Chapitre 33

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Layla

C'est notre dernière soirée ensemble, avant quelques semaines. Alexis repart demain pour Antraigues. Je note l'air surpris du gardien lorsqu'il me voit sortir de l'immeuble, manteau sur le dos et sac à l'épaule. Je pense qu'en quatre ans, je n'ai jamais quitté mon bureau avant 18h30, et encore, à de très rares occasions. Et là, il est à peine 17h. Et oui, cela arrive aussi à Mademoiselle Noury de partir tôt.

Serge m'attend à la sortie et me ramène rapidement à l'appartement. J'ai à peine le temps d'en franchir le seuil qu'Alexis apparaît dans l'encadrement de la porte du salon. Il m'enlace avec tendresse, je savoure notre premier baiser de la soirée. Puis il me relâche et dit :

- Va te détendre. Prépare-toi pour une soirée tranquille, juste nous deux.

Je souris et gagne ma chambre. Je m'offre une douche, puis je choisis mes vêtements avec soin. Jolis dessous roses, des bas fins légèrement brillants, robe fluide prune, et des bijoux discrets. Sans oublier mon petit bracelet de Craux, bien sûr. Je rejoins alors Alexis dans la salle.

L'éclairage est tamisé, la table ronde joliment dressée. Il a même sorti la belle vaisselle que maman avait achetée et qui n'a pas dû servir bien souvent. Deux grandes bougies sont allumées et leur douce lumière fait briller les verres.

- Dîner aux chandelles, mazette ! Tu sors le grand jeu, Alexis !

- Non... Juste ta belle vaisselle que j'ai trouvée dans le buffet. Je me suis dit que c'était l'occasion d'en profiter, non ?

- Excellente idée.

Je m'approche alors de lui, il m'enlace. Je n'avais pas eu le temps de m'en rendre compte à mon arrivée, mais lui aussi est douché et soigneusement rasé. Je prends une longue inspiration pour profiter de son parfum, par le col de sa chemise. Ses lèvres glissent dans mon cou, juste près de mon oreille, à un endroit que je ne savais pas si sensible - avant lui. J'en ferme les yeux, me blottis plus tendrement entre ses bras.

Et je profite. De ce début de soirée qui est déjà un vrai cadeau.

Alexis

Bon, je crois que je ne m'en tire pas trop mal. Avec l'aide de Nadine, j'ai pu préparer une soirée romantique à Layla. C'est notre dernière soirée ensemble et je voulais marquer le coup. Au début, j'avais imaginé l'emmener au restaurant, puis je me suis dit que rester à l'appartement serait finalement aussi bien. Mais côté gastronomie, je ne suis pas au top. J'arrive à me débrouiller, ayant suivi les pratiques de mon père qui s'était mis à la cuisine et aux tâches ménagères avec le départ de maman. Et il s'en sortait bien. Poissons en papillote, rôtis cuits à point, jardinières de petits légumes. Ce n'était pas ça tous les jours, il arrivait que ce soit jambon-pâtes au fromage, mais le week-end, il mettait un point d'honneur à cuisiner quelque chose de bon pour nous deux, et parfois pour les amis qui passaient. Et je crois qu'il s'amusait bien, finalement, dans la cuisine. Je me souviens encore du jour où je l'ai entendu chantonner alors qu'en bon adolescent, j'avais émergé quelques minutes avant midi, un dimanche matin. Je m'en étais arrêté net dans le couloir et là, je m'étais dit qu'on tenait le bon bout. Enfin, surtout lui, qu'il commençait à encaisser le choc du départ de ma mère et son remariage.

Donc voilà, malgré l'exemple paternel, je me considère comme un piètre cuisinier. Autant l'été, c'est facile et j'arrive même à imaginer des salades originales, autant l'hiver, c'est plus compliqué. Alors j'ai soudoyé Nadine. Elle m'a à la bonne. Dès notre première rencontre, alors qu'elle arrivait pour faire son travail et que je m'apprêtais à quitter l'appartement pour partir en balade, elle m'avait bien plu et je crois que je lui ai fait bonne impression. Alors quand, hier, je lui ai parlé de mon départ proche et de mon souhait de faire vraiment plaisir à Layla ce soir, elle m'a seulement dit :

- Pas de souci, Monsieur Alexis. Je vais préparer ce qu'il faut, vous aurez juste à suivre mes instructions pour réchauffer les plats. Ce sera facile pour vous et bon. Et puis, si je peux me permettre, un dîner aux chandelles, c'est une très belle idée et cela fera très plaisir à Mademoiselle Layla. Ce n'est pas souvent, la chère petite, qu'elle est bichonnée et elle le mérite.

J'en avais souri et je lui avais juste répondu que je lui faisais entièrement confiance pour le menu, que je m'occuperais du reste.

Elle m'a cependant aidé à dénicher la vaisselle, et pendant qu'elle terminait les préparatifs du repas, j'avais dressé la table. Puis elle est partie, me laissant ses instructions et je me suis préparé pour le retour de Layla. Je savais qu'elle ne traînerait pas en route, qu'elle aurait elle aussi envie de profiter le plus possible de notre dernière soirée.

Elle est divinement belle et simple, dans cette robe en laine qui moule merveilleusement ses formes. La couleur est en harmonie avec celle de ses yeux et je note les délicats éclats des perles de ses boucles d'oreilles et de son collier.

Alors que je l'embrasse dans le cou, à cet endroit où mes lèvres ont d'emblée trouvé la chair si délicate, elle me murmure, mutine :

- Quelle belle surprise ! Et tu es beau à croquer ! Jeans et chemise blanche, c'est sexy en diable !

J'en éclate de rire et elle aussi.

- Installe-toi, dis-je en écartant sa chaise de la table pour qu'elle s'assoie. Je fais un tour en cuisine et j'arrive.

Je reviens avec un vin rouge léger, puis je vais chercher la soupe chinoise que j'ai mise à réchauffer. Layla, comme moi-même, aime bien la cuisine asiatique. Nadine le sait, elle a donc préparé deux plats qui sont faciles à réchauffer.

- C'est toi qui as cuisiné cela ? me demande-t-elle en souriant.

- Non, c'est Nadine. Elle a tout préparé, je me suis contenté de la décoration...

- Je suis certaine qu'elle était ravie de participer à ta surprise !

- Je pense que oui, dis-je modestement. C'est une chouette personne.

- Oui. J'ai eu beaucoup de chance de la trouver. Contrairement à Serge, elle ne travaillait pas pour papa avant. Il avait juste embauché une femme de ménage et pour les repas, il les prenait généralement à l'extérieur. Comme il revenait souvent le week-end à Bordeaux, il repartait avec des provisions pour au moins deux soirs. Il ne voyait pas l'intérêt d'avoir une cuisinière pour deux repas, puisque le vendredi, il était de retour chez nous.

- Il a mené une vie bien chargée, une fois à Paris.

- Oui, me répond-elle. Et je pense que cela a contribué à son AVC, même si les médecins parlent d'une fragilité physiologique.

- Les deux peuvent jouer. Un gros stress peut entraîner un AVC ou du moins, aggraver une fragilité. Lors de nos études, Bruno avait durant un temps bossé un peu sur le sujet. Cela l'intéressait. L'influence du psychologique sur les maladies, leur développement comme leur guérison.

Layla hoche la tête. Nous terminons l'entrée, puis je fais réchauffer le plat. Je dois surveiller, Nadine a bien insisté sur ce point. Layla me rejoint dans la cuisine, son verre de vin à la main.

- Hum, ça sent bon. Une viande chop suey ?

- Oui. Avec un riz cantonais que je réchauffe à la vapeur. Enfin, j'essaye.

- Je trouve que tu t'en sors très bien.

Layla se glisse près de moi. Son parfum léger parvient jusqu'à mes narines. Le sang court un peu plus vite dans mes veines. Elle me fait un effet dingue. Sauf qu'il faut que je reste concentré sur la cuisine. Ce serait quand même dommage de gâcher la préparation de Nadine. Elle y a consacré du temps, entre les courses et l'élaboration des plats.

- Alexis ?

- Hum ?

- Tu sais que c'est super sexy, un homme en cuisine ? Et le fait que cet homme-là, ce soit toi, c'est encore mieux.

Je lève les yeux vers le plafond, un rien désespéré. Si elle continue... ça va mal finir.

- Layla ?

- Oui ? fait-elle d'un ton innocent.

- Tu as vraiment faim ?

- J'ai beaucoup de faims à combler, répond-elle, directe. Mais tu as raison, c'est chaud, là, je pense.

Je m'efforce de prendre sa remarque au premier degré et de ne pas imaginer qu'elle bouillonne de désir.

- Alors, à table ! dis-je d'une voix plus grave que je ne le voulais.

Elle sourit, s'éloigne et retourne dans la salle. Je la suis des yeux, mon regard glissant le long de ses cheveux qu'elle a laissé libres jusqu'à ses fesses, moulées dans la robe prune.

Layla

Je le reconnais, je n'ai pas été charitable. Et même un peu provocante. Nous faisons honneur au poulet mariné et au riz cantonais. Nadine est vraiment un fin cordon-bleu et Alexis avait raison de me rappeler qu'il aurait été dommage de se priver de la moitié du repas. En revanche, le dessert attendra. Et il est même possible que je n'y touche que demain soir, car je n'imagine pas meilleur dessert qu'Alexis.

Nous nous retrouvons vite dans ma chambre. Son regard m'enveloppe d'une aura de douceur et je me sens choyée et protégée de tout. Il a beau avoir vécu son burn out comme une faiblesse, je persiste à penser qu'Alexis est quelqu'un de solide et droit. S'il n'avait pas choisi médecine, mais plutôt le monde de l'entreprise, c'est typiquement le genre de personne que j'aurais embauchée pour un poste à responsabilités. Mais il a choisi une autre voie et c'est très bien ainsi. C'est mieux aussi, à mon avis, de ne pas travailler dans le même secteur. Cela ouvre des horizons, cela permet de ne pas parler toujours de la même chose, de ne pas vivre en vase clos.

Quand il m'embrasse, mon corps s'embrase. Je me sens déjà impatiente de me retrouver sous les draps, avec lui. Mais il sait tempérer mes envies et prend le temps de me retirer mes vêtements et même mon collier qu'il dépose soigneusement, en dernier, sur la commode, après m'avoir retiré tous mes dessous. Je ne pourrai oublier le feu qui s'est allumé dans son regard quand il les a découverts, parce qu'en prime, j'avais mis des porte-jarretelles. Je ne le fais pas très souvent, mais là, j'avais envie. Envie de lui plaire, envie de nous faire ce cadeau. De me sentir, moi, belle et désirable, et de lui offrir, à lui, une vision troublante et sensuelle.

C'est aussi la première fois de ma vie que je me sens vraiment femme. Pas seulement parce que je dois défendre le fait d'en être une, que je dois prouver deux fois plus qu'un homme ce dont je suis capable. Mais parce qu'un homme me regarde, me chérit et m'aime comme la femme que je suis. Celle qu'il est capable de voir au plus profond de mon cœur, celle qu'il est capable de faire émerger. Peut-être aussi parce que moi, je le vois comme l'homme que je porte dans mon cœur, qui emplit ma vie d'autres richesses, d'autres bonheurs que je n'avais pas encore connus ou à peine devinés.

Il m'offre, il nous offre, un moment de totale plénitude, de partage respectueux et délicieux. Je n'en peux plus de fondre sous ses doigts, de m'abandonner à ses baisers tantôt délicats, tantôt coquins, tantôt avides.

C'est une très belle nuit que nous vivons et malgré la séparation qui s'annonce, nous partageons et nous nous donnons beaucoup, l'un à l'autre.

L'un l'autre.

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