Chapitre 18 : Stratégie et embuscade

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Extrait de la lettre personnelle de Maël Rivenhart à l’attention de Kaelra Rivenhart

“Je ne peux pas tout te confier dans cette lettre, au risque qu’elle soit interceptée. Mais il est une chose que tu dois savoir : Rose Delacroix est arrivée à l’Académie. Personne ne sait comment elle a franchi les frontières d’Erynor.

J’ai rêvé de vengeance pendant des années, Kaelra. Je m’y suis accroché comme à une certitude. Pourtant, elle ne correspond pas au monstre que je m’étais construit. Comment poursuivre une haine ancienne lorsqu’elle prend les traits d’une innocente ? "

Les équipes furent constituées par tirage au sort : boules noires contre boules blanches. Rose plongea la main dans le pochon que lui tendait le professeur Grimal et en retira une boule noire. Maël obtint la même couleur, tandis que Diane tira une blanche. Les noirs reçurent des brassards bleus ; les blancs furent marqués de rouge.

Très vite, Rose comprit qu’ils allaient devoir s’affronter.

Chaque équipe devrait gagner l’un des deux versants de la forêt au signal de départ, établir une stratégie et vaincre le camp adverse. Tout adversaire maintenu au sol plus de trois secondes serait éliminé et devrait remettre son foulard à celui qui l’avait mis à terre.
À la fin, on compterait les trophées.

Au signal du professeur Grimal, Rose s’élança dans la direction convenue avec les siens. Mais les rouges passèrent aussitôt à l’attaque. Au lieu de se replier pour délibérer, ils avaient choisi l’effet de surprise, une tactique brutale, mais redoutablement efficace.

Des cris éclatèrent autour d’elle. Des corps s’effondraient dans les feuilles mortes. Elle perçut des pas dans son dos : quelqu’un la prenait en chasse. Sans doute la considéraient-ils comme une cible facile, elle qui n’appartenait pas encore officiellement à l’Élite. Pourtant, son entraînement avec Maël prit le relais, instinctivement. Elle se retourna brusquement et asséna un coup de pied dans l’estomac d’une adversaire rouge, qui vacilla avant de tomber. La jeune femme se releva rapidement, mais Rose avait déjà gagné les précieuses secondes nécessaires pour prendre de l’avance.

— On se replie dans la forêt ! cria Maël, qui avait naturellement pris la tête du groupe.

Ils s’enfoncèrent sous les arbres, profitant de l’obscurité pour se dissimuler et reprendre leur souffle. La lune peinait à percer le feuillage épais, et le moindre craquement pouvait les trahir. Ils étaient désorganisés et dispersés, incapables d’élaborer la moindre tactique cohérente.

Rose se plaqua contre un peuplier, le cœur battant à tout rompre. Elle avait perdu les autres.

Elle était seule.

Des murmures s’élevèrent tout proche : les rouges s’étaient divisés en petits groupes pour les traquer un à un. Rose leva les yeux vers les branches et décida de grimper.

Depuis sa cachette, elle aperçut deux silhouettes masculines qui s’éloignaient, tandis que, plus loin, les cris redoublaient. Elle ne pouvait rester immobile alors que son équipe se battait.

Le jeu l’avait galvanisée ; elle sentait en elle un besoin impérieux d’agir.

Alors qu’elle s’apprêtait à redescendre, un homme et une femme s’arrêtèrent au pied de son arbre.

Et soudain, quelque chose changea. Sa vision se précisa avec une netteté redoutable.

C’était comme si ses yeux s’étaient acclimatés à la pénombre en un instant. Les ombres reculèrent. Chaque mouvement dans les sous-bois lui apparut distinctement, comme si la forêt elle-même lui désignait sa proie.

Elle sauta et atterrit sur le dos de l’homme, qui s’écrasa face contre terre.
D’un mouvement fluide, elle frappa le genou de la femme, la faisant chuter à son tour.

L’adversaire roula sur le côté et se redressa en position défensive, mais l’obscurité la handicapait.
Rose, elle, se mouvait avec une précision nouvelle.

En un pas, elle contourna la jeune femme, l’attrapa par derrière et la fit basculer. Son bras plaqué au sol, elle compta intérieurement les secondes.

Les deux Rouges, furieux, arrachèrent leurs rubans et les jetèrent à ses pieds dans un geste rageur.

Rose ne s’attarda pas. Au loin, les combats s’intensifiaient.
Elle rejoignit la zone principale, où les affrontements avaient pris une tournure bien plus violente qu’un simple exercice. Les Rouges dominaient largement, profitant de leur attaque initiale.

Elle tenta d’en surprendre un par derrière, mais un coup de pied fusa vers son ventre. Elle roula au sol pour l’éviter et se releva face à l’homme en rouge, désormais pris en étau entre elle et une coéquipière Bleue.

Après plusieurs échanges rapides, Rose frappa son adversaire au tibia ; il s’effondra. Ensemble, elles le plaquèrent au sol et comptèrent les secondes.

La jeune femme Bleu arracha le ruban rouge et le tendit à Rose.

— Tu t’es battue plus longtemps que moi contre lui, murmura Rose en repoussant le ruban.

Un sourire reconnaissant illumina le visage de sa coéquipière, puis elles se séparèrent.

Rose s’apprêtait à intervenir dans un nouvel affrontement lorsqu’une douleur fulgurante lui vrilla la cheville. Elle tomba.

Dans sa chute, elle aperçut une silhouette aux cheveux couleur de blé.

Diane.

Comme si l’obscurité n’existait pas, Diane se mouvait avec une précision implacable. Chaque geste était calculé, net, inévitable.

Rose tenta de résister, mais les coups s’abattirent sans répit ; au nez, aux côtes. Un goût métallique envahit sa bouche.

— Te voilà face à moi, souffla Diane d’une voix basse. Tu ne sais même pas à quoi tu ressembles.

Un dernier coup la projeta au sol. Des mains la plaquèrent contre l’herbe. On lui arracha son foulard, tirant douloureusement sur sa natte.

Le visage écrasé contre la terre, Rose grinça des dents.

Diane s’agenouilla près d’elle, renforçant son immobilisation.

— Rentre, Rose.

Puis elle se releva et disparut.

Rose se redressa péniblement et rejoignit la clairière, chaque pas lui arrachant une protestation silencieuse. Elle remit ses foulards au professeur Grimal, qui l’envoya à l’infirmerie d’un geste bref.

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