Le premier pas hors du sentier

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Le réveil vibra doucement sur la table de chevet.
Eiden ouvrit les yeux avec lenteur, encore enveloppé par l’odeur froide de l’appartement vide.
Il resta étendu quelques secondes, le regard fixé sur le plafond blanc.

La nuit avait été courte.
Trop courte.

Il avait trop pensé au dossier.
À son nom écrit dessus.
Aux mots de son père.

Eiden s’étira doucement et quitta sa chambre encore plongée dans la pénombre.
Lorsqu’il entra dans le salon, une petite feuille l’attendait sur la table, écrite à la hâte comme toujours :
« Je pars pour quelque temps. Je ne serai pas là avant un bon moment. Ne m’attends pas… et NE VA PAS AU LABORATOIRE. »

Aucune signature, aucun détail, juste ces mots secs.
Eiden inspira profondément, froissant légèrement le papier entre ses doigts.

— Deux semaines… répéta-t-il pour lui-même.

Son père allait être loin.
Loin du laboratoire.
Loin de Noctis Ordo.
Loin de lui.

Pour la première fois depuis longtemps, il ressentit une étrange liberté — un espace vide autour de lui, terrifiant et excitant à la fois.

Il prit son petit-déjeuner rapidement, se prépara, puis récupéra son sac.

Avant de sortir, il se regarda dans le miroir de l’entrée.
Ses yeux…
Une seconde, juste une seule, ils semblèrent pulser d’une lueur bleu pâle.
Puis plus rien.

Il secoua la tête.

— C’est rien… juste le manque de sommeil.

Il quitta l’appartement.
Le vent frais du matin le frappa immédiatement, réveillant ses sens.
Il marcha sans se presser vers l’Académie.

Mais à la dernière intersection, il s’arrêta net.

À droite — le chemin vers les cours.
Tout droit — la ruelle qui menait vers l’entrée dissimulée de Noctis Ordo.

Son cœur ne battait même pas plus vite.
Il savait déjà où il allait.

— Si je veux comprendre… je dois devenir plus fort, murmura-t-il.

Il prit tout droit.

La porte métallique était froide sous sa main.
En poussant, il descendit les marches qui menaient aux étages inférieurs.

Là, dans ce dédale de couloirs humides, se trouvait l’endroit qu’il cherchait :
l’arène d’entraînement, normalement interdite aux apprentis.

Mais aujourd’hui…
Un homme l’attendait devant le sas, passant sa carte sur le lecteur magnétique.

L’homme se tourna vers lui, sourcil levé.

— T’es le fils du docteur Soryu, hein ?
Bon… suis-moi. Je t’ouvre. Juste pour entrer.

Il activa la porte, puis s’éloigna sans poser de questions.

Eiden inspira.

Et entra.

La porte se referma derrière lui dans un souffle métallique, étouffé par l’immense silence de l’arène.
Personne. Aucun murmure, aucune présence.
L’homme qui l’avait laissé passer était déjà parti.

Eiden inspira profondément.

La salle était bien plus grande qu’il l'imaginait : murs recouverts d’impacts, sol marqué par des brûlures circulaires, comme les traces de combats répétés.
L’endroit semblait presque vivant, respirant une tension silencieuse.

Sur un râtelier contre le mur, plusieurs armes d’entraînement attendaient.
Il s’approcha et prit une épée simple, un modèle léger au tranchant émoussé.

— Parfait…

Il se plaça au centre du terrain.
Ses doigts se resserrèrent autour de la poignée.
Le drone d’entraînement se déploya dans un bourdonnement mécanique.

Premier mouvement.
Eiden esquiva, frappa, recula.
Son souffle se régula.
Son corps suivait un rythme instinctif, presque naturel.

Une minute passa. Puis deux.
Il ne remarqua même pas la porte de l’arène qui s’ouvrit doucement derrière lui.

Une silhouette entra, silencieuse.

La femme observa quelques secondes sans rien dire :
Les pas précis d’Eiden.
Son équilibre.
La manière dont son épée coupait l’air.

Puis une voix, calme mais assurée, résonna :

— Tu te débrouilles plutôt bien pour quelqu’un censé être un simple apprenti.

Eiden se retourna brusquement.
Une femme était là, grande, silhouette nette dans la lumière froide, son manteau sombre retombant en un pli parfait. Ses yeux verts le fixaient avec une curiosité tranquille.

Il avala sa salive, surpris qu’elle l’ait observé.

Elle s’approcha, mains derrière le dos, l’air de quelqu’un qui évalue un équipement plus qu’un élève.

— Dis-moi… qui t’a appris à manier une lame comme ça ?

Eiden baissa les yeux. Un bref silence pesa dans l’arène, seulement brisé par les échos métalliques.

— C’était… ma mère, dit-il enfin.

La femme haussa légèrement un sourcil, mais ne parla pas.

— Elle m’a appris quand j’étais petit, continua-t-il, la voix plus basse. Avant… avant qu’elle meure.

Une lueur, imperceptible mais réelle, passa dans les yeux de la femme. Pas de la pitié — quelque chose de plus proche de l’intérêt.

— Je vois.

Elle fit deux pas autour de lui, l’observant comme une ombre qui tourne autour d’une flamme.

— Alors elle t’a bien formé. Tu n’as pas la technique des académies… mais tu as l’instinct. Ce qui manque à la plupart.

Eiden releva les yeux, un peu surpris.

Elle s’accroupit pour ramasser une épée d’entraînement tombée au sol, la fit tourner entre ses doigts avec aisance, puis la lui tendit.

— Montre-moi ta garde. Celle que ta mère t’a enseignée.

Sa voix n’était ni douce ni dure.
Juste… curieuse. Curieuse de lui.

L’entraînement reprit.
Eiden resserra sa prise sur l’épée et se remit en garde. La femme l’observait sans un mot, les bras croisés, comme si chaque mouvement était une ligne qu’elle lisait.

Il attaqua.
Une, deux, trois frappes rapides.
Mais à chaque changement de direction, son centre de gravité vacillait légèrement. Un pied glissait un peu trop, son épaule s’ouvrait trop tôt, et sa posture se décalait d’un cheveu.

Un cheveu… mais suffisant pour être remarqué.

— Stop.
La voix de la femme claqua comme un fouet.

Eiden s’immobilisa, essoufflé.

Elle avança lentement vers lui, ses yeux verts brillant dans la lumière froide de l’arène.

— Tu compenses mal ton poids, dit-elle en l’observant de haut en bas. Tu frappes bien, mais tu es instable.

Elle lui tourna légèrement autour, comme une prédatrice qui évalue sa proie.

— Montre-moi à nouveau.

Eiden s’exécuta… et, encore une fois, perdit une fraction d’équilibre lors d’une feinte.

— Voilà, dit-elle en levant un doigt. Tu vois ? Tu attaques avec ton bras… pas avec ton centre.

Elle soupira, puis se dirigea vers le mur où étaient rangées les armes d’entraînement. Ses doigts glissèrent sur les manches froides avant d’en saisir une : une deuxième épée.

Elle revint vers Eiden… et la lui lança.

Eiden eut juste le temps de l’attraper au vol.

— Essayez avec deux épées ? répéta-t-il, surpris. Mais je ne sais pas...

— Mets-toi en place, le coupa-t-elle sèchement sans même le regarder.

— Mais je n’ai jamais...

— En place.

Sa voix était calme, mais ferme, sans appel.
Eiden obéit, le cœur battant. Deux armes, une dans chaque main… c’était totalement nouveau.

La femme recula de deux pas, mains derrière le dos.

— Montre-moi. Sans réfléchir. Laisse ton corps faire.

Eiden inspira profondément.
Et attaqua.

Eiden respira profondément et se remit en garde. La sueur coulait le long de sa tempe, son souffle encore irrégulier après les enchaînements qu’il venait de tenter avec deux lames. Il tourna légèrement autour du cercle, concentré sur son équilibre, cherchant à stabiliser chaque mouvement.

Dans un coin de la salle, silencieuse comme une ombre, la femme l’observait toujours. Appuyée contre le mur, bras croisés, son regard vert le suivait, attentif, presque… analytique.
Eiden, trop absorbé par sa propre coordination bancale, ne lui prêtait pas attention. Il voulait réussir cet enchaînement. Juste une fois.

Il bondit, pivot, double frappe.

Raté. Son pied glissa légèrement. Il grogna.

Alors seulement, la voix de la femme s’éleva, calme et sans moquerie :

— Dommage. Tu progresses vite… mais tu perds encore ton équilibre.

Eiden sursauta presque. Il ne s’attendait pas à ce qu’elle parle maintenant, même s’il savait qu’elle était là.

Elle s’approcha de lui, sans se presser, les mains glissées dans les poches de son manteau long.

— Et puis, ajouta-t-elle en désignant les deux épées, j’vois que tu t’accroches. Mais je ne suis pas venue pour entraîner quelqu’un, tu sais.

— Mais… puisque tu y mets de la volonté — et que tu n’as pas fui en me voyant — on va faire une exception.

Elle fit un signe du menton.

— Allez. Reprends.

Eiden hocha la tête et se remit en position. La femme dégaina à son tour une lame d’entraînement suspendue au mur. En un instant, elle disparut de son champ de vision.

Un souffle. Un choc.

Eiden para de justesse. Ses bras tremblèrent. La femme recula d’un pas, un léger sourire sur les lèvres.

— Bien. Tu apprends vite… très vite même.

Ils enchaînèrent. Coup après coup. Son corps bougeait avant même qu’il ne comprenne comment. Les deux lames dans ses mains semblaient étrangement naturelles, presque faites pour lui.
Quand il faillit perdre l’équilibre, elle stoppa net l’assaut et leva une main.

— Ton équilibre. C’était ton point faible tout à l’heure… et maintenant, tu le tiens presque parfaitement. Impressionnant.

Eiden tenta de répondre mais elle continua :

— Tu es un bi-lame. C’est évident. Arrête d’utiliser une seule épée, tu te brides toi-même.

Il acquiesça, haletant.

Les minutes passèrent, puis la femme planta sa lame dans le sol. Le bruit métallique résonna dans toute la salle.

— Assez. Pour aujourd’hui.

Eiden s’écroula presque, posant les mains sur ses genoux, respirant à grandes bouffées. La femme, elle, ne semblait même pas essoufflée.

Ils s’assirent sur le bord de l’arène. Le sol était froid sous leurs mains.

Elle rompit le silence.

— Pourquoi tu ne t’entraînes pas dans l’arène des nouvelles recrues ? Là où sont les apprentis de ton âge ?

Eiden détourna le regard.

— Je… je n’ai pas envie de croiser des gens de ma classe. Pas aujourd’hui. Pas maintenant.
Et ici… personne me dérange.

La femme hocha lentement la tête, comme si la réponse lui convenait.

— Alors tu t’entraînes pour le tournoi ? Il est dans trois jours, si je ne me trompe pas.

— Non, répondit Eiden sans hésiter. Je m’entraîne… juste pour être plus fort.

Un silence, mais pas un silence vide — un silence qui observait, qui évaluait.

Finalement, la femme se releva.

— Bien. Ton entraînement est terminé pour aujourd’hui. Maintenant, c’est à moi.

Eiden se releva aussi, rangea les deux lames et commença à s’éloigner. Arrivé à la porte, il hésita, fit volte-face.

— Attendez… Comment vous vous appelez ?
Et… est-ce qu’on se reverra ?

La femme s’arrêta, sans se retourner immédiatement. Puis elle pivota la tête, juste assez pour croiser son regard.

— On se reverra sûrement.
Quant à mon nom…

Un sourire énigmatique.

— Tu n’en as pas besoin.

Elle leva la lame et ajouta :

— Va-t’en maintenant.

Eiden la contempla quelques secondes, indécis, puis hocha la tête et quitta l’arène.

La porte métallique se referma derrière lui.
Et déjà, à l’intérieur, le son des frappes résonnait à nouveau.

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