Chapitre 7 – Première contact

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Le lendemain matin, je me suis rendu au showroom Ford.
J’avais une question en tête, simple, concrète. Rien d’urgent, mais assez pour justifier le déplacement. En entrant, j’ai traversé le hall vitré sans m’arrêter, jetant un regard distrait aux Mustang exposées sous les spots.

— Bonjour.

Je me suis retourné.

Elle se tenait à quelques pas, tablette contre le bras. Son regard était calme, attentif, professionnel. Je l’ai reconnue immédiatement. Pas avec précision, mais assez pour que cette image floue que je gardais en tête depuis des semaines refasse surface.

Son visage était doux, naturel. Des traits fins, équilibrés. Des yeux clairs, bleu-gris, qui accrochaient la lumière sans insister. Ses cheveux blonds étaient attachés simplement, quelques mèches échappées autour du visage.

— Je peux vous aider ?

— Oui. J’ai une question concernant une Mustang.

Elle a hoché la tête et m’a fait signe d’avancer.

— Elle est à l’extérieur ?

— Oui.

On a traversé le showroom côte à côte, puis franchi les portes vitrées. La Shelby était garée juste devant, marquage pompier bien visible sur les flancs.

Elle s’est arrêtée net devant la voiture.

— D’accord… véhicule de pompier, a-t-elle dit en souriant légèrement.
— Et une Black Horse rouge, en plus. C’est assez rare.

— Je n’ai pas choisi la couleur, ai-je répondu.

— Tant mieux. Elle se remarque.

On s’est approchés de la portière. Ce n’est qu’à ce moment-là que je lui ai expliqué ce qui m’amenait.

— J’ai un souci avec certains réglages. Rien de grave, mais je n’ai pas trouvé l’information.

Elle a écouté sans m’interrompre, puis a ouvert la portière côté passager.

— Le plus simple, c’est de passer par le manuel.

Elle a sorti le guide de la boîte à gants, l’a feuilleté quelques secondes, puis m’a montré la page concernée.

— C’est ici. Tout est détaillé.

Avant de le remettre en place, elle a glissé quelque chose entre les pages.

— Si jamais vous avez d’autres questions.

Je l’ai regardée brièvement.

— Merci.

— Bonne journée, capitaine.

Elle s’est éloignée, me laissant seul avec la voiture.

Je me suis installé au volant. Le silence de l’habitacle s’est refermé autour de moi. La boîte à gants était juste là, à portée de main.

Je savais ce qu’elle avait laissé à l’intérieur.
Je savais aussi que regarder donnerait un nom à cette image floue qui refusait de disparaître.

Je n’ai pas ouvert.

J’ai démarré et quitté le parking.

Sur la route, une pensée revenait sans cesse :
le manuel n’était plus exactement à la même place qu’avant.

Je suis rentré à la caserne en milieu d’après-midi.
Le portail s’est ouvert lentement, puis s’est refermé derrière moi dans un souffle métallique familier. J’ai garé la Mustang à sa place, coupé le contact… et je suis resté assis.

Le silence.

La boîte à gants était là, juste devant moi.
Rien d’autre dans l’habitacle ne semblait exister.

Je l’ai regardée.
Puis détourné les yeux.
Puis regardée encore.

Je savais exactement ce qu’il y avait dedans.
Je savais aussi que, tant que je ne l’ouvrais pas, cette image resterait floue, lointaine, presque irréelle. Une silhouette sans nom, sans ancrage. Quelque chose de facile à ignorer.

Ouvrir la boîte à gants, c’était lui donner une place.

Les minutes ont passé.
Cinq. Peut-être dix.

Je me suis surpris à serrer le volant un peu plus fort, comme si une force invisible me retenait. Pas de la peur. Plutôt… une résistance. Celle qu’on oppose quand on sait très bien qu’un geste anodin peut tout compliquer.

J’ai soufflé lentement.

Assez.

La curiosité a fini par l’emporter.

J’ai tendu la main et ouvert la boîte à gants.

Le manuel était là, légèrement décalé. Je l’ai pris, l’ai feuilleté sans vraiment regarder les pages. Et puis je l’ai vue.

La carte.

Simple. Blanche. Sans fioritures.
Je l’ai sortie et l’ai regardée une seconde, immobile.

Aurélie Morel
Conseillère commerciale – Mustang
IMAG Ford

Le prénom s’est imposé immédiatement.
Clair. Net. Réel.

Aurélie.

L’image floue venait de prendre une forme précise.
Et je savais, à cet instant exact, que ce simple nom allait rester plus longtemps que je ne l’aurais voulu.

J’ai reposé la carte dans la boîte à gants.
Refermé.

Puis j’ai ouvert la portière et suis descendu de la voiture, comme si de rien n’était.

Mais au fond de moi, quelque chose venait de changer.
Pas un bouleversement.
Pas une tempête.

Juste une trace.

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