Naeliya et Taeliya savent se battre, Jess triche parce qu’il fait partit du clan depuis très longtemps, répondit-elle avec sincérité. Mais je ne veux pas être celle qu’on doit toujours protéger. Je suis pas faite pour le combat, je sais ça… Mais est-ce qu’elles le sont aussi ? Pourtant, enceinte de Thomas, Taeliya a affronté des hommes armés qui tentaient d’enlever Naeliya. Et elle, même aveugle a sut montrer à quel point elle pouvait être féroce. Pourquoi est-ce que je serais en reste ? Même en fauteuil roulant ou avec des béquilles, je voudrais quand même apprendre à tirer ou au moins à parer des coups !

Carl pouvait voir qu’elle était décidée à vouloir devenir un membre de leur groupe unique. Bien qu’il soit très sur la réserve de devoir entraîner sa belle pour la voir se salir les mains, il comprenait son désir de participer à la protection de leur groupe et surtout de cette famille qu’ils se construisaient petit à petit avec l’arrivée d’une compagne ou d’un compagnon pour les Oni. Avec la princesse et Jess dans leurs vies, ça avait été un choc pour eux de se rendre compte que l’amour et le bonheur leur était permis, mais surtout que les barrières du genre n’avaient jamais existé. Quand Tristan et Jess avaient commencé à se fréquenter, alors qu’ils se connaissaient depuis plusieurs années, ce fut un choc pour tous. Sauf pour Taeliya. Elle avait été la seule à voir leur rapprochement et l’amour qui les liait. Quand Naeliya et Kim avaient commencé à développer des sentiments, Carl s’était demander si son jour arriverait, sans savoir que grâce à la compagne de son meilleur ami, il la trouverait.

Savoir que ces deux femmes avaient toutes deux faillit mourir avait renforcé en lui ce désir de protection. Aujourd’hui, après une nuit à réfléchir sur la situation triste de Naeliya et Kim avec la perte de ce bébé, il avait, encore plus qu’avant, ce sentiment que s’il n’arrivait pas à les protéger réellement des aléas de la vie, il échouerait en tant qu’Oni, mais aussi en tant qu’homme.

Que pouvait bien penser Kim depuis la découverte de cette fausse-couche ? Il n’avait même pas eu le temps de savourer la toute première grossesse de sa femme que déjà il devait fêter sa mort. Samsarra devait également être dévasté, mais étrangement, l’un et l’autre semblaient plus calmes.

Et Mafia qui se réveillait pour lui déclarer son désir d’apprendre à être une guerrière tout en sachant qu’elle n’avait pas la force nécessaire pour ressembler à Sonia, mais assez pour jouer les guetteurs. Il sentit son coeur se serrer puis battre bien plus vite et fort. Elle avait cette facilité à lui faire vivre des émotions comme dans des montagnes russes où les pentes étaient vertigineuses et les descentes mortelles. Chaque virage avait la possibilité de le tuer ou de lui apporter la force nécessaire pour crier au monde qu’il était puissant et possédait une femme digne de lui.

Il soupira, la souleva pour l’installer sur le comptoir, à côté de l’assiette dont les tranches de pains commençaient déjà à refroidir.

— Tu sais qu’on a jamais entraîné qui que ce soit d’autre que nous-même, commença-t-il, penchant son corps pour lui faire face, les bras de part et d’autre de ses cuisses fines.

— Oui.

— Même si mon chef a formé la Princesse, il n’a jamais poussé comme on a pu le faire avec Jess.

Carl voulait voir jusqu’où il pouvait la repousser pour la voir flancher et abandonner, mais elle lui opposa une sublime résistance et à chaque fois qu’il parlait de se salir les mains ou de leur entraînement strict et militaire, elle ne flanchait pas.

— D’accord, céda-t-il enfin. Mais pour ce qui est de l’auto défense, attends que ta copine aille mieux. Autant vous entraîner toutes les deux. Jess sera plus à même de vous guider.

— Merci, sourit Mafia.

Ce sourire suffit, à lui seul, pour faire battre le coeur de l’Oni qui pouffa.

— Je vais finir par mourir avant toi, si ça continue, dit-il.

— C’est faux ! S’exclama la jeune femme, le prenant au dépourvu. Tu es plus robuste, je partirais la première.

— Petite fée, je ne vais pas avoir ce genre de conversation morbide avec toi, l’avertit-il, la voix rauque, grondant sombrement comme un avertissement d’une limite à ne pas dépasser.

Mafia se rapprocha de l’homme, noua ses bras derrière sa nuque et vint déposer un baiser aussi léger que la caresse d’une plume sur la bouche rude du mafieux.

— D’accord.

— Pour ce qui est du reste, reprit-il. Tu verras ça avec l’autre timbré la nuit.

Mafia éclata de rire.

C’est qui « l’autre timbré » ? demanda Barbaros, le regard rouge assombrit par une envie de défier son humain.

Toi, trou de balle, répondit Carl. C’est toi qui lui a mit ces idées à la con dans le crâne.

Elle veut se défendre et avec sa famille qui risque d’apparaître à tout moment pour lui chercher des noises, autant qu’elle soit prête. De plus, avec son enlèvement et les trahisons, ne vaut-il mieux pas qu’elle soit prête. Nous avons des ennemis très puissants et imprévisibles, dit Barbaros.

L’espagnol savait que le démon avait raison, autant que la demande de Mafia était légitime, mais savoir qu’il y avait une possibilité qu’elle finisse terrifiée d’avoir tué quelqu’un ou d’avoir le corps éclaboussé de sang et préférer fuir définitivement pour ne plus jamais le revoir, l’angoissait à mort.

Elle nous a prouvé, jusqu’à maintenant, qu’elle n’avait pas peur, reprit le démon avec douceur. Laisse-la apprendre et voir d’elle-même si elle pourra vraiment continuer ou si elle arrêtera tout d’un coup.

Et si elle nous fuit ? demanda Carl.

Laisse-la tenter.

Peu convaincu, l’Oni souffla.

Soit, il la laisserait essayer. Mais il s’assurerait que Joe reste avec elle pour s’assurer qu’elle n’entre pas en crise et qu’elle se brise après avoir éraflée quelqu’un.

— Je préviendrai Jess et Joe, déclara-t-il enfin, la faisant descendre du comptoir.

— Merci.

— Me remercie pas, gronda-t-il. Je trouve que c’est encore une idée à la con, mais je comprends pourquoi tu le veux.

Le sourire timide de la jeune femme le déchirait.

Elle était heureuse de pouvoir participer à leur vie de groupe et de trouver sa place chez eux, mais il n’était pas serein pour autant. Des ennemis, oui ils en avaient. Et pas qu’un peu.

[…]

De retour au QG, Carl se dirigea vers la barraque de Tristan pour tembouriner à sa porte. Ce dernier vint lui ouvrir, en bas de jogging, torse nue et visiblement encore endormi.

— Ton mec est là ? Demanda Carl sans autre forme de politesse.

— Sous la douche, pourquoi ? Bailla le jeune Oni.

— Dis-lui de me rejoindre chez moi quand il a fini. J’ai un truc urgent à lui demander.

Tristan tiqua à la mine affreuse de son supérieur et ami.

— Tu lui veux quoi ?

— C’est pas pour moi, mais pour Mafia, grommela Carl.

— Oh ?

Tristan se cala contre le chambranle de la porte, bras croisés et un sourire moqueur sur les lèvres.

— Ta petite fée a décidé de sortir les armes ?

— Moque-toi et tu vas finir comme l’écureuil de Kim, menaça Carl peu enclin à l’humour.

Tristan leva les mains.

— Ok, je lui dirais.

— Merci.

Carl quitta le perron du couple pour retourner chez lui où il trouva la jeune femme préparant des boissons chaudes dans sa cuisine. Il aimait l’observer quand elle ne le regardait pas. C’était encore plus divertissant que de l’entendre crier son nom en plein ébats.

— Si tu continues à m’observer comme ça, dit-elle sans se retourner. Je vais croire que tu as un fétichisme bizarre.

— Pense ce que tu veux, répondit l’Oni, l’observant toujours. J’aime juste te regarder.

— Ton café est prêt, annonça-t-elle montrant la tasse fumante d’un geste du menton.

— Merci.

Quand il se décida enfin à s’avancer, il ignora royalement la tasse pour se caler derrière Mafia et lui ceinturer la taille de ses bras puissants. Il ploya son grand corps pour prendre son visage dans la chevelure de sa belle qui continua pourtant à s’agiter.

— Jess et Joe ne devraient pas tarder, déclara-t-il.

Mafia s’arrêta enfin, posant ses mains sur le plan de travail en pierre.

— Je peux pas te dire avec certitude que je ne vais pas paniquer ni bien dormir, dit-elle, fermant les yeux. Mais je veux pouvoir faire quelque chose. Naeliya, son père, Docteur Joe et Taeliya nous ont aidé pour les rêves et la communication avec ton démon. En contre-parti, je devais aider. Ça fait un moment que ça s’est passé et que je n’ai pas effectué ma part du marché.

Carl ne put empêcher un sourire d’étirer sa bouche dure.

— Tu es trop honnête pour le bien de notre clan, ma tendre petite fée.

— C’est ça, moque-toi, souffla la jeune femme.

Un bruit de pneus se fit entendre.

— Je reviens, grommela l’Oni, quittant sa belle pour aller accueillir Joe et Sonia.

Jess arriva quelques minutes plus tard, Tristan sur ses talons.

— Je croyais avoir juste demandé à Jess de venir, pas que toute la bande débarque, gronda l’espagnol, bras croisés sur sa poitrine, le regard sévère.

— S’il vient, je viens, répondit Tristan, entrant à son tour dans le salon de son supérieur. Tu devrais le savoir.

Carl grommela.

— Merci ma grande, fit Sonia, prenant la tasse fumante que Mafia lui tendit.

— Merci, jeune fille, la remercia Joe en prenant la sienne.

— Jess, Tristan, les salua la jeune femme, un sourire timide.

— Salut, Mafia, sourit le jeune mafieux, la saluant d’un signe de la main. Tris’ tu veux bien te pousser ?

— Doucement, tu vas lui faire tomber son plateau.

— Mais non !

Les deux Oni les regardèrent interagir, comme s’ils étaient frère et sœur. Jess avait déjà eu la même attitude avec Taeliya, durant ses premiers jours, voire semaines au sein du clan. Mais avec Mafia, c’était autre chose. Ils partageaient quelque chose de bien plus profond.

— Au moins, ils s’intègrent bien, tous les deux, fit remarquer Tristan à son ami.

— Hm. C’est pour ça que je voulais que ce soit lui qui s’occupe d’entraîner Mafia, répondit Carl, le regard fixé sur elle.

— Bon ! Pourquoi est-ce qu’on m’a fait venir ? Demanda le jeune homme, installé sur un siège.

— Mafia souhaite s’entraîner au combat, déclara Carl, surprenant tout le monde, en dehors de Mafia et Tristan.

— Je me demandais quand est-ce qu’elle allait le demander, soupira Sonia.

— Avec ce qu’il se passe, expliqua la jeune femme, bafouillant et les joues rouges. Je ne veux pas rester en arrière et passer mon temps à attendre qu’on me défende. J’ai promis à Naeliya que je ferais ma part.

— Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? Demanda Joe à Carl.

— J’ai besoin de m’assurer que son mental ne craque pas, répondit l’Oni. Jess est plus à même de lui enseigner, mais avoir du sang sur les mains c’est totalement différent de juste s’entraîner.

— Hm, je vois. Quand veux-tu que ça se fasse ?

— C’est pas à moi qu’il faut demander ça, fit l’homme en montrant la jeune femme d’un geste du menton.

— Mademoiselle Langlee ?

— dès que Naeliya sera capable de me rejoindre, répondit-elle.

— Ah, fit Jess. Ça sera pas pour tout de suite, dans ce cas.

— Je vais déjà commencer par les couleurs et perceptions, annonça Mafia. Barbaros va m’apprendre.

— Le plus apte à ça sera plutôt le démon de Tarik, dit Tristan.

— Mais est-ce qu’il connaît les couleurs qu’utilise Mafia ? L’interrogea Carl.

— Aucune idée, mais on peut toujours lui poser la question, il est rentré y a une heure, répondit le jeune Oni.

***

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