Chapitre 37
— Votre table a été réservée, annonça Juan.
— Merci. Il est vrai qu’il se fait tard. Si tout le monde veut bien se diriger vers la sortie pour que nous allions manger ! Vous également, Monsieur Collins, Mesdames, s’exclama Stein en se levant.
— Nous…
— Je vous déconseille de contredire ce vieux monsieur, dit Taeliya en se moquant gentiment de son père.
— Ah, douce vie ! Que m’avez-vous fait pour me donner une fille pareille ? Soupira le vieux mafieux.
— Malheureusement, vous avez trop fait pour m’avoir, cher père ! rétorqua sa fille sur le ton du jeu en lui prenant le bras.
— Touché, sourit-il.
Ils sortirent en premier, prenant la tête du cortège, suivis par Alya et Noah, puis les Collins entourés des démons. Juan, ayant droit également à son dîner d’affaires avant de pouvoir rentrer chez lui, menait tout ce petit monde jusqu’au salon du restaurant.
Dans le hall, l’équipe du soir venait de prendre la relève. Quand ils arrivèrent, les Collins furent témoins du respect envers le père et sa fille, mais également celui de ce duo de choc envers leurs employés.
Eric pouvait enfin voir la jeune femme dans un milieu qu’elle maîtrisait avec un certain naturel.
Ils furent accueillis par deux serveurs qui les précédèrent vers une large table dans le fond du restaurant, leur procurant une certaine intimité. Le groupe se plaça naturellement et les Collins furent installés en bout de table. Taeliya et son fiancé discutaient avec Alya, la compagne de Stein Carlington. L’homme intriguait beaucoup la fille Collins, tout comme le reste de ce groupe dangereux. Les hormones de son âge la rendaient sensible à la moindre trace de testostérone. Et savoir que ce groupe-là était complètement masculin ne devait pas aider et encore moins lui montrer le danger. Pourtant, Taeliya ne semblait pas en avoir peur et c’était ce qui devait encourager Diana dans ce sens, mais un grondement les firent se redresser.
L’un des démons avait remarqué le regard insistant et luisant de la fille Collins, ce qui avait dû lui déplaire, le faisant donc gronder, attirant l’attention de toute la table.
— Dorian ? intervint Taeliya.
— Tout va bien, Princesse. Rassurez-vous, fit ce dernier sans quitter la fille des yeux.
Il plongea son mal dans le regard effrayé de cette dernière qui détourna rapidement les yeux, le visage blanc, comme exsangue.
Taeliya se leva, fit le tour de la table et s’approcha du démon. Elle posa sa main sur son épaule, se pencha et lui murmura quelque chose à l’oreille. Tous le virent hocher la tête, mais il ne put s’empêcher de lancer un regard violent à la fille, puis reporta son attention sur ce qu’il se passait près de lui. L’un des serveurs revint à ce moment-là pour prendre les commandes.
— Avez-vous choisi ? demanda ce dernier en sortant son stylo électronique, prêt à noter sur sa machine.
— Le chef peut-il encore me faire mon plat favori ? demanda Stein, une pointe de gourmandise dans la voix, faisant rire tout le monde, ainsi que le serveur.
— Je vais lui demander. S’il ne peut pas, souhaiteriez-vous autre chose ?
— Demandez-lui d’abord, je choisirai après.
L’homme disparut rapidement et revint à peine quelques minutes plus tard, accompagné du chef du restaurant.
— Gilbert !
— Monsieur Carlington ! s’inclina ce dernier. Michel est venu me demander si je pouvais vous faire votre plat favori.
— Oui, est-ce possible ?
— Euh… Je n’ai malheureusement pas tous les ingrédients. Ce n’est plus la saison, Monsieur… bredouilla le chef, légèrement inquiet de devoir refuser une telle commande à son patron.
— Me voilà bien embêté, souffla le mafieux en se renfonçant dans son siège, déçu.
— Papa, choisis donc autre chose. Le chef sait ce qu’il doit cuisiner. C’est un expert, dit sa fille.
— Tu as raison, ma puce. Je vais suivre ta recommandation. Dans ce cas, en entrée, je vais prendre une salade de chèvre chaud.
Le chef s’inclina, puis quitta la table, laissant le serveur noter sur sa petite machine la commande du patron, ainsi que celles de toute la table, autant en entrées qu’en plats et en vins.
— Ne vous souciez pas de la note de ce soir, Monsieur Collins, fit Stein.
— Pourtant, je ne peux user de votre générosité à ce point ! s’étrangla l’homme en se rappelant des prix sur la carte. Votre hôtel est l’un des plus luxueux qui soit et le plus cher également.
— Et jusqu’à nouvel ordre, vous êtes un invité ! Demain, mes hommes vous raccompagneront chez vous et nous mettrons en place une surveillance complète jusqu’à votre déménagement.
— Nous avons plusieurs logements très sécurisés, expliqua Juan.
— Tout à fait. Nous regarderons ça demain, déclara Stein en faisant un signe de la main comme s’il chassait une mouche.
— Mademoiselle ? tenta l’ancien directeur en s’adressant à Taeliya.
— Ma fille ne sera pas là.
— Nous partirons après le dîner, intervint Noah.
— Il est temps pour nos tourtereaux de célébrer leur été comme il se doit, s’amusa Stein.
— Rassurez-vous, mon cher, fit Alya en souriant. Je saurai comment vous consoler.
La table pouffa, accueillant cette répartie avec légèreté.
Diana se pencha vers sa mère et lui demanda :
— C’est une prostituée ?
— Diana ! s’offusqua sa mère, outrée. Tais-toi ! On risque la mort à chaque fois que tu l’ouvres ! Tu vois bien que non !
— Bah quoi ? Elle ressemble pas du tout au reste, se justifia la jeune fille en haussant les épaules.
Quand le serveur arriva, ce dernier avait l’air plus que furieux et déposa violemment l’entrée devant elle comme on servirait un chien enragé, de peur de chopper la rage également. Elle sursauta, mais celle qui devint aussi blanche qu’un linge fut sa mère, comprenant qu’elles avaient été entendues.
Cette dernière voulut se rattraper, mais déjà il les avait quittées pour servir son mari, ainsi que l’un des démons qui ne les avait pas lâchées du regard. Un long frisson glacé lui remonta l’échine. Elle pria silencieusement que Dieu leur vienne en aide. Sa fille ne mesurait pas le danger dans lequel elle les plongeait. Consciente ou pas, ils risquaient la mort si elle ne se taisait pas et si elle ne baissait pas la tête au lieu de les provoquer. Que cherchait-elle ? Les deux parents se regardèrent et tous deux comprirent que s’ils ne reprenaient pas le contrôle assez rapidement, c’en serait fini de leur famille et ce ne serait que justifié.
Mais alors que Diana s’apprêtait à s’offusquer du traitement dont elle venait d’être témoin, un grondement assourdissant fit trembler la table. En panique, ses parents se figèrent sur leurs chaises, attendant que la sentence se fasse en plein restaurant, mais il n’en fut rien. Taeliya se leva tranquillement et s’avança vers eux, le regard aussi lumineux que les éclairs foudroyant le ciel en plein orage. Ils pouvaient voir les hommes se redresser contre les dossiers de leurs sièges, très attentifs à ses moindres faits et gestes, prêts à intervenir au moindre souci.
Elle vint se planter dans le dos de l’étudiante, se pencha en avant et lui dit de façon à ce que sa famille puisse entendre ses paroles qui n’auront aucune suite, hormis un ordre exécutif.
— Je ne sais pas de quel droit vous vous permettez de juger les gens ici, Mademoiselle Collins, dit-elle froidement. Mais sachez une chose. J’ai horreur qu’une prétentieuse à qui l’on vient de sauver la vie se permette d’insulter ma famille. Si votre but, actuellement, est de plonger votre famille dans une mort imminente, je peux y répondre dans l’immédiat et tout sera réglé. Vous n’aurez et ne serez plus rien. Si par contre, votre curiosité est de l’ordre de l’innocence et de la maladresse, je peux encore le pardonner. Cependant, de ce que nous avons pu entendre, il n’y a rien d’innocent dans vos regards ou vos actions et visiblement encore moins dans vos paroles. En revanche, votre mère a bien compris que sa vie, ainsi que les vôtres, sont en jeu. Si mon père ou l’un d’entre nous ici décide que vous n’en valez pas la peine, je prendrai un certain plaisir à voir votre tête et votre corps se faire déchiqueter et votre sang se répandre sur le sol du restaurant.
Le ton était froid, coupant et même son regard était sombre, voire assassin. Elle, qui était pourtant douce et timide, démontrait qu’aujourd’hui, ce n’était plus une petite fille effrayée, mais bien l’enfant d’un mafieux puissant et craint. Elle défendait sa famille et n’appréciait pas les insultes visant à blesser. Eric la vit glisser ses doigts sur le couteau à viande et son sang se figea dans ses veines.
Elle n’allait tout de même pas blesser sa fille ?
— J’ai votre père en haute estime, mais actuellement… je n’en ai aucune pour vous. Votre mère a très peur que j’utilise ceci. Je vous avoue que je suis bien tentée, mais mon fiancé risque de m’en vouloir si je me blesse. Pareil pour mes hommes qui seraient très en colère. Cependant…
Elle prit le couvert et le fit glisser sur l'avant-bras de la fille, qui se mit à pleurer, jusqu’à atteindre sa gorge. Ils entendirent Taeliya pouffer d’un léger rire sans joie, elle reposa l’instrument et se redressa pour retourner à sa place dans un silence de mort.
Seuls les regards de son père et de ses démons, fiers d’elle, brillèrent en la regardant prendre place. Alya posa sa main sur son avant-bras, lui demandant si elle allait bien. Elle savait que cette attitude coûtait beaucoup à la jeune femme qui n’appréciait pas devoir jouer un tel rôle. Ils savaient qu’elle n’était pas ce genre de personne. Noah glissa sa main le long de sa cuisse et lui pressa la peau. Elle ne dit plus rien, laissant son compagnon et son père prendre le contrôle de la discussion, même si l’ambiance était devenue froide. Diana regardait la jeune femme. Son corps tremblait de peur, mais également de colère. De quel droit cette fille la menaçait-elle ?
Son père ne risquait rien et sa mère non plus. Ce n’était que du bluff, ils ne les tueraient pas. Du moins, c’était ce qu’elle tentait de se dire pour se convaincre qu’elle n’était pas en présence du groupe le plus mortel du clan.
— Monsieur Collins ! s’exclama alors Stein.
— Monsieur ?! répondit celui-ci en se redressant sur son siège.
— Nous vous avons préparés deux chambres pour cette nuit, j’espère qu’elles seront à votre convenance.
— Ce… Vous êtes beaucoup trop généreux, après ce que ma fille vient de faire…
— J’ai promis à la mienne de garder un œil sur vous trois pour votre protection. Je me plierai à la moindre de ses exigences, déclara-t-il en plantant son regard sombre dans celui de la jeune fille assise entre ses deux parents.
— Je…
— Merci, Monsieur Carlington, s’empressa de dire la mère, interdisant ainsi à sa fille de prononcer le moindre mot qui pourrait leur être fatal.
Le reste du repas se passa dans une ambiance glacée, mais à travers laquelle Taeliya put retrouver un peu de paix. Elle reprit quelques couleurs, même si elle n’avait qu’une envie, fuir pour pleurer. Elle ne se supportait pas dans ce rôle et avait besoin de calme. Elle n’était pas la louve agressive que beaucoup espéraient. Son clan savait qu’elle n’était pas destinée à devenir comme son père, elle tenait trop de sa maman pour cela.
Quand il fut l’heure de quitter le restaurant, Stein appela un serveur, afin de payer, puis se leva, suivi d’Alya, à qui il proposa son bras, puis par le reste de la table.
— Georgy va vous accompagner jusqu’à vos chambres, dit-il une fois dans le hall. Je vous verrai demain matin dans mon bureau à 10 h. J’enverrai quelqu’un vous chercher. Ma fille, profite de ce moment, d’accord ?
— Ne t’en fais pas, papa, dit-elle en venant embrasser son père. Il veillera sur moi.
— Comme toujours, répondit Noah en l’attirant à lui.
— Je n’en doute pas, sourit le mafieux.
— Vous raccompagnez le Boss, on se voit dans quatre jours.
— S’il y a le moindre souci…
— Rassure-toi, Jess. Tout ira bien, lui dit la jeune femme.
— J’aime pas te voir partir comme ça, bouda son ami.
Elle le prit dans ses bras et lui murmura quelques mots. Quand ils se décrochèrent l’un de l’autre, il hocha la tête.
— Promis ?
— Oui, promis, répondit la jeune femme. Tristan, prends soin de lui.
— Vous en faites pas, Princesse, je vais bien m’en occuper ! s’exclama ce dernier.
— Allez-y mollo quand même, hein ? leur lança la jeune femme en pouffant.
— Le chef nous a déjà donné des ordres pour le préparer avant votre retour, dit Carl, un bras sur les épaules d’un Jess peu rassuré.
— D’accord, d’accord ! céda-t-elle en gloussant. Pas de bêtises, hein ?! Monsieur Collins, si vous avez la moindre question, n’hésitez pas à en faire part à Juan, ainsi qu’à mon père.
— Je n’y manquerai pas, Mademoiselle, dit-il en inclinant légèrement la tête comme il avait vu les autres le faire.
Taeliya sourit à ceci avant de s’adresser à la coiffeuse :
— Alya, je te le confie.
— Ne t’en fais pas, ma belle. Il est entre de bonnes mains avec moi.
Les deux femmes pouffèrent. Leur complicité était belle à voir et Eric, tout comme sa femme, comprirent qu’elles étaient amies et qu’elles se protégeaient l’une l’autre. Eric avait appris qu’Alya était coiffeuse et que c’était la jeune femme qui avait joué les entremetteuses entre les deux adultes, ce qui expliquait son coup de sang durant le dîner.
Un homme arriva près d’eux. Il échangea quelques mots avec son patron, puis Taeliya et l’Oni quittèrent le groupe. Stein et les démons gardaient un regard anxieux sur la jeune femme. L’homme dépêché leur indiqua qu’il allait les conduire à leurs chambres.
Stein salua le trio, puis quitta l’hôtel, accompagné des démons et d’Alya qui commençait à fatiguer.
— J’espère qu’elle va réussir à dormir, dit-elle dans la voiture.
— Elle était tremblante quand on a quitté le restaurant, confirma Jess.
— Ne vous en faites pas. L’Oni sait comment l’aider à dormir, répondit Stein, non sans ressentir encore la colère foudroyante du dîner et l’inquiétude qui en avait découlé quand il avait vu sa fille chercher activement le contact de Noah sous la table, tout en essayant de paraître la plus tranquille possible.
— Où est-ce qu’ils vont, d’ailleurs ? demanda Alya.
— Dans un endroit que ma fille rêve d’avoir.
— Vous comptez la leur donner ?
— Il me l’a déjà achetée, avoua Stein en souriant.
— Pardon ?! Mais ça veut dire qu’ils ne seront plus au manoir ?!
— L’Oni a prévu de garder ses démons près de lui, les rassura le mafieux, un sourire en coin.
Le souvenir de sa précédente conversation avec son futur gendre restait ancrée dans son esprit. Ce dernier lui avait exposé tout son plan de vie avec la jeune femme, jusqu’à lui offrir une somme conséquente pour la petite maison, ainsi que le rachat de la parcelle de forêt dans laquelle elle se trouvait. Stein y avait beaucoup réfléchi et savait que sa fille devrait bientôt voler de ses propres ailes. Il pouvait compter sur Noah pour l’épauler et continuer à travailler pour lui jusqu’à ce qu’il décide de passer le lead à l’Oni. Il savait que sa fille ne voudrait pas reprendre le clan au même titre que lui, mais Noah avait toutes les qualités requises pour lui succéder. S’il déménageait dans cette maison, le groupe les suivrait et Noah avait déjà commencé à faire les démarches pour surprendre ses compagnons, ainsi que la jeune femme. Stein savait qu’il y réfléchissait depuis une bonne année, si ce n’était pas depuis leur première rencontre.
« Promets-moi que quoi qu’il se passe, tu ne nous trahiras jamais. »
Noah s’était littéralement saigné pour faire cette promesse. Taeliya ne le saurait jamais. Selon les lois du clan, si le Boss demande une promesse de sang, elle ne sera connue que de lui et de la personne à qui il l’a demandée. Mais elle s’en douterait sûrement, intelligente comme elle était.
Arrivés devant la maison de la forêt, Taeliya trépigna.
— Sérieux ?! s’exclama-t-elle en se tournant vers son compagnon qui venait de couper le contact. On va vraiment passer quatre jours ici ?
— Quoi ? Je croyais que tu aimais cet endroit.
— Bien sûr que je l’aime ! Je pensais que tu voulais aller ailleurs. C’est une belle surprise !
— Content que tu aimes, alors.
Ils quittèrent le véhicule et tandis que Noah déchargeait leurs bagages, la jeune femme alluma son flash pour pouvoir voir où elle mettait les pieds, mais ne quitta pas la voiture, connaissant le protocole qu’il lui avait appris au fil du temps.
Il s’avança, la jeune femme accrochée à lui, et déposa leurs sacs sur le perron. Il glissa son bras derrière lui pour mettre sa main sur son pistolet. Il ouvrit la porte et désactiva le système d’alarme qu’il avait fait installer depuis leur dernier passage. Il entra dans la maison sans allumer les lumières. Taeliya alla se cacher sous la table de la cuisine.
Les ordres de Noah pour sa sécurité étaient clairs. Elle devait se cacher le temps qu’il vérifie les lieux, avant qu’il revienne vers elle pour lui certifier qu’il n’y avait rien.
Au bout d’une dizaine de minutes, Noah alluma les lumières et vint l’aider à sortir.
— Tout est bon ?
— Oui, aucune trace de quoi que ce soit. Le système que Kim a installé est très performant. Je vais monter nos sacs, tu devrais aller te faire couler un bain.
— Tu m’y rejoins ?
— Appelle-moi.
— Oui, chef !
Elle lui baisa la joue et le précéda dans les escaliers, qui sentaient bon le bois, pour retrouver leur chambre et filer droit dans la salle de bain.
Noah sourit. Kaelis avait été assez tranquille, hormis durant le dîner où il avait failli sortir pour réduire en pièces cette fille sans-gêne et sa famille. L’intervention de Taeliya les avait tous surpris.
Elle doit se reposer, lui avait dit son démon intérieur.
Tu as raison, j’ai peur qu’elle se mette la pression uniquement parce qu’elle est la fille de Stein, avait répondu Noah.
Et la fiancée du pire des démons jamais porté sur cette terre, lui avait rappelé Kaelis, non sans en rire.
On est deux.
Ah, mais je suis innocent, moi ! s’était offusqué Kaelis.
Bah bien sûr ! Même Taeliya n’y croirait pas.
Pff…
Dans la chambre, Noah se sentait comme chez lui. Ce serait dur pour sa belle de devoir quitter le manoir, mais il savait que c’était le bon choix. Stein lui avait donné son accord, non sans en ressentir une grande tristesse, mais il n’avait pas refusé. L’Oni était un homme d’honneur et Stein le savait. Pour lui, le chef du clan avait été comme un père, un mentor et un ami. Le clan ne serait jamais donné à
Taeliya, car elle n’avait pas les épaules pour le gérer, même si elle démontrait certaines capacités d’une cheffe. Elle, tout comme son père, avait une entière confiance envers son fiancé, c’était la raison pour laquelle Stein avait été d’accord pour le désigner comme successeur.
Ses hommes le suivraient, peu importe ce qu’il ferait ou dirait, et Taeliya était le point central entre eux tous. Les moments où ils partiraient en mission, elle retournerait au manoir pour plus de sécurité. Mais un point était encore à négocier. Jess.
Il entendit l’eau couler et la jeune femme chantonner. La savoir heureuse de revenir ici lui fit battre le cœur et il ne put s’empêcher de se diriger vers elle pour la prendre dans ses bras.
Il la trouva en culotte, chantonnant devant le miroir et démaquillant son visage. Quand elle le sentit contre son dos, Taeliya ne put s’empêcher de sourire. Elle se laissa aller contre son corps brûlant et dur. Il posa son menton dans le creux de son épaule, admirant le tableau qu’ils renvoyaient dans le miroir.
— Tu m’as l’air heureuse.
— Je le suis ! s’exclama-t-elle.
— Pourtant à table, ce n’était pas le cas, gronda-t-il.
— Je n’aime pas devoir jouer la méchante, mais j’aime encore moins voir quelqu’un à qui on tend la main insulter ma famille sans la connaître… marmonna-t-elle la mine boudeuse.
Noah remonta son bras entre ses seins, lui prenant le menton entre ses doigts et lui faisant pencher le visage vers lui.
— Crois-moi quand je te dis que nous étions tous à deux doigts de la réduire en pièces. Kaelis était furieux.
— Je sais, je te crois. Dorian était tout tremblant quand je suis passée près de lui. Mais ne t’inquiète pas, je ne risque pas de recommencer. Du moins, je ne l’espère pas.
— Ne la laisse pas t’avoir, mon ange.
— Elle est jeune, je sais. Mais elle m’a l’air assez pourrie gâtée et je n’aime pas ce genre de personne.
— Tu as connu le pire de la vie, chérie. C’est normal que tu n’apprécies pas ce style de personne. Aucun d’entre nous n’aimerait les côtoyer.
— C’est étrange ce que je vais dire, mais… je préfère être au cœur du danger avec vous que de devoir traiter avec une Barbie imbue d’elle-même qui n’a jamais rien vécu dans sa vie.
Noah gronda et fondit sur sa bouche, la dévorant. Taeliya se laissa complètement aller contre lui, dominée par sa fureur, mais également par les battements de son cœur qui cognaient dans son dos.
— Je crois que le bain est prêt, dit-elle.
— Je t’y rejoins.
Taeliya stoppa l’eau, y versa une bouteille de bain moussant à l’odeur agréable, retira sa culotte et glissa dans la baignoire. L’eau chaude la fit soupirer d’aise. Son corps était en manque de cette chaleur liquide qui avait un pouvoir divin sur ses nerfs. Noah se déshabilla à son tour, posa son pistolet sur le rebord de la fenêtre contre laquelle se trouvait la céramique, puis se glissa à son tour derrière la jeune femme qui, à nouveau, profita de son corps pour s’allonger contre lui.
— Tu es toujours certaine de vouloir te lier à moi ?
— Traduction : tu veux toujours m’épouser ? demanda-t-elle, amusée.
Noah pouffa.
— La réponse est oui, Monsieur Stigas.
Il lui captura les lèvres dans un baiser soulagé.
— Très bien, Madame Stigas.
***

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