Chapitre 62

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Layla

La visite de Monsieur Charny se déroule à peu de choses près de la même façon qu'avec Monsieur Legris. La différence est qu'il est plus jeune, mais tout aussi compétent, précis et efficace. Je me dis qu'il ne sera pas facile de choisir entre les deux, mais nous verrons une fois qu'ils nous auront rendu leur étude. Néanmoins, contrairement à Monsieur Legris, il préfère passer toute une journée dans l'usine de Labégude et c'est seulement le jeudi matin que nous nous rendons à celle d'Ucel avec lui. Nous terminons la visite en milieu d'après-midi. Maïwenn aura les mêmes documents à lui envoyer qu'à Monsieur Legris.

En ramenant Maïwenn à Vals, je décide de passer encore un petit moment avec elle, puisqu'il n'est pas tard, afin de pouvoir commencer à mettre au propre nos impressions, d'échanger toutes les deux sur ces visites. Nous avons prévu de poursuivre demain, mais le faire "à chaud" n'est pas inutile. Nous soulevons ainsi quelques points et remarques auxquels nous aurons le temps de réfléchir et sur lesquels nous reviendrons demain.

Je la quitte un peu après 18h, et cette fois, contrairement aux trois soirs précédents, j'arrive aux Auches avant Alexis. J'ai bien noté en passant en bas d'Antraigues que sa voiture était encore là, de même que la fenêtre du cabinet médical était éclairée. Sa dernière consultation, sauf urgence, est pour 18h30, mais il suffit qu'il ait pris un peu de retard avec un patient pour être obligé de terminer au-delà de 19h. Sans compter qu'il ne part pas sans faire un peu de rangement, sans avoir désinfecté la table d'examen, son matériel. Et parfois, en demeurant travailler sur les dossiers des patients. Mais cela, il ne le fait pas cette semaine pour ne pas rentrer trop tard et profiter de la soirée avec moi.

Il m'a raconté comment se déroulent ses journées et je peux constater plusieurs choses, la plupart ne me surprenant pas, d'ailleurs : Alexis est bien organisé, méthodique. Il est à l'écoute de ses patients, attentif, rassurant. Et il est aussi très heureux de reprendre son métier.

Ses journées sont très remplies, chaque visite est prenante, car pour le moment, il s'agit de patients qu'il ne connaît pas, dont il n'a pas encore vu le dossier médical. Ce sont des cas nouveaux à chaque visite ou presque. D'où la nécessité pour lui de prendre le temps, avec chacun et chacune. Je suis certaine que cela est très apprécié, car les gens se sentent ainsi considérés et écoutés. Après plus d'une année sans médecin, parfois plus pour certains, c'est très important, surtout pour les personnes âgées. Le Docteur Lambert était estimé, respecté. Les gens avaient confiance en lui. C'est important qu'Alexis puisse instaurer la même confiance.

Si j'ai apprécié de trouver Alexis aux Auches les soirs précédents, ce soir, je ne suis pas mécontente de me retrouver un petit peu seule dans ma maison. Comme il fait encore clair, j'en profite pour demeurer un moment sur la terrasse, à admirer la vue. L'air est frais, le soir ne va pas tarder à tomber, mais je peux contempler le volcan et la vallée.

Puis je rentre dans la maison, dépose mes affaires sur la table basse. Dans la cheminée brûlent encore quelques braises : Alexis a refait un feu avant de partir ce matin. Je charge la cheminée en bois, le relance. Puis je me prépare un thé rooibos avant d'ouvrir le réfrigérateur et faire l'inventaire de nos provisions. Ici, pas de Nadine pour préparer les repas, pas de four micro-ondes non plus dans lequel je glisse l'assiette ou le plat qu'elle m'a préparés. Nous avons fini la soupe de légumes hier soir et il n'y a pas de quoi en refaire. J'opte donc pour un plat de pâtes façon carbonara. Je découpe de petits dés de jambon de montagne et de tomme. Puis je décide de préparer un moelleux au chocolat, facile et rapide à faire.

Je descends ensuite dans la chambre et m'arrête un instant devant la grande porte fenêtre donnant plein sud. Le soleil est passé derrière la montagne, la nuit va s'avancer doucement. Les phares d'une voiture se devinent entre les châtaigniers, sur la route qui serpente depuis Aizac : c'est Alexis.

Et je souris.

Alexis

Je ne m'attendais pas à ce que Layla soit rentrée avant moi, ce soir-là. Depuis le début de la semaine, et bien que terminant moi-même entre 19h et 19h30, elle était toujours aux Auches après moi. Monsieur Charny, le deuxième expert, aura donc terminé ses visites plus tôt aujourd'hui. Peut-être voulait-il aussi en profiter pour rentrer dès ce soir sur Paris.

Au moment où je sors de la voiture, sacs de courses dans les mains, Layla ouvre la porte-fenêtre du salon. Je rentre par-là, dépose mes sacs au sol et l'enlace. Ses lèvres trouvent les miennes pour un baiser tendre et savoureux. Que c'est bon de la retrouver chaque soir ! Il faut en profiter.

- Ta journée s'est bien passée ? me demande-t-elle ensuite.

- Oui, et toi ?

- Bien. J'ai terminé tôt. Charny a été efficace et j'ai même pu passer un moment avec Maïwenn, pour mettre à plat notre ressenti sur sa visite. Cela nous fera gagner du temps pour demain. Tu as fait des courses ?

- Quelques bricoles à l'épicerie, le pain... On n'avait plus grand-chose, je crois ?

- J'ai vu ça, mais j'ai prévu !

Nous gagnons l'étage. Mes narines sont aussitôt chatouillées par la bonne odeur de gâteau au chocolat.

- Tu as même eu le temps de cuisiner ! dis-je.

- Oui. Ca fait une bonne heure que je suis de retour. J'ai préparé de quoi faire des carbonaras, mais en version ardéchoise. Et un fondant au chocolat.

- Hum... Je sens qu'on va se régaler ! Tu veux que je fasse un feu plus grand ?

- Volontiers. Je n'ai pas pris le temps de ramener du bois. Mais il fait sombre, là...

- Avec la lumière sur la terrasse, ça ira. Je m'en occupe et on passe à table.

Elle me sourit avec simplicité. J'aime ces moments complices où nous trouvons tout naturellement notre rythme, à deux. Je ne sais pas si c'est parce que nous ne nous voyons qu'occasionnellement, je ne peux pas dire si ce serait le cas si nous étions ensemble au quotidien. Mais cela rend notre relation encore plus riche et plus précieuse à mes yeux. On ne se prend pas la tête pour des broutilles, chacun fait sa part selon les circonstances. Et je me dis que même avec des métiers prenants et de bonnes journées, nous pourrions tenir au fil du temps. Un peu comme le font Bruno et Adèle. Même avec Jules en plus.

Je reviens avec les deux paniers bien remplis de bûches et commence à les disposer dans la cheminée, après avoir remué les braises et les tisons qui demeuraient. Pendant ce temps, Layla surveille la cuisson des pâtes et nous sert bien vite une assiette copieuse. Je mange de bon appétit, mon repas de midi me semblant bien loin. Même si je passe toutes mes soirées aux Auches avec Layla, le midi, je rentre chez moi. C'est plus près et cela me permet de m'occuper de quelques affaires à la maison, durant ma pause. Et parfois, je repars directement de chez moi lorsque j'ai une visite de prévue en début d'après-midi, comme cela a été le cas aujourd'hui, puisque je me suis rendu auprès d'un couple habitant à Labastide-sur-Besorgues, dans la vallée de l'autre côté d'Aizac.

**

La nuit est là et son voile s'est refermé sur nous. Mes lèvres ne quittent pas celles de Layla, mes mains ne cessent de parcourir son corps de caresses lentes et appuyées. Mes hanches sont soudées aux siennes et son ventre s'est fait doux et accueillant. Nous faisons l'amour lentement, savourant chaque seconde. J'aime tout d'elle. J'aime quand elle se fait mutine, coquine, entreprenante. J'aime aussi quand elle se fait câline, tendre, comme maintenant.

Et quand son regard, soudain, me foudroie et me terrasse, alors qu'un long cri la pousse à rompre notre baiser et que mon souffle, rauque, se perd dans son cou, j'abandonne toute retenue et la rejoins dans le plaisir.

Au milieu de la nuit, alors qu'elle dort, sereine, une trace d'insomnie me garde éveillé. Si le sommeil me fuit encore, parfois, en cette heure qui précède l'aube, j'en profite alors pour la regarder, pour m'emplir de ses traits apaisés, de son léger sourire flottant encore sur ses lèvres.

Elle est celle que je n'aurais pas imaginé trouver, que je ne pensais pas, un jour, rencontrer. Celle qui enrichit ma vie, lui donne un autre éclat. Certes, ici, j'ai trouvé d'abord l'apaisement, la force, et un nouveau chemin. Mais sans Layla, il me manquerait l'essentiel.

L'amour.

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