Chapitre 39

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« Ta maman est née dans ce village. Elle était si jolie et tellement gentille avec tout le monde. Ses parents… tes grands-parents, donc… ont décidé, un jour, de déménager ailleurs. Son père avait fait fortune dans l’automobile. Il avait ouvert un garage qui était très vite devenu incontournable et avec ce qu’il gagnait, il eut la bonne idée de vouloir offrir à ta maman et ta grand-mère une vie un peu plus aisée. Maria était un électron libre. Elle aimait venir ici pour peindre ou pour participer à la vie de notre petit village. On ne la revit plus pendant une quinzaine d’années, jusqu’à ce qu’on apprenne qu’une maison avait été vue en construction dans la forêt. Ta maman est revenue une fois la construction finie. On était tous si contents de la voir. Cependant, tes grands-parents ont eu vent de l’histoire. Tu te doutes qu’ils n’ont pas vraiment apprécié. Quand elle est tombée enceinte, nous avons été si heureux pour elle ! Mais quand il lui arriva quelque chose durant son quatrième mois de grossesse… »

Le vieil homme fit une pause et coula un regard inquiet vers Stein qui n’avait pas cessé de caresser le dos de sa fille, l’aidant à avaler la vérité sans broncher, tandis que lui se replongeait dans ses souvenirs.

— Continuez, ordonna-t-il bassement. Elle doit savoir.

— Vous ne lui avez jamais dit ? l’interrogea la vieille femme.

— Il y a beaucoup de choses sur mon passé que je tiens à ne pas dévoiler à ma fille, pour sa santé et pour mon mental, répliqua Stein.

« Quand ta maman en fut à son deuxième trimestre, elle a rendu visite au village. Nous étions si heureux de la voir le ventre arrondi et le teint radieux. Ses yeux brillants d’amour et son sourire, dont tu as hérité, étaient éblouissants. Elle venait dans chacune de nos boutiques ou étals pour saluer ceux qui l’avaient autrefois accueillie à bras ouverts. Mais en sortant de chez le fleuriste… Maria a été enlevée… Tout ça sans qu’on ait pu faire quoi que ce soit. Ma chère femme a bien tenté de poursuivre la voiture, mais elle n’a ni la vitesse des grands coureurs ni leur endurance. Alors on a prévenu les autorités. Aucun d’eux n’a daigné bougé pour la retrouver. Quelques heures plus tard, ton père est venu ici, fou de rage. Tout ce dont je me souviens ensuite fut le carnage dans un autre village où elle avait été séquestrée. »

— Pourquoi ? demanda la jeune femme qui pensait comprendre. Qui lui voulait du mal ?

— Chérie, fit son père. À ton avis ?

— Non… me dis pas que…

La gorge nouée, les yeux ouverts en grand, les joues salies par les larmes, elle sentit son ventre se nouer au point qu’un haut-le-cœur ne l’empêche de respirer.

La vieille femme se leva et l’accompagna dans les cuisines où elle put l’aider à vomir. Tout en lui tenant les cheveux d’une main et en lui caressant le dos, elle lui murmurait des mots apaisants.

Dans la salle principale, on pouvait entendre les bruits qu’elle faisait, ainsi que ses larmes. Tous leurs regards étaient braqués sur le comptoir de la cuisine.

— Pépé. Je savais pas que tu connaissais la mère de la Princesse, intervint Tristan, attristé.

— C’était il y a bien longtemps, soupira le vieil homme.

— Ma femme a vécu de beaux souvenirs, ici, dit Stein. Elle me parlait souvent de cet endroit. Aussi ai-je gardé la maison, afin de garder un souvenir d’elle. Jusqu’à ce que ma fille me soit rendue.

— Racontez-nous, l’implora le vieil homme. Nous n’avons plus eu de nouvelles depuis ce fameux carnage.

Stein lui raconta l’essentiel, laissant le soin à Noah d’entrer dans certains détails qui lui étaient pénibles à dire. La vieille femme écoutait ce que les hommes racontaient et put donc apprendre, avec son époux, l’horreur qui avait suivi le sauvetage de Maria.

— Tu veux te reposer un peu ? proposa-t-elle à Taeliya.

— je veux rentrer… murmura la jeune femme, épuisée.

— Viens avec moi. Je vais t’installer dans la chambre de Tristan, tu pourras…

— Noah… appela-t-elle faiblement.

Ni une ni deux, le démon se trouva à son côté. Il la souleva dans ses bras. Ils retournèrent dans la grande salle.

— Princesse, murmura Tristan.

— Elle va s’endormir. Rassure-toi, lui dit son chef qui reprit sa place, la jeune femme contre lui.

Comme prédit, elle s’endormit paisiblement contre son fiancé. Noah veillait sur elle tel un dragon. La comparaison ne pouvait pas être plus exacte. Il refusait le moindre regard ou la moindre approche. Le vieux couple était admiratif. Devant eux se trouvait une combattante. Une survivante qui devrait vivre avec les cicatrices que le monde lui avait créées.

— Dors, petite princesse, murmura son compagnon contre sa tempe.

Elle cacha son visage contre sa gorge, les poings serrés entre eux. Elle se raccrochait à la chaleur de l’Oni et à l’intrusion du démon dans son esprit. Noah savait que Kaelis ne la laisserait pas seule et vu la situation, il le remerciait de s’occuper de sa belle, tandis que la conversation reprit.

— Pourquoi vous l’appelez ainsi ? les interrogea le vieil homme, curieux.

— Pépé, Mémé. C’est la fille de Stein Carlington, leur rappela leur petit-fils dans un demi sourire. Tout le clan la considère comme une Princesse.

— Elle en possède les manières, même si elle n’en possède pas le sang, répondit l’Oni coréen.

— Elle ressemble plus à un ange qu’à une Princesse, répliqua le vieil homme, en hochant la tête. Mais vous avez raison, elle a des manières très délicates.

— Vous ne voulez pas l’allonger dans la chambre de Tristan ? proposa la femme.

— Vaut mieux pas, Mémé ! s’exclama Tristan qui tentait de maîtriser sa voix pour ne pas la réveiller.

Surpris, le vieux couple le dévisagea, mais un grondement sourd fit taire tout le monde.

— Je suis désolé, mais elle ne peut pas dormir sans moi, déclara la voix basse et grave de Noah.

— Je n’insiste pas. Il vaut mieux lui éviter le plus possible de nouveaux traumatismes, dit le vieil homme. Des cafés ?

— Volontiers, répondit Stein en soufflant. Messieurs ?

Un regard sur Noah et ils acceptèrent tous la proposition. Le vieux couple en profita pour faire plus ample connaissance avec ce groupe dont faisait partie leur petit-fils. Et ils ne furent pas déçus. Tristan parlait rarement de son travail. Pourtant, dès qu’il était en présence de ses compagnons, il était de nouveau le petit garçon joyeux qu’ils avaient connu. C’était extraordinaire et si beau à voir, s’ils ne prenaient pas en compte le reste, bien évidemment. Taeliya gémit quelques fois. Noah la rajusta dans ses bras ou alors la tint de manière différente, embrassant son front, caressant son corps ou bien ses cheveux pour l’apaiser, ce qui semblait fonctionner à merveille.

Mais à force de les observer, la grand-mère se rappela d’un détail que Tristan leur avait dit et se figea. Il leur avait déjà expliqué que son chef était un homme redoutable. Et jusqu’à présent, elle avait toujours cru que Stein Carlington était ledit chef. Mais maintenant qu’elle l’avait en face d’elle… Elle comprit que ce n’était pas de lui dont parlait Tristan, mais de cet homme qui tenait amoureusement la fille de Maria. Était-ce donc lui celui que l’on appelait l'Oni ? Serait-ce lui le fiancé de cette douce enfant fragile ? La vieille femme ravala un hoquet et son regard passa sur son petit-fils qui gardait un œil sur la jeune femme, comme un gardien soucieux.

— Je…

— Ne cherche pas à demander, mémé, la coupa-t-il, sentant qu’elle le dévisageait en quête de réponses.

— Vous êtes l'Oni, n’est-ce pas ? demanda-t-elle pourtant à Noah.

— C’est bien moi. Il faut croire que vous n’êtes pas totalement coupés des nouvelles du monde, Madame, répondit ce dernier, plantant son regard à la lueur moqueuse dans le sien. Si la sécurité de votre petit-fils vous inquiète, sachez qu’il n’a jamais fini à l’hôpital.

— Euh… Si, peut-être deux ou trois fois, lui rappela Carl.

— C’était pas dans l’ordre de l’urgent, répliqua l’Oni.

— Dorian y était pourtant pas allé de main morte, rétorqua Orlan.

— Vous cherchez à me faire tuer ? S’écria bassement Tristan, paniqué. Boss !

Noah l’ignora, se concentrant à nouveau sur Taeliya qui murmurait son nom contre sa gorge dans un petit souffle adorable. Il lui caressa la joue, se pencha et murmura :

— Rassure-toi, petite sorcière. On va pas tarder.

— Hmm… répondit-elle complètement endormie. Froid…

— T’as froid ?

— Froid… répéta-t-elle en grelottant.

— J’ai un plaid. Ne bougez pas, fit la vieille femme en se précipitant à l’étage où se trouvait leur logement.

Elle revint en quelques minutes à peine et le tendit à Noah qui l’appliqua sur la jeune femme.

— Ne demandez rien, dit-il. Nous veillons les uns sur les autres. Je vous fais une fleur en vous le disant. Je sais que Taeliya ne voudrait pas que vous vous inquiétiez pour Tristan. Elle le fait déjà pour nous tous. Mais vous pourrez le voir un peu plus souvent.

— De quoi vous parlez ? réagit le grand-père, perplexe.

Noah ne répondit que par un sourire en coin et un regard brillant.

Ils discutèrent encore une bonne heure avant que des coups portés contre la vitre du restaurant fermé ne réveillent la jeune femme, lui faisant pousser un cri de panique.

— Doucement, ma belle. Je suis là, murmura Noah, la tenant un peu plus fermement contre lui.

— Où… Où sommes-nous ? bredouilla-t-elle.

— Toujours au restaurant, souffla Noah. J’aurais dû te ramener à la maison, mais la discussion a été très enrichissante jusqu’à ce qu’un rhino décide de s’abattre contre la vitre et te réveille. Comment tu te sens ?

— Je… Je me sens moins mal, mais…

— Ma puce, fit son père. Sache que tes grands-parents sont encore en vie.

— Tu les as laissés vivre ? Malgré tout ça ? s’étonna la jeune femme. Est-ce que c’est à cause de moi ?

— Je leur ai fait peur et les ai ruinés, mais ils ont encore assez de côté pour survivre quelques années, répliqua Stein. Je ne voulais pas que tu te sentes mal.

— Ils… ce sont des monstres… pleura la jeune femme. Maman n'aurait jamais dû subir tout ça. Je suis désolée, papa.

— N’y pense plus, lui dit-il de façon plus douce. Je les ai sous bonne garde et ils ont trop peur pour tenter une attaque de front. Mais vu le plan de notre cher Oni, tu seras en totale sécurité et j’y veillerai également.

— Évidemment, parvint-elle à dire en souriant. Je peux savoir qui joue du bélier contre la porte ?

— Oh oui ! s’écria le vieil homme en se levant. Qui c’est ?

— Gérard, ouvre, c’est Jocelin ! s’exclama une voix de l’autre côté du restaurant.

— Qu’est-ce que tu veux ? Le restaurant est fermé jusqu’à demain ! répliqua le grand-père.

— Est-ce qu’ils vous ont fait du mal ? s’enquit l’homme depuis la rue.

— Qui donc ? demanda Gérard.

— Les hommes qui sont venus au restaurant !

— Tu nous espionnes, maintenant ? gronda le vieil homme, visiblement peu heureux de savoir qu’on regardait chez son voisin.

— Moi ? Mais non, bien sûr ! tenta de se défendre Jocelin. Je passais par là et…

— Bah voyons… soupira Gérard. Et tu t’es empressé d’aller voir la police et Monsieur le Maire, j’imagine ?

— Bah…

— Monsieur Daress ? appela une autre voix d’homme.

— Ah, bah tiens… Chérie, y a l’maire qui vient nous rendre visite !

— Le maire ? s’étonna sa femme.

— Mon dieu, fit Taeliya. On vous a causé des ennuis, à peine installés…

— Du tout, mon petit cœur, fit la vieille femme. Jocelin est un abruti non fini et une balance. N’y fais pas attention.

— Mon cher Gérard ! s’exclama alors Stein qui voyait là un bon moyen de s’amuser et de réinstaurer des bases bien solides dans ce village.

Un coup d’œil à son futur gendre lui fit comprendre que lui aussi voulait jouer. Le démon avait réintégré son esprit et il voulait sortir pour se frotter à ces pauvres humains.

— Monsieur ?

— Voyons, appelez-moi Stein. Veuillez faire entrer tout ce beau monde, qu’ils se joignent à nous pour un nouveau café. Je puis vous promettre de ne pas ruiner votre restaurant. Ma fille y tient beaucoup.

— Comme vous voulez, Stein.

La lueur amusée du mafieux l’inquiétait, mais une promesse était une promesse. Il obéit et ouvrit aux invités non prévus.

La gendarmerie était bien là, accompagnée de Jocelin et du maire. En tout, une quinzaine de personnes entra dans la grande salle.

— Eh bien, en voilà du monde, fit Tristan.

— Ma petite, fit la vieille femme. Je vais avoir besoin de mains pour faire autant de café.

— J’arrive, répondit Taeliya.

Elle prit la main de la jeune femme pour l’aider à se relever, puis elles disparurent derrière le comptoir, préparant les tasses, tandis que la troupe pénétrait les lieux, suivant Gérard. Tristan gardait un œil dessus, se mettant à gronder.

— Il va les bouffer, lui chuchota la vieille femme, inquiète.

— Rassurez-vous, Tristan sait se tenir, lui dit la jeune femme sur le même ton.

— Tu sembles bien le connaître.

— Il est l’un de ceux qui me sont les plus proches et il m’a protégée plus d’une fois. Je lui dois beaucoup et à vous aussi, par procuration, expliqua Taeliya avec un sourire compatissant.

La vieille femme gloussa et elles s'activèrent pour tout préparer avant que les mafieux n’entrent en action.

Mais un second grondement sourd fit trembler la table.

— Tristan ! s’exclama Taeliya.

— Princesse ? répondit-il.

— Toi et Jess, venez m’aider, ordonna-t-elle.

— On arrive. Bouge, le guépard, fit Jess en poussant l’Oni hors de la banquette.

Ils se dirigèrent vers les cuisines et firent face à leur maîtresse, poings sur les hanches. Ils pouvaient voir dans son regard vairon qu’elle refusait qu’ils fassent un esclandre avec les grands-parents dans la même pièce. Mais elle voulait surtout épargner à la grand-mère de découvrir quelque chose que Tristan préférerait ne jamais lui montrer. Reconnaissant, ce dernier baissa la tête. Ils revinrent tous les quatre dans la salle, les bras chargés.

— Mon ange, l’appela Noah.

Elle s’approcha de lui et finit sur ses genoux, plaquée contre son torse puissant dont les battements de cœur lourds et rapides cherchaient sa présence pour capter la cadence du sien et reprendre un rythme plus ou moins normal.

Le vieux couple put alors voir les mafieux respirer en même temps, comme si la présence de la jeune femme à leurs côtés leur était bénéfique.

— Que nous vaut vot’ visite, M’sieur le Maire ? demanda la vieille femme en prenant place entre son petit-fils et son mari.

Tristan lui prit la main pour la rassurer, sentant qu’il devait se contenir pour ne pas leur faire peur. Il jeta des regards à Taeliya qui lui adressa un sourire réconfortant. Son cœur ralentit et sa respiration se débloqua doucement. C’était magique. Gérard et sa femme assistèrent à quelque chose d’incroyable, mais ne sauraient comment expliquer le pouvoir qu’elle avait sur eux. La scène semblait irréelle.

— Comme vous l’a dit Monsieur Tournain, s’exprima le politicien. Il a vu un groupe menaçant entrer dans le restaurant et a entendu quelqu’un parler de la fille de Maria Lessière, alors que tout le monde sait que-…

— Que quoi ? fit Stein en plantant son regard assassin dans celui du maire qui eut beaucoup de mal à déglutir. Que quoi, Monsieur le Maire ? Que mon bébé est mort ? Vous n’avez plus à vous inquiéter, mon enfant ne s’est jamais aussi bien portée qu’aujourd’hui, n’est-ce pas, chérie ?

— Je suis pas encore morte, donc je suppose que oui, papa, répondit la jeune femme en faisant mine de vérifier son corps à la recherche de la moindre trace qui pourrait indiquer le contraire.

Estomaqué, l’homme la dévisagea, surpris. En effet, elle avait les traits de Maria, son amour de jeunesse qui avait trouvé la mort, alors qu’elle venait d’accoucher. Il avait entendu l’histoire. Le bébé était mort dans ses bras. Comment le mafieux pouvait avoir une fille, si son bébé et sa femme avaient péri en même temps ?

— Je vois que la télé et les journaux n’ont pas bien fait leur travail, soupira le chef du clan.

— Doit-on leur rendre visite ? demanda Carl en faisant craquer sa nuque douloureuse.

Entrant dans le jeu du mafieux, les démons pouffèrent.

— Alexei saura quoi faire, dit Stein, hochant la tête.

— C’est impossible… souffla le maire, les yeux élargis par l’horreur.

— Et pourtant, soupira Stein. Ma fille est bien vivante. Il serait judicieux de commencer à vous renseigner sur les nouvelles du monde, cher Maire.

— Normalement, internet fonctionne dans le village ! À moins que vous ayez mis des restrictions parentales dessus, Monsieur le Maire, rétorqua Tristan.

Un petit rire se fit entendre autour de la table. Tous tournèrent la tête vers Taeliya qui riait à la remarque. Le jeune homme lui adressa un clin d’œil complice auquel elle répondit par un rire envoutant. Les démons étaient sous son charme depuis longtemps et ne semblaient pas s’en lasser. La voir sourire, l’entendre rire, suivre sa vie était pour eux la meilleure récompense et le vieux couple pouvait aisément comprendre pourquoi.

— Vous ressemblez à votre mère, fit l’homme, interrompant Taeliya dont le rire disparut autant que toutes formes de joie sur son visage, faisant gronder les démons sans qu’ils ne puissent se maîtriser.

— On me le dit souvent, pourtant… on ne cesse de m’insulter ou de me vouloir du mal, sans que je sache pourquoi. Peut-on donc savoir pourquoi un tel attroupement pour un groupe qui vient juste rendre visite à des amis du village ? répliqua-t-elle.

— Des « amis du village » ?

Le maire semblait ne pas y croire et pourtant c’était bien le cas. Taeliya et le vieux couple qui possédait le restaurant avaient su créer une belle amitié. Même Noah les appréciait, avant même de savoir leur lien de parenté avec Tristan.

— Ma fille est bel et bien vivante. S’il vous vient l’envie de remettre en question ce que la science a pu découvrir il y a de ça quelques années, je vous suggère de faire très attention, déclara Stein, avalant sa tasse d’une traite.

Il se leva, mais fut vite bloqué par les policiers.

Taeliya imita son père, suivie par les Oni.

— Tristan, Jess, restez ici, ordonna-t-elle. Ça fait longtemps que tu n’as pas vu ta famille. Profites-en.

— Merci, Princesse, la remercia-t-il, content de pouvoir rester et d’avoir Jess à ses côtés.

— Princesse, l’appela Dorian.

— Raccompagnez papa, dit-elle.

— Oui, Princesse.

— Es-tu sûre de ne pas vouloir que l’un d’eux reste avec vous ? s’enquit son père.

— Non. Rassure-toi. Je serai plus sereine de savoir qu’ils sont avec toi, fit sa fille, soucieuse de sa protection.

— Je me plie à vos ordres, ma Princesse, s’inclina-t-il de façon théâtrale, lui baisant le dos de la main, ce qui la fit rire.

Mais alors que Stein et Noah réglèrent la note des cafés, le barrage tenta de nouveau de les empêcher de sortir du restaurant. C’était sans compter sur le maire qui leva sa main pour toucher la joue de la jeune femme. Noah lui attrapa le poignet avant qu’il n’ait pu l’atteindre, geste qui fit réagir les gendarmes.

— Par respect pour eux, je ne vais pas vous tuer, gronda Noah en serrant le poignet du maire dans sa main. Mais touchez à ma femme et on vous retrouvera dans les pages mortuaires demain matin à la première heure du jour.

Carl et Kim se plaçaient déjà autour de la jeune femme. Noah lui prit la main et força le barrage.

— Mémé, bouge pas, ordonna doucement Tristan qui voyait la jeune femme lui faire un signe.

— Pour-

— Vous devriez l’écouter, Madame, fit Dorian sans lâcher son chef et le reste du groupe qui quittait tranquillement les lieux.

Une fois sortis, ils purent se laisser aller sur la banquette.

— Vous… Vous êtes qui ? tenta le maire, pensant pouvoir montrer le peu de pouvoir qu’il semblait avoir.

— Ceux qu’il ne faut jamais titiller, Monsieur le Maire, répondit Dorian, le regard éclairé d’une envie meurtrière.

— Je… Je vous conseillerais de quitter notre restaurant, messieurs. Il y a eu assez de rebondissements pour aujourd’hui, tenta la vieille femme, peu rassurée.

— Nous voudrions avoir votre déposition, s’enquit l’un des gendarmes.

— Notre quoi ? s’étrangla la grand-mère.

— Pourquoi voulez-vous une déposition ? demanda Gérard.

— Parce qu’ils…

La fureur des deux démons fut si grande que Jess eut beaucoup de mal à les contenir.

— Sortez ! hurla soudainement la vieille femme, hors d’elle et paniquée. Sortez de chez moi ! Allez insulter quelqu’un d’autre ! Que je ne vous vois plus ici !

— Jess ! gronda Tristan, furieux.

— T’inquiète, je m’en occupe. Allez, hop ! Droit devant, messieurs ! Une, deux, une, deux. Voilà, par ici la sortie ! Si vous voulez voir des tigres en action, faudra payer l’entrée. Maintenant, la dame vous a dit dehors.

Il réussit à faire sortir tout le monde et, avec l’aide de Gérard, bloqua l’entrée.

— Merci, mon garçon, fit le vieil homme.

— Pas de quoi. Mais va falloir qu’on règle ça assez vite, sinon ça va être un champ de mines dans le village.

— Jamais j’aurai pensé que ça finirait ainsi, soupira Gérard, excédé.

— Vous en faites pas, le Boss et la princesse vont faire en sorte de sécuriser les lieux, dit Jess.

— Me voilà rassurée, fit la vieille femme dont le cœur battait trop vite.

— Tris', appela Jess en posant sa main sur son épaule. Ils sont sortis. C’est bon. Ta grand-mère se sent pas très bien, tu lui fais peur.

Le démon réagit après quelques instants et vint s’excuser auprès d’elle qui ne l’avait jamais vu ainsi.

Dorian proposa aux deux hommes de les laisser entre eux, puis de nettoyer la salle. Gérard, content d’avoir de l’aide, ne se fit pas prier et sauta sur l’occasion, laissant son petit-fils et sa femme discuter au calme.

— Désolé, Mémé. Je voulais pas que tu me voies comme ça.

— Je suis contente que tu sois là, mon petit, dit-elle.

— Moi aussi. La princesse et le chef ont dit qu’on va vivre pas loin. Je pourrai même venir vous aider quand y aura besoin.

— Ce serait merveilleux. Cette jeune femme est étonnante.

— Elle l’est.

Tristan posa sa tête sur les cuisses de sa grand-mère, la laissant lui caresser la tête dans un geste qui l’apaisa. Sa famille lui avait manqué, mais il pouvait compenser avec la présence de la jeune femme qui agissait comme une figure maternelle sur lui.

— Tu sais, commença-t-il. La princesse est une artiste.

— Tu vois le tableau ? C’est elle qui nous l’a fait, lui montra-t-elle en souriant.

— Je te l’avais dit, c’est une artiste. Elle nous a aussi fait des dessins !

Tel un gosse, il put discuter avec la femme qui, doucement, retrouva un rythme cardiaque stable et le reste de la journée, ainsi que la soirée, elle put en apprendre plus sur les trois hommes et sur le reste de la bande.

***

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